Le 15, à quatre heures, des cavaliers rôdant aux alentours rentrèrent au
galop. Immédiatement l’armée se mit en bataille, et les cavaliers
s’élancèrent au-devant de l’ennemi, qu’on ne voyait pas encore, mais qui
ne pouvait être loin, car bientôt on entendit des coups de fusil, et
moins de vingt minutes après leur départ, les cavaliers, et entre autres
un Talibé du Fouta, nomma Hiaïa, qui avait une belle réputation de
courage, revinrent rapportant les dépouilles d’un certain nombre de
Bambaras et six chevaux.
Après cet exploit qui devait mettre les Bambaras en fuite, on rentra et
la nuit fut calme.
Le lendemain 16 septembre, à trois heures, il y eut encore une alerte,
mais cette fois l’armée, fatiguée de ces sorties continuelles et sans
résultat, ne se hâta pas, et ce fut malheureux, car avant qu’elle fût
rangée, les Bambaras, au nombre de près de deux mille hommes, tournèrent
le camp pour entrer à Sansandig par le Ouala Ouala. Nous en vîmes une
partie qui força le passage entre les Pouls et les Djawaras et se jeta
dans le village au pas de course le plus rapide, sans que personne eût
l’idée de s’y jeter en même temps. Cette colonne eut des pertes, son
tabala fut pris, ainsi que sept chevaux, et nombre d’hommes furent
tués ; mais il n’en était pas moins vrai que plus de quinze cents hommes
venaient d’entrer dans la place, et qu’on craignait chez nous que ce ne
fût que l’avant-garde d’une armée plus nombreuse, qui viendrait nous
attaquer pendant que le village ferait une sortie de manière à nous
placer entre deux feux.
La première conséquence de cette affaire fut de forcer à envoyer une
partie des troupes sur la gauche, pour renforcer les camps des Pouls et
des Djawaras, et garder le Ouala Ouala. Les Bambaras ressortis des
murailles, tiraillaient, et cette fusillade inoffensive dura jusqu’à la
nuit.
Ahmadou coucha dehors, et le sommeil ne fut pas troublé. Pour moi je
pensais que cette armée ne pourrait pas tenir dans le village sans
vivres, qu’elle en sortirait dans quelques jours, que cela entraînerait
encore quelques défenseurs à déserter, et que le moment où on
s’emparerait de la place n’était pas loin. Quelques jours de courage
encore et ce résultat allait être atteint.
Comme pour fortifier mon opinion, vers dix heures, le 17, tout le
village sortait se ranger en bataille sous les murs, ainsi que l’armée
des Bambaras entrée la veille. Aussitôt les Sofas, Djawaras et Irlabés
demandèrent du renfort, car en voyant environ quatre à cinq mille hommes
en face d’eux, ils ne se sentaient pas de force à leur barrer le
passage.
Ahmadou, redoutant et espérant sans doute un combat définitif, avança
avec toute l’armée en dépit de quelques personnes qui craignaient que ce
ne fût un piége des ennemis pour faire abandonner le camp et venir
l’attaquer par la plaine. Le camp resta en effet confié à la garde de
peu de monde.
Dès qu’Ahmadou fut arrivé en face de l’ennemi, les Massassis et les
Djawaras marchèrent sur les cavaliers qui étaient sortis par le Ouala
Ouala, plus nombreux que je n’eusse supposé qu’ils pouvaient l’être dans
le village. Presque en même temps le Gannar et le Toro s’élancèrent sur
les fantassins, qui reculèrent jusqu’aux murs et rentrèrent en partie.
C’était encore une occasion magnifique, qui eût, même en cas d’échec,
intimidé les Bambaras ; mais on s’arrêta à portée de fusil des murs, et
toute la journée se passa ainsi. Ahmadou fit venir les canons de Samba
N’diaye, dont la mitraille, à la distance où on les plaça, ne parut pas
faire d’effet.
Vers huit heures et demie, les Bambaras rentrèrent presque tous, et
Ahmadou les imita, ne laissant dehors que la moitié des Talibés. Chose
bizarre, on avait pris un Maure dans les broussailles, pendant le
combat ; c’était très-probablement un échappé du village : il annonça
que l’on avait affaire aux Sofas de Mari et aux contingents du
Miniankala, et paya de sa tête ces renseignements.
Une femme qui sortit du village compléta ce qu’avait dit le Maure, en
affirmant que les Bambaras entrés le 11 étaient ressortis, comme je l’ai
dit, et qu’étant allés trouver le reste de l’armée repoussée, en lui
reprochant d’avoir fui, ils avaient décidé tout ce monde à rentrer avec
eux.
Boubou Cissey leur avait fait dire, pour les décider, que s’ils ne
réussissaient pas à chasser Ahmadou, ils tenteraient de s’échapper tous
avec leur or, en emportant le plus possible et brûlant le reste de leurs
marchandises. Cette femme ajoutait qu’on avait promis 1000 cauris aux
Bambaras par chaque individu, homme, femme ou enfant, qu’ils
réussiraient à sauver.