Vous voulez rééditer, me dites-vous, ce délicieux volume qu'on a si bien
nommé l'_Histoire d'une âme_. C'est là, ma Révérende Mère, une pensée
excellente que seul le bon Dieu a pu vous inspirer.
Pendant la vie de votre jeune sœur Thérèse, la Providence a jugé bon
de la réserver tout entière à ses sœurs en religion. Il était bien
juste que le Carmel de Lisieux fût le premier à jouir, dans l'intimité
de la famille, de ses qualités aimables et à s'édifier de ses vertus.
Mais désormais les limites d'un monastère sont trop étroites pour
renfermer un si précieux trésor. Bien des âmes dans les Congrégations
religieuses, dans les rangs du Clergé, et même dans le monde, seront
ravies, comme vous, de pouvoir goûter les charmes de cette petite fleur
qui s'est épanouie si délicieusement dans votre Carmel.
Elle offre à la fois la blancheur du lis, le suave parfum de la violette
et l'éclat embaumé de la rose. Elles sont rares les natures aussi riches
et aussi complètes; et même dans la série de nos saintes catholiques, on
en rencontre peu qui soient un modèle aussi accompli de toutes les
vertus. Par certains côtés, elle se rapproche de votre Fondatrice,
Thérèse de Jésus; par d'autres, elle rappelle Agnès, la jeune martyre de
Rome. Elle est de l'école de sainte Gertrude et de sainte Hildegarde.
Son caractère conserve jusqu'à la fin les grâces naïves et la franche
droiture du jeune âge. Elle est l'idéal de cette petitesse, de cette
enfance si recommandée par Notre-Seigneur. Son imagination est d'une
fraîcheur exquise. Quelle largeur dans son intelligence; quelle finesse
dans son coup d'œil; quelle sûreté dans son jugement! Rien de
poétique comme ses aspirations et son langage; rien de noble, de
généreux, de délicat et d'aimant comme son cœur; et cependant, dans
une enveloppe fragile, elle sait montrer la force d'âme d'un héros.
C'est dans le Cœur de Jésus qu'elle a puisé son humilité et sa
douceur; c'est le Cœur de Marie qui lui a appris à être si pleine
d'abandon et de confiance dans la bonté de Dieu. Avec quelle candeur
vraie, avec quelle loyauté faite de détachement et de sincérité, elle
nous retrace dans un style limpide l'histoire de sa vie, et, ce qui est
encore plus attrayant, l'histoire de son âme!
Même au point de vue littéraire, pour le style et pour la composition,
ses mémoires forment un véritable petit chef-d'œuvre.
Quiconque aura ouvert ce livre le lira jusqu'au bout; il fera comme moi,
il le relira, il le goûtera, je puis même ajouter, il le consultera. Les
heures coulent rapides à parcourir des pages où la vertu se montre sans
fard ni recherche, et pourtant avec des formes pleines de charmes. On
suit sœur Thérèse, sans s'en douter, dans son vol vers l'idéal, on
plane avec elle aux sommets de la perfection; dans sa compagnie on aime
plus ardemment le bon Dieu; on est plus disposé à servir et à supporter
son prochain; les souffrances deviennent presque aimables, et dans
l'épreuve, on se sent plus fort. L'Histoire et l'Héroïne plaisent et
rendent meilleur.
J'ai déjà fait lire à des prêtres, à des dames du monde, ici aux novices
de notre Congrégation, l'exemplaire que vous avez eu la bonté de
m'envoyer. Tous en ont été enchantés, et tous en ont tiré profit.
Veuillez agréer, ma Révérende Mère, l'expression de mon plus religieux
et profond respect.
Ange LE DORÉ,
_Supérieur des Eudistes_.
LETTRE DU T. R. P. Louis Th. de Jésus agonisant,
De l'Ordre des Passionnistes.
Ce vénérable religieux, remarquable par ses écrits et plus encore
par la sainteté de sa vie, souvent prouvée par des faits
surnaturels, mourut en 1907 à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, après
avoir exercé, à plusieurs reprises, les premières charges de son
Ordre.
J. P. Mérignac, 30 novembre 1898.
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