Le 21, l’armée de Matinenbo rentra ; elle était allée attaquer les sept
villages de Falo et s’était fait repousser avec des pertes notables. Les
hommes avaient failli mourir de soif. Bref, c’était un échec, mais il ne
nous importait guère que dans le cas où il aurait fait retarder encore
notre départ.
Pendant les jours suivants il me fut impossible de voir Ahmadou ;
cependant j’avais des désagréments : sous le prétexte que j’allais
partir, on me délivrait le mil de trois en trois jours et chaque fois
c’étaient de nouvelles difficultés. Enfin, l’avant-veille de la Tabaski,
j’envoyai Boubakary Gnian chez Ahmadou, le chargeant, puisqu’il ne
voulait pas me voir, de lui rappeler ses promesses. Il reconnut la
vérité de mes paroles et de mes griefs. Mais sa seule réponse fut :
« Tout est fini, le commandant va partir. » Je l’avais trop entendue,
cette phrase, pour y croire.
A ce moment le mécontentement était très-vif contre Ahmadou. Depuis leur
dispute avec lui, les Talibés, qui n’avaient demandé leur pardon que
dans l’espoir d’un cadeau, n’avaient encore rien reçu ; aussi se
tenaient-ils à l’écart, et boudaient-ils de plus belle. Ceux qu’on
comptait au Diomfoutou pour partir avec nous, disaient hautement qu’ils
ne partiraient que si on les habillait, qu’ils ne voulaient pas aller à
Nioro comme des mendiants.
En somme, j’étais fondé à me demander si, malgré la volonté évidente
d’Ahmadou de nous faire partir, nous serions bientôt en route.