(1)---------+--------------------+-------------------------+
| | |
Daisé-Coro Moussa-Coura-Bo Massa Bakary
4e roi. 5e roi. mort sans régner.
| |
| +-----------+------+
| | |
[2e Diamadoua Tiguinkoro Sakhaba
gén] mort sans régner. 6e roi. 7e roi.
|
+----+--------------+
| |
[3e Gran Mahmady-Kandia
gén] 9e roi. 10e roi.
_Nota._ — La plupart des renseignements qui précèdent m’ont été fournis
par un jeune Massassi, nommé Tiguinkoro, qui se trouvait à Ségou, où il
nous témoignait une amitié sérieuse.
* * * * *
NOTE SUR L’ORIGINE DES BAKIRIS SONINKÉS
DU HAUT-SÉNÉGAL.
Le véritable nom des Bakiris est Sempré, qui veut dire talon coupé ou
fendu. Ce surnom leur fut sans doute donné dans l’origine, parce
qu’étant très-guerriers et faisant de nombreuses expéditions, ils
avaient au talon cette espèce de peau rugueuse et crevassée qui pousse
aux pieds des gens qui marchent sans chaussure.
Toujours est-il que sous ce nom de Sempré qu’on retrouve dans
différentes parties de l’Afrique, et entre autres à Sokolo (Macina), où
il y en a toute une famille, sous ce nom, dis-je, les Bakiris régnèrent
longtemps sur tout le bassin du Haut Niger. Ils étaient Soninkés et de
la grande famille des Cissey qui aujourd’hui commande à Sansandig. Leur
gouvernement avait pour centre le Ouagadou, partie du Bakhounou, d’où
ils rayonnaient en maîtres jusqu’au Niger. Le Ségou était alors sous le
gouvernement des Koïta. Ils n’allaient pas d’ailleurs loin de Tombouctou
et en furent un instant maîtres.
Comment cet empire fut-il ruiné ?
Il existe à ce sujet une légende fort curieuse, mais tellement
invraisemblable que je ne la rapporte que comme curiosité. On prétend
que le pays était colossalement riche, que les rois possédaient un
trésor immense, mais qu’ils devaient leurs succès et leur fortune à la
protection d’un serpent qui habitait un puits près du village du roi.
Chaque année on tirait au sort parmi les plus belles jeunes filles du
pays, et celle qui était désignée était au jour anniversaire amenée près
du puits, parée comme pour un mariage. Alors le serpent sortait de son
antre, dressait par trois fois sa tête, et enlevait la jeune fille
enlacée dans ses anneaux.
Or, une année, la jeune fille désignée qui était la plus belle de
l’endroit (un griot m’avait dit son nom ainsi que ceux des divers
acteurs, mais ils m’ont échappé), se trouvait être la fiancée du
guerrier le plus brave du pays, cousin du roi, d’ailleurs. Quand il fut
informé du sort qui attendait sa belle amie, il lui jura qu’il saurait
l’y arracher, et ses larmes, ses prières ne firent que l’encourager dans
son projet. Le jour de la fête arrivé, ce brave guerrier attacha son
cheval près du puits, et quand on amena la jeune fille, il se mit en
selle comme pour mieux voir.
Le serpent sortit deux fois sa tête, et deux fois rentra dans son puits,
mais au moment où, la troisième fois, il allongeait déjà son corps pour
saisir sa proie, notre guerrier s’élançant, le coupa en deux d’un seul
coup de sabre, et saisissant sa fiancée, il l’enleva et disparut de
toute la vitesse de son coursier, que jamais aucun cheval n’avait
dépassé.
Alors on entendit une voix sortir du puits qui prédit au pays sept
années de sécheresse et tous les maux possibles. Le roi voulut
poursuivre son cousin et le mettre à mort, mais on ne put le rattraper,
et la prédiction ne tarda pas à s’accomplir : si bien que, forcée par la
sécheresse et les maladies, la population dut déserter en masse la
capitale et aller vers d’autres pays.
On dit même que le roi ne pouvant emporter ses richesses les enterra, et
que, depuis, nul ne saurait retrouver la place, car quand on en approche
le sol vous brûle et des flammes en sortent.
Ce qu’il y a de plus clair, c’est que divers fléaux qui transformèrent
ce pays en désert, furent sans doute le motif de l’émigration.
Le dernier roi de Ouagadou fut Khreïa Manga ; on dit aussi Manga Diabé.
Il y a de lui aux Bakiris actuels, tels que Samba N’diaye de Tuabo,
Sulman Kama de Makhana et Tambo de Lanel qui sont à peu près du même
âge, il y a, dis-je, seize générations, ce qui fait au moins remonter
cet événement à 400 ans ; il serait plus rationnel de dire 450 ou 500.
Il y a entre cette histoire et celle rapportée par Raffenel de notables
différences.
Quant à l’origine du nom de Bakiri, elle est la même dans les deux
récits.
Lorsque les gens de Diabé s’avançant vers l’ouest arrivèrent au Sénégal,
ils y trouvèrent les Malinkés qui habitaient alors le Galam ; ils les en
chassèrent par force, et dans une de ces expéditions ayant manqué d’eau
ils arrivèrent à bout de forces à un marigot de la Falémé. Ils s’y
précipitèrent pour boire, et les gens du village qui se trouvaient de
l’autre côté vinrent faire leur soumission disant que le marigot sacré
les avait toujours protégés, mais qu’ils voyaient bien que leurs maîtres
étaient arrivés, puisqu’ils avaient pu se plonger dans ce marigot sans y
périr.
Ce marigot s’appelait Bakiri, et les Sempré en prirent le nom. Ils
dominèrent longtemps tout le Galam jusqu’au Natiaga, le Bondou et le
Diombokho. Puis la guerre se mit entre les enfants de Sulman Khassa.
Trente ans le Guoy fit la guerre au Kaméra, et les Bakiris se
dispersèrent et s’amoindrirent en rentrant dans leurs limites actuelles.
Entre autres colonies de Soninkés venant de Ouagadou et comme preuve de
la puissance des Soninkés dans le bassin du Haut-Niger, on cite :
Kankan, peuplé de Soninkés et de Semprés.
Sokolo, que j’ai déjà cité.
Le Diallonkadougou ou la famille royale était de Soninkés Sacco, qui
peuplent aujourd’hui Yamina. Ainsi Fali, chef captif à Ségou, et fils du
dernier roi de Tambo, était un Sacco, mais il ne parlait plus que le
malinké ou le bambara.
Sansandig, Jenné sont aussi des colonies de Soninkés.
Voici la généalogie de père en fils par rapport à Samba N’diaye, Bakiri
de Tuabo :
Khreïa-Manga ou Diabé.
|
Tambo-Manga-Ali-Cassa (alla s’établir à Sokolo).
|
Salounga.
|
Salounga-Ndoungoumé.
|
Diabé-Findiougné.
|
Khassa-Maria.
|
+-------------------------+--------------------------+
| | |
Sulman-Khassa, Ali-Khassa, Amadoubé,
père des Bakiris père des Bakiris père des Bakiris
du Guoy. du Kaméra. du Diombokho.
|
Diabé-Diéguy.
|
Moussa-Diabé.
|
Ali-Moussa.
|
Sulman-Gali.
|
Sulman-Gali.
|
Tunka-Samba-Maria.
|
Tunka-Sila makha-Niamé.
|
Bon-Sila makha.
|
Sila makha-Mbougou.
|
Samba-N’diaye,
né vers 1815.
* * * * *
OBSERVATIONS RELATIVES AU SOL
PARCOURU DANS LE SOUDAN OCCIDENTAL, A SA FORME ET A SA COMPOSITION.
Le Soudan occidental est le vaste pays compris entre Tombouctou à l’est,
l’Océan à l’ouest et l’Océan au sud.
Soudan voulant dire pays des Noirs ; la limite au nord doit être fixée
par la ligne de séparation de la race Nègre d’avec la race Maure.
A l’Océan cette ligne de séparation est fixée d’une manière formelle par
le fleuve Sénégal dont la rive gauche appartient aux Noirs, tandis que
la rive droite appartient aux Maures.
Depuis que la politique française sous l’énergique commandement de M. le
gouverneur Faidherbe a interdit aux Maures en armes de franchir le
Sénégal pour venir faire des incursions dans le Oualo, le Cayor ou le
Fouta, cette ligne de démarcation est nette et formelle depuis Saint-
Louis, Sénégal, jusqu’à Bakel.
Cependant depuis quelque temps les Noirs du Haut-Fouta semblent vouloir
s’établir en partie sur la rive droite, notamment entre Matam et Bakel,
mais leurs établissements sont tout à fait riverains et ne sauraient
être une objection sérieuse à ce fait que le Sénégal jusqu’à Bakel trace
la séparation des deux races. A partir de Bakel cette ligne qui alors a
atteint la latitude de 15° remonte brusquement vers le nord jusque par
16° 20′ pour contourner les pays nègres de Guidimakha et d’Assaba ; puis
elle redescend sur le treizième méridien jusqu’à 15° 30′, séparant le
Kaniarémé, pays nègre, du désert où s’agitent les Askeurs et les Oulad
el Rhrouizi.
Entre le treizième et le onzième méridien cette ligne se dirige à peu
près droit à l’ouest, puis après remonte un peu limitant au nord le
Bakhounou, pays nègre où une assez forte proportion de Maures sont
établis, mais sans dominer ni par le nombre ni par l’influence.
Enfin par le huitième méridien cette ligne est redescendue jusque par
15° pour atteindre Sokolo, premier village du Macina, et de là se
diriger presque en ligne droite sur Tombouctou.
Lorsqu’on jette les yeux sur une carte quelconque de ce vaste pays,
qu’elle soit bonne ou mauvaise, on est de suite frappé d’un fait, c’est
que sur la côte sud et sud-ouest tous les cours d’eau qui viennent se
jeter à la mer se dirigent du nord vers le sud, tandis que dans la
partie nord, arrosée par les bassins considérables du Sénégal, de la
Gambie et du Niger, ces cours d’eau, aussi bien que leurs affluents, se
dirigent du sud au nord pour rayonner les uns vers l’ouest, les autres
vers l’est. Dans toute la partie ouest, les cours d’eau viennent de
l’est vers l’ouest.
Ce seul fait suffit pour démontrer d’une façon irrécusable que, à partir
de la mer, le pays s’élève graduellement vers le plateau plus ou moins
montagneux d’où découlent tous ces fleuves. Depuis qu’on a remonté les
fleuves et les rivières qui viennent les grossir jusqu’au point où ils
cessent d’être navigables, en traçant leurs cours avec toute
l’exactitude nécessaire, on a circonscrit cet espace, que de nombreuses
explorations ont sillonné, en permettant de dessiner avec quelque
exactitude les parties innavigables de ces cours d’eau ; et maintenant
que la carte du Soudan occidental a fait des progrès bien notables, il
n’est pas sans intérêt d’examiner la conformation de ce pays où divers
soulèvements sont venus entrecroiser des chaînes de montagnes et creuser
des reliefs qui demanderaient à être étudiés par des hommes spéciaux.
Des sources du Sénégal, si on se dirige vers le N. 20° O., on trouve une
chaîne de montagnes explorées par Hecquart et Lambert, et qui sépare les
sources du Sénégal, de la Falémé, et de la Gambie, qui se dirigent tout
d’abord vers le nord et nord-est, de celles du Kokoulo, du Kikriman, du
Tominé et du Rio Grande, qui coulent vers le S. O. et O.
Cette ligne de faîte, après avoir été longée par la Gambie, est rompue
par elle lorsqu’elle se dirige vers l’ouest ; mais on retrouve sur la
rive droite de la Gambie cette même direction qui à l’état de collines
sépare la Falémé et ses affluents des affluents de la Gambie, et, entre
autres, du Nérico, que longtemps on a supposé être un canal naturel
entre le bassin du Sénégal et celui de la Gambie.
Cette direction trouve des parallèles dans les chaînes de Kakhadian et
du Tambaoura, qui séparent le Sénégal d’avec la Gambie, et aussi dans la
direction générale de la côte occidentale entre le cap Vert et le cap
Roxo.
Si maintenant on regarde la source du Niger fixée par Laing, celle du
Tankisso, son affluent indiqué par Caillé, celle du Sénégal déterminée
par Mollien, Caillé, Hecquart et en dernier lieu par le capitaine
Lambert, on est frappé de voir que ces trois cours d’eau, qui à leur
origine coulent presque parallèlement vers le N. E., ont leurs sources
placées sur une même ligne, au sud-ouest de laquelle les Scarcies, le
Kaba, le Mongo, la Rockelle et le Kamaranka, séparés par une distance de
quelques lieues à peine, coulent en sens inverse.
Cette ligne, qui évidemment est une ligne de faîte, est dirigée du N.
55° O. au S. 55° E., et se trouve absolument parallèle à la partie de
côtes qui s’étend du cap Roxo à Sierra Leone.
On rencontre également des traces de soulèvements parallèles dans les
montagnes que nous avons traversées dans le Gangaran, et qu’on nous a
dit s’étendre jusqu’au Bouré, marquant ainsi une ligne de faîte entre le
cours du Sénégal, ou Ba-fing et celui du Bakhoy, son affluent. On trouve
également des directions parallèles dans les collines du Fouta et les
diverses ondulations de terrains que j’ai traversées, en 1859, dans mon
voyage au Tagant.
A partir des sources du Niger, si on se dirige vers l’est, on trouve une
autre ligne de faîte connue, depuis le voyage de Mongo Park, sous le nom
de chaîne de Kong, au sujet de laquelle il y a eu quelques
contestations. Le mot kong signifiant montagnes en bambara, qui est
l’idiome le plus répandu dans cette partie, et surtout à Bamakou où
Mongo Park prenait ses renseignements, on a dit que c’était un tort de
baptiser cette ligne de faîte du nom de montagne de Kong, qui semble
être un pléonasme ; mais aujourd’hui l’existence reconnue d’un pays de
Kong, d’un grand village de ce nom, près duquel se trouvent des mines
d’or au moins aussi abondantes que celles de Bouré, semble justifier
cette appellation.
La direction de cette ligne de faîte semble être absolument parallèle à
celle de la côte, et on la rencontre en remontant le Niger, qui, après
avoir parcouru un immense cercle, vient la rompre pour se jeter dans la
mer.
Il existe encore une ligne de faîte remarquable, qui circonscrit, à
l’est, le bassin du Haut-Niger, et, à l’ouest, celui du Bas-Niger, qui
appartient à la partie du Soudan oriental. Cette ligne, si elle n’était
pas indiquée par Caillé, qui a suivi de Tengrela à Djenné une ligne à
peu près parallèle, est d’ailleurs indiquée par ce seul fait, que divers
affluents du Bakhoy (Sentilenkané), qui lui-même est affluent du Niger,
coulent du S. E. au N. O., tandis que la Sirba, affluent du Bas-Niger,
coule de l’O. à l’E.
D’ailleurs, le plateau montagneux du Humbori, traversé par Barth, n’est
que la fin de cette chaîne ou de ce massif important de montagnes qui
existe à très-petite distance d’Hamdallahi. D’après mes informations,
cette partie du pays, qu’on pourrait appeler le Soudan central, et qui
est comprise dans l’arc immense du cours du Niger, est trop peu connue
pour qu’il soit possible d’indiquer une direction à cette ligne de faîte
avec quelque exactitude ; cependant il y a une remarque curieuse à
faire, c’est que les cours du Bagoe (affluent du Bakhoy et du Niger),
celui du Fambiné ou Rivière noire, autre affluent du même bassin, sont
parallèles entre eux et sont parallèles aussi à ceux des deux Bakhoy,
affluents du Sénégal, et qu’ils prennent leurs sources dans la ligne de
faîte en question, de même que les deux affluents du Sénégal prennent la
leur sur le versant occidental de la chaîne de montagnes dont nous avons
constaté l’existence le long de la rive gauche du Niger. Il ne serait
peut-être pas absurde, d’après cette remarque, de supposer ces deux
lignes de faîte parallèles entre elles et se dirigeant du point le plus
haut au plus bas du S. 55° O. au N. 55° E.
Ces directions ne sont qu’approximatives, et je les livre comme de
simples remarques auxquelles l’étude des terrains faite par des gens
spéciaux peut peut-être donner quelque appui. Cette configuration des
cours des fleuves est bizarre et ne rencontre, je crois, pas beaucoup
d’analogies dans aucun pays ; ce qui contribue d’ailleurs à lui donner
encore plus d’étrangeté, c’est l’existence du désert au nord des deux
cours d’eau principaux, et ce fait démontré par les voyages de M.
Vincent dans l’Adrar, de M. Bourrel chez les Braknas, de M. Mage au
Tagant, de Raffenel au Kaarta, et dans notre dernier voyage, que, dès
qu’on s’éloigne de la rive droite du Sénégal ou de la rive gauche du
Niger pour remonter vers le nord, on monte graduellement, parce que le
terrain s’élève graduellement par une série de plateaux qui resorbent en
lacs, mares ou marais les eaux pluviales, mais qui n’ont aucun cours
d’eau.
Des renseignements positifs me garantissent que de Yamina à Tichit (et
j’ai par moi-même constaté le fait de Yamina à Nioro) le terrain s’élève
graduellement, et qu’arrivé à Tichit, il y a une montagne à franchir
avant d’être sur le sol du Sahara proprement dit. Cette montagne qui
règne de l’Adrar au Tagant et du Tagant à Tichit continue vers l’Est
pour aller circonscrire El Arouan. Au sud, chaque terrain porte son
nom ; au nord, c’est le Sahara.
A cet aperçu bien incomplet de la forme du terrain dans le Soudan
occidental, je voudrais bien joindre quelques appréciations sur sa
composition ; mais là je suis encore moins bien muni, car, outre que
cette étude eût nécessité des connaissances spéciales, il est impossible
d’apprécier la nature d’une montagne ou d’un sol qu’on n’a pas vu,
tandis qu’au moyen de points déterminés, il est facile de tracer des
directions et d’apprécier ce qu’on n’a pu voir.
Aussi me bornerai-je à quelques observations sur ce que nous avons vu.
Le Sénégal, qui est notre point de départ, roule jusqu’aux cataractes du
Félou de nombreux cailloux arrachés aux diverses roches qui bordent leur
cours, et dans le nombre abonde une espèce de trapp, qui est une pierre
de touche dont la présence est un indice de celle de l’or. En outre, on
rencontre dans ces cailloux roulés des porphyres, des saphirs et agates,
des grès, des granits gris, plus une grande quantité de quartz à divers
états et de diverses nuances, depuis le blanc laiteux jusqu’au jaune et
au rouge ; quelquefois ils sont transparents, quelquefois opaques,
feuilletés ou grenus.
Les roches du Félou sont des grès ; dans quelques parties ce barrage
semble être basaltique, ainsi que le barrage de Gouïna. Dans les
barrages au-dessus du Félou, on rencontre des pierres rouges et noires,
d’un rouge superbe, d’une densité énorme, qui présentent en masse
l’aspect d’un beau carrelage à dalles carrées, rectangulaires ou
cubiques. Ces roches sont métamorphiques, et dans quelques-unes le
docteur a reconnu des empreintes de feuilles fossiles qui indiquent
suffisamment qu’elles sont formées de sédiments transformés peut-être à
l’apparition des nombreux trapps, basaltes, ou des granits que l’on
rencontre de tous côtés[249].
Ces roches métamorphiques semblent former une grande partie des
montagnes du Natiaga. Dans le Bambouk, on les rencontre encore
fréquemment ; mais on rencontre aussi des îlots très-curieux de granits,
comme celui que je signale près de Koundian où la détérioration du
granit a donné à la montagne la forme de deux champignons. D’autres
montagnes isolées se remarquent par les aiguilles, les doigts qu’on y
aperçoit : telles sont les montagnes vues près de Koundian, celles de
Makagnian ou Goumbao, dont j’ai pris des dessins. Plusieurs offrent
cette particularité que leur sommet est un plateau uni sur lequel on
retrouve le sol, la végétation et tout ce qui caractérise les plaines
situées à leur pied.
A mesure qu’on s’éloigne du Sénégal, en allant vers l’est, les montagnes
deviennent de plus en plus granitiques ; le sol par endroits ne se
compose que de fragments de ces montagnes détériorées par le temps, et
la montagne de Kita, qui limite notre route à l’est dans cette partie,
est encore une vaste accumulation de granit.
Les quartz se rencontrent quelquefois en gros fragments, à la surface du
sol, et, du reste, ils composent une partie de ces montagnes, puisque
dans le Bambouk, par exemple, c’est dans les quartz aurifères que l’on
trouve des pépites d’or.
Dans tout le Foula-Dougou nous avons retrouvé des granits, mais le sol
présente un aspect différent, ici il n’est plus composé de plaines sur
lesquelles courent ou s’élèvent subitement des montagnes aux pentes
roides, aux sommets souvent inaccessibles à l’homme par la verticalité
des flancs ; le sol ressemble aux flots immenses d’une mer agitée, les
montagnes n’ont pas de caractère pittoresque. Ce sont en quelque sorte
des monticules plus ou moins élevés placés à côté les uns des autres,
une série de mamelons aux flancs en pente douce et couverts de débris de
toute espèce : de quartz, de grès, de granit et de minerais de fer en
grande quantité.
Au moment de quitter le Foula-Dougou, pour entrer dans le Kaarta, nous
avons rencontré à côté de la montagne granitique de Dioumi, au camp de
Seppo, une montagne schisteuse dont nous avons ramassé quelques
échantillons, c’est de cette montagne que coulait la triste source à
laquelle nous devions nous désaltérer.
Ces schistes examinés par un minéralogiste, M. Jules Marcou, ont été
reconnus être des calcaires marneux noirâtres avec bandes de calcaires
gris à l’intérieur. M. Simonin, ingénieur des mines, m’avait laissé
supposer qu’ils étaient bitumineux et que leur présence pourrait être un
indice de celle du charbon de terre. Ce serait une question bien
importante, car avec la masse de fer qui se trouve en tous ces pays, si
là, à côté du Bakhoy, on venait à découvrir le charbon fossile, il y
aurait dans ce seul fait de quoi transformer ce pays aujourd’hui désert
en un pays civilisé.
Du reste une grande partie du sol du Kaarta dans le nord est schisteux,
et lorsque nous sommes revenus du Bakhounou par Bagoyna, Nioro et
Kouniakary, nous avons, à différentes reprises, traversé des montagnes
d’une ardoise magnifique par son homogénéité. Une grande quantité de ces
ardoises, d’une épaisseur de 1 à 2 centimètres, gisaient sur le sol,
polies par le temps, piétinées et réduites en poussière grise par les
pieds des chevaux, sans que l’on songeât qu’elles pouvaient même servir
à remplacer les planches de bois qui servent aux enfants à apprendre à
écrire l’arabe. Et puisque j’en suis au sol du Kaarta, je dirai qu’à
part la fabrication du fer qui s’y fait en grande quantité, le seul
usage que les Kaartans aient jamais fait de leur sol est relatif aux
pierres à fusil. Un jour, qu’ils en manquèrent pour la guerre, ils
eurent l’idée de se servir de morceaux de silex jaune et rouge qui se
trouve près de Nioro et dont ils utilisèrent ainsi les propriétés.
J’ai eu entre les mains d’autre silex rouge venant des montagnes qui se
trouvent derrière Hamdallahi. Au Macina on les employait également comme
pierre à feu en choisissant celles dont la taille naturelle s’y prêtait
davantage, et j’ai été étonné de la quantité d’étincelles qu’on obtenait
sous le choc du briquet fait avec le fer du pays. Ce sont, d’après M.
Marcou, des silex passant au jaspe.
Quant au sol du Ségou sur la rive droite du fleuve, il semble avant tout
être composé de fer ; de quelque côté qu’on aille, à fleur de terre
comme en creusant, on trouve du minerai de fer.
Dans les collines qui sont derrière Ségou-Sikoro on trouve une sanguine
ou oxyde de fer compacte tachant, au toucher, qui est employé comme
encre rouge par les marabouts en le délayant dans l’eau. — Derrière
Kalaké, dans des trous de mine, on trouve un minerai de fer très-riche
que M. Marcou classe comme fer magnétique égalant la valeur de ceux de
Norwége et du lac supérieur du Missouri. Enfin, à Touba-Coura sur la
rive gauche, nous avons trouvé des forgerons travaillant à fabriquer du
fer avec l’oxyde de fer terreux, contenant de la silice ; il était en
rognons engagés dans des masses d’argile. Ce minerai est répandu en
grande quantité dans tout le pays et en Sénégambie.
Je termine ces notes trop incomplètes sur les observations
minéralogiques ou géologiques que j’ai pu faire — et pour ce qui est
relatif à l’or, je renvoie à la note suivante.
* * * * *
LISTE DE QUELQUES MINÉRAUX
RAPPORTÉS PAR M. MAGE ET EXAMINÉS PAR M. J. MARCOU.
_Minerai de fer._ — 1o Fer magnétique provenant des mines de _Kalaké_
(Ségou). — Égale la valeur des meilleurs échantillons de Norwége et du
lac supérieur du Missouri. — Supérieur de beaucoup aux minerais de l’île
d’Elbe. — Excellent pour fabriquer les aciers fondus.
C’est avec ce minerai que sont faits tous les fers du Ségou proprement
dit, c’est-à-dire de la partie de cet empire située sur la rive droite
du Niger. Il est fondu par le procédé ordinaire des noirs, qui fournit
du fer sans passer par l’état de fonte, et on le travaille au charbon de
bois.
2o Oxyde de fer terreux contenant de la silice. — En rognons engagés
dans des masses d’argile. — Provient de Touba-Coura, où il forme la
grande masse du sol et des montagnes. — Il y est exploité comme minerai,
quoique de médiocre qualité. (Il y en a de jaune et de rouge.)
3o Oxyde de fer compacte. — Tachant au toucher. — Pouvant être employé
comme sanguine. — Riche minerai contenant au moins 35 pour 100 de fer. —
Provenant des montagnes basses qui séparent le Niger du Bakhoy, derrière
Ségou. — Il est employé par les marabouts comme encre rouge en le
délayant dans l’eau.
4o Différents cailloux employés comme balles de fusil qui ne sont que
des oxydes de fer.
_Minerai d’or._ — 5o Quartz aurifère de Bambouk. — Celluleux et
contenant du pyrite de fer. — Existe en très-grande abondance et
constitue une partie de la masse des montagnes.
6o Cailloux roulés du Sénégal et du Niger, qui sont des silex, des
jaspes, des agates.
7o Calcaire marneux, noirâtre, avec bandes de gris à l’intérieur. —
Provient de la montagne de Seppo au Foula-Dougou.
8o Grès très-répandu sur le sol à Ségou.
9o Bracelet de bras d’homme en roche dioritique (feldspath).
10o Pierres à fusil du Macina et du Kaarta jaunes et rouges. — Sont des
silex passant au jaspe.
11o Nombreux cailloux roulés, noirs, pouvant servir de pierre de touche,
provenant du Sénégal et du Niger. — Sont des trapps.
12o Argile imprégnée de terre végétale pouvant se délayer et être
employée comme sépia. — Provient du Cayor, où elle existe dans des
marais. — Employée à faire des briques.
* * * * *