Cependant les jours se passaient ; chaque vendredi, après le salam,
j’allais saluer Ahmadou et lui rappeler ses promesses. J’en tirais
toujours un mot aimable et un sourire. Enfin les préparatifs de la fête
s’annoncèrent dès le 6 février ; Ahmadou envoya à tous les Talibés
l’ordre de rentrer à Ségou pour le jour du Cauri. On prétendait que les
Bambaras avaient un plan de révolte pour ce jour-là, et bien que je n’y
crusse pas, je me demandais si ce ne serait pas l’occasion d’un nouveau
retard. Samba N’diaye, lui, était convaincu de notre départ depuis un
entretien mystérieux qu’il avait eu avec Ahmadou au bord du fleuve, où
ce dernier était allé recevoir du mil d’impôt qui lui arrivait. Ce n’est
pas le trait le moins caractéristique de cette société que la nécessité
où se trouve le roi de s’occuper de ces menus détails, sous peine d’être
volé.
Dans ces occasions il va tenir sa cour sur les rochers du bord de l’eau.
Les captives, partagées en plusieurs bandes sous le commandement des
femmes chefs de captives, viennent charger leurs calebasses, et quand
elles sont toutes prêtes, une bande se met en route en chantant,
accompagnée ou surveillée, si on veut, par un des princes à cheval, et
va vider le mil dans les vastes greniers disposés dans une des cours
extérieures de la maison d’El Hadj, ou plutôt dans la maison de
Yougoucoullé, le captif préposé à la garde des magasins.