NOTE SUR LES MINES DU SOUDAN OCCIDENTAL.

L’or existe sur la côte occidentale d’Afrique en grande abondance, et il

est permis de dire qu’il existe partout dans les vastes pays montagneux

du Fouta-Djallon et de Kong.

Ainsi, partant du Nord, nous trouvons que la Falémé charrie de l’or, et

les dernières excursions faites sur ses bords ont confirmé ce fait

signalé de longtemps par les voyageurs de la compagnie de Galam.

Les alluvions du Bambouk en contiennent une assez grande quantité pour

que les noirs en tirent un profit considérable en le faisant exploiter à

moments perdus par les femmes, qui se bornent à laver la terre aurifère

dans leurs calebasses. Outre cet or qui vient sans doute de loin, le

quartz des montagnes du Bambouk en contient des filons quelquefois assez

riches, ainsi qu’on en a eu la preuve dans l’essai d’exploitation fait à

Kéniéba dans les années 1858, 59 et 60. Pour ma part, je me souviens

qu’ayant ramassé un morceau de ce quartz jeté au rebut, et l’ayant cassé

à coups de marteau, je trouvai à l’intérieur plusieurs pépites fixées

sur les fragments que j’ai conservés.

Si nous arrivons au Niger, nous avons sur ses bords un des placers les

plus riches du globe, qui, depuis les temps historiques, fournit à

l’exportation de l’Afrique. Je parle des placers du Bouré.

Ce pays était connu de nom depuis bien longtemps. Quand une caravane

arrivait au Sénégal apportant de l’or, ce qui était assez rare à cause

des pillages que leur faisaient subir les populations qu’elles avaient à

traverser, on lui demandait : D’où vient cet or ? — De Bouré.

Plus fréquemment, les Maures de Tichit apportaient de l’or et,

questionnés sur sa provenance, répondaient de même. Enfin, d’anciens

esclaves aujourd’hui libres, après avoir été les uns soldats, les autres

pilotes ou matelots, avaient affirmé l’existence d’un village de Bouré.

Mongo Park lui-même en parle et toutes les cartes en faisaient mention.

Cependant Bouré n’est pas un village, mais un pays dont le chef actuel

est Douba, résidant au village de Kintinian, chef-lieu du pays aurifère.

Ce pays est habité par une population mélangée de Mandingues et de

Diallonkés qui leur ressemblent beaucoup par les traits et n’en

diffèrent guère que par la langue originaire dont j’ai recueilli

quelques mots.

Les sept principaux villages à or, ceux où on en fait le plus grand

commerce sont : Kintinian, Didi, Kourounia, Baloto, Fatoïa, Seké,

Sétiguia. Les cinq derniers sont échelonnés le long du Tankisso

(affluent du Niger).

D’après bien des renseignements qui ont toujours concordé, et dont les

auteurs avaient été dans le pays de Bouré, soit comme Diulas, soit comme

envoyés du roi de Ségou ou préposés d’El Hadj, ce pays présente un fait

remarquable, c’est que l’or y sert de monnaie.

On sait que l’or, dans toute l’Afrique, se vend au poids par gros et

fractions de gros. Ce gros (en bambara, Menkellé) varie de poids suivant

les localités, mais dans des proportions peu étendues et est fixé par un

certain nombre de noyaux de Tamarin. Au Bouré il en est de même, et

l’abondance de l’or y est telle que tout peut s’acheter avec de l’or,

depuis le fagot de bois qui fera cuire les aliments jusqu’au captif qui

ira chercher l’or dans les mines.

L’or qui sert ainsi aux menus besoins du ménage est ramassé par les

femmes et, quelque extraordinaire que cela paraisse, bien des personnes

m’ont affirmé que c’était le sable même de leur maison, de leur cour,

qu’elles lavaient pour se le procurer.

Quant à l’or du maître, celui qui compose sa fortune et avec lequel il

subvient aux grosses dépenses, il sort des mines ou des puits que l’on

fait chaque année après la saison des pluies.

Avant d’aller travailler, on se réunit par villages ; chaque maître de

maison fournit un certain nombre de captifs ou de femmes pour laver, et

le travail se fait en grande fête pendant un temps déterminé. On partage

alors le produit entre les chefs de case, en retirant une part pour le

tribut à payer au souverain, et la part du chef, qui sont représentées

par un volume d’or de la grosseur d’une grosse balle de fusil, à payer

par chaque maison.

Nul ne peut travailler aux mines sans la permission du chef du village,

qui ne la donnerait pas à un étranger.

Du reste, dans ce pays pas de cultures, pas de bestiaux que ceux

apportés par les Diulas, qui viennent acheter de l’or contre leurs bœufs

ou leur sel.

Dans tout le Bouré, l’or se trouve dans un terrain sablonneux

d’alluvions. On descend dans des puits de la profondeur de sept à huit

mètres, au fond desquels on creuse des galeries de quelques mètres, et,

comme on ne soutient pas les terres, on ne s’avance pas davantage de

crainte d’éboulements.

A la saison des pluies, tout cela se comble par éboulements, et c’est

dans cette terre qu’on recommence, l’année suivante, à recreuser pendant

un temps très-limité.

L’or se trouve en poussière, en sable et quelquefois en pépites roulées.

On affirme que, lorsque l’on tombe sur une pépite d’un gros volume, au

lieu de l’extraire, on bouche le trou en y laissant cette fortune.

C’est une question de superstition.

Si le Bouré est le plus riche des pays à or, et s’il fournit chaque

année une exportation considérable, le Manding en contient aussi en

quantité notable, ainsi que le constate Mongo Park dans son premier

voyage ; mais ici l’or n’est que l’accessoire, tandis que dans le Bouré,

c’est la vie du pays.

On trouve dans le Bouré un assez grand nombre de Soninkés qui font du

commerce, et quelques Maures, particulièrement de Tichit.

D’où vient cet or ? Évidemment, à l’époque alluviale (diluvium), il a

été charrié là par un cours d’eau ; et si le pays en question, au lieu

d’être entre des mains indolentes et isolées, se trouvait à proximité de

l’activité européenne, on ne tarderait pas à gagner les filons d’où il

sort, qui doivent se trouver dans les montagnes où sont les sources de

tous ces grands fleuves. Mais à Bouré on ne s’en préoccupe guère, l’or

suffit à tous les besoins, et on continue à l’exploiter tout doucement,

en entourant les opérations de superstitions mélangées à l’islamisme qui

est la religion ordinaire du pays.

Une des superstitions les plus étranges est celle-ci.

Il m’a été affirmé que l’on enterrait les morts dans les puits de mine

abandonnés, et que quelque temps après, en creusant, on trouvait de l’or

à côté de leurs ossements. Si le fait est vrai, cela tient sans doute à

ce que les trous sont abandonnés par caprice avant d’être épuisés, et

quelquefois au moment de tomber sur un riche gisement, et qu’alors les

éboulements se produisant par l’effet des pluies, l’or glisse au fond

par son poids dans la terre en bouillie et se trouve ainsi près du

cadavre.

Si au contraire le fait n’est qu’un _on dit_ superstitieux, il a peut-

être pris naissance parce qu’un individu en train d’exploiter une mine

aura été tué par un éboulement et que, quelques années après, en

fouillant le puits, on l’aura trouvé près du trésor qu’il convoitait.

De bouche en bouche la superstition en gagnant est arrivée à nous sous

cette forme étrange : c’est que c’est dans les os des cadavres que l’or

va se loger. Mais, en Afrique, il ne faut pas s’étonner d’entendre cela,

et en laissant de côté l’impossible, il reste un fond de vérité.

D’autres placers aussi riches que ceux de Bouré sont ceux de Kong, qui

sans doute sont les mines de Gondja citées par les auteurs anciens et

qui aujourd’hui fournissent la poudre d’or et les pépites au commerce de

toute la côte d’Afrique, depuis Lagos jusqu’à Sierra Leone.

Ce nom de Kong appliqué à toute la chaîne de montagnes qui s’étend de

Timbo à Selga et même jusqu’au Bas-Niger, est aussi particulièrement

celui d’un pays d’un petit royaume, placé par environ 8° de latitude N.

sur 6° de longitude O., où les placers aurifères ont une richesse au

moins égale à celle du Bouré, au dire des gens qui les ont vus ; une

quantité considérable d’or en sort pour se rendre par différents chemins

à Grand-Bassam, Assinie, Sierra Leone, au cap Coast, à Accra, etc. Cet

or arrive le plus souvent en poudre, mais aussi en pépites quelquefois

très-considérables (j’en ai vu une de plus de 350 f.), c’est-à-dire de

plus de 100 grammes.

D’ailleurs la richesse aurifère de ces pays est démontrée par un autre

fait que j’ai constaté, c’est que l’Akba, par exemple, rivière qui

aboutit dans la lagune d’Ébrié, roule de l’or qui vient se déposer sur

les vases et les sables de l’entrée de la barre : si bien que des

négresses des factoreries s’étant mises un jour à laver ces sables

grossièrement, au hasard, dans la première place venue, avaient à la fin

de la journée plusieurs grammes d’or en poudre qui leur fut acheté

devant moi à la factorerie Renard en 1857 (j’avais assisté au lavage).

On sait comment s’opèrent les lavages de sables au moyen de la

calebasse. On y met la terre ou le sable à laver, on verse une grande

quantité d’eau et on remue pour former une bouillie qui permette à l’or

plus lourd de couler au fond. Alors on renverse brusquement dans une

autre calebasse une partie du contenu, qui sera examiné après coup, mais

dans lequel on est à peu près sûr de ne pas trouver d’or. La même

opération, renouvelée deux ou trois fois, ne laisse au fond de la

calebasse qu’un résidu de sable, de cailloux, et d’or dans lequel on

cherche à la main.

Dans la Falémé on voit les femmes plonger pour aller retirer de

certaines fosses que creuse la rivière dans les contre-courants, l’or

qui s’y dépose. Ces femmes, lorsque l’eau est basse et qu’il n’y a plus

d’écoulement sensible, vont aussi dans l’eau remplir leur calebasse de

sable et de terre dans lesquels elles trouvent fréquemment de très-

petites pépites.

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Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 347 / 368 题