7 janvier 1866.

Du reste, depuis quelque temps, tout semblait tourner à bien pour

Ahmadou.

Dans les derniers jours de décembre, ses razzias avaient été très-

heureuses : une seule dirigée sur les environs de Sansandig un jour de

marché, avait ramené vingt femmes, dix bœufs et quatre chameaux. Quatre

jeunes gens partis d’un autre côté avaient pris deux femmes aux environs

de Fatigné en tuant l’homme qui les accompagnait, et dont ils

rapportaient le fusil ; d’autres s’étaient emparés aux environs de

Sansandig, les uns de deux femmes, les autres de trente-sept chèvres, et

l’audace des Talibés croissait en raison de ces succès.

Dans les premiers jours de janvier, un autre _bamé_ (razzia) ramena des

environs de Holocouna quelques bœufs et des captifs, et les Talibés

racontèrent la fable suivante qui trouva des crédules. Les gens du

village les voyant passer, disaient-ils, étaient montés sur leurs

murailles et avaient crié : « Nous ne sommes plus ici pour Ahmadou, nous

sommes pour Tidiani (neveu d’El Hadj) ; c’est à lui que nous portons le

tribut à Jenné, parce qu’Ahmadou tue tout le monde ! » A quoi les

Talibés avaient répondu : « Mais vous savez bien que Tidiani est là pour

Ahmadou. — _Ntchié_ (c’est faux), avaient dit les Bambaras, c’est

Tidiani qui est plus qu’Ahmadou. »

Cette histoire courait le village, et son but était trop clair pour

qu’il soit nécessaire de l’expliquer.

De même on faisait courir les bruits les plus exagérés de querelles

entre Mari et ses chefs de captifs. On disait que ceux qu’il avait

envoyés à Sansandig avaient refusé de revenir le trouver. Ce qui pouvait

bien être vrai ; mais, partant de là, on racontait qu’ils avaient coupé

le cou de l’envoyé de Mari, que ce dernier avait envoyé Bofofana, son

chef de tous les captifs, et qu’on n’avait pas voulu lui ouvrir les

portes de la ville ; une autre version disait qu’alors ils avaient tous

décidé ensemble de retourner vers Mari et de lui couper le cou, puis de

tirer au sort à qui serait roi[234].

Ce qu’il y a de certain, c’est que les Bambaras se tenaient tranquilles

et qu’on en profitait pour faire des _bamé_.

Le 7 janvier, une bande avait trouvé sur les bords du fleuve, à Kragno,

une pirogue qui venait de quitter Sansandig et l’avait surprise : on

avait pris cinq femmes, dix-huit bafals de sel, mais l’homme qui se

trouvait dans la pirogue s’était échappé, et Ahmadou, l’apprenant,

disait : « J’aurais donné tout le reste pour avoir cet homme et lui

couper la tête. »

En revanche, un autre _bamé_ qui avait d’abord fait un butin très-

considérable dans le Baninko, venait d’être chassé à son retour par les

Bambaras embusqués sur sa route.

En somme, bien qu’avec des chances diverses, l’avantage était pour les

Talibés, et vers le milieu de janvier ils ne craignaient pas de

s’avancer vers l’Est dans leurs razzias, sur le chemin de Sarrau à

Diaparabé, où ils enlevaient presque toujours quelques captives.

Les femmes qu’on prenait dans ces occasions, soit qu’elles en reçussent

l’ordre, soit pour se concilier les bonnes grâces de leurs nouveaux

maîtres, donnaient toutes les nouvelles excellentes de Tidiani, qu’on

représentait comme à peu près maître du Macina, ou du moins s’y

maintenant à la tête de forces considérables, dans la partie située

entre le Niger et le Bakhoy ; mais malheureusement jamais deux récits ne

se ressemblaient, et il commençait à n’être plus question d’El Hadj et

de ses fils.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 280 / 368 题