15 septembre 1865.

Le 15, à quatre heures, des cavaliers rôdant aux alentours rentrèrent au

galop. Immédiatement l’armée se mit en bataille, et les cavaliers

s’élancèrent au-devant de l’ennemi, qu’on ne voyait pas encore, mais qui

ne pouvait être loin, car bientôt on entendit des coups de fusil, et

moins de vingt minutes après leur départ, les cavaliers, et entre autres

un Talibé du Fouta, nomma Hiaïa, qui avait une belle réputation de

courage, revinrent rapportant les dépouilles d’un certain nombre de

Bambaras et six chevaux.

Après cet exploit qui devait mettre les Bambaras en fuite, on rentra et

la nuit fut calme.

Le lendemain 16 septembre, à trois heures, il y eut encore une alerte,

mais cette fois l’armée, fatiguée de ces sorties continuelles et sans

résultat, ne se hâta pas, et ce fut malheureux, car avant qu’elle fût

rangée, les Bambaras, au nombre de près de deux mille hommes, tournèrent

le camp pour entrer à Sansandig par le Ouala Ouala. Nous en vîmes une

partie qui força le passage entre les Pouls et les Djawaras et se jeta

dans le village au pas de course le plus rapide, sans que personne eût

l’idée de s’y jeter en même temps. Cette colonne eut des pertes, son

tabala fut pris, ainsi que sept chevaux, et nombre d’hommes furent

tués ; mais il n’en était pas moins vrai que plus de quinze cents hommes

venaient d’entrer dans la place, et qu’on craignait chez nous que ce ne

fût que l’avant-garde d’une armée plus nombreuse, qui viendrait nous

attaquer pendant que le village ferait une sortie de manière à nous

placer entre deux feux.

La première conséquence de cette affaire fut de forcer à envoyer une

partie des troupes sur la gauche, pour renforcer les camps des Pouls et

des Djawaras, et garder le Ouala Ouala. Les Bambaras ressortis des

murailles, tiraillaient, et cette fusillade inoffensive dura jusqu’à la

nuit.

Ahmadou coucha dehors, et le sommeil ne fut pas troublé. Pour moi je

pensais que cette armée ne pourrait pas tenir dans le village sans

vivres, qu’elle en sortirait dans quelques jours, que cela entraînerait

encore quelques défenseurs à déserter, et que le moment où on

s’emparerait de la place n’était pas loin. Quelques jours de courage

encore et ce résultat allait être atteint.

Comme pour fortifier mon opinion, vers dix heures, le 17, tout le

village sortait se ranger en bataille sous les murs, ainsi que l’armée

des Bambaras entrée la veille. Aussitôt les Sofas, Djawaras et Irlabés

demandèrent du renfort, car en voyant environ quatre à cinq mille hommes

en face d’eux, ils ne se sentaient pas de force à leur barrer le

passage.

Ahmadou, redoutant et espérant sans doute un combat définitif, avança

avec toute l’armée en dépit de quelques personnes qui craignaient que ce

ne fût un piége des ennemis pour faire abandonner le camp et venir

l’attaquer par la plaine. Le camp resta en effet confié à la garde de

peu de monde.

Dès qu’Ahmadou fut arrivé en face de l’ennemi, les Massassis et les

Djawaras marchèrent sur les cavaliers qui étaient sortis par le Ouala

Ouala, plus nombreux que je n’eusse supposé qu’ils pouvaient l’être dans

le village. Presque en même temps le Gannar et le Toro s’élancèrent sur

les fantassins, qui reculèrent jusqu’aux murs et rentrèrent en partie.

C’était encore une occasion magnifique, qui eût, même en cas d’échec,

intimidé les Bambaras ; mais on s’arrêta à portée de fusil des murs, et

toute la journée se passa ainsi. Ahmadou fit venir les canons de Samba

N’diaye, dont la mitraille, à la distance où on les plaça, ne parut pas

faire d’effet.

Vers huit heures et demie, les Bambaras rentrèrent presque tous, et

Ahmadou les imita, ne laissant dehors que la moitié des Talibés. Chose

bizarre, on avait pris un Maure dans les broussailles, pendant le

combat ; c’était très-probablement un échappé du village : il annonça

que l’on avait affaire aux Sofas de Mari et aux contingents du

Miniankala, et paya de sa tête ces renseignements.

Une femme qui sortit du village compléta ce qu’avait dit le Maure, en

affirmant que les Bambaras entrés le 11 étaient ressortis, comme je l’ai

dit, et qu’étant allés trouver le reste de l’armée repoussée, en lui

reprochant d’avoir fui, ils avaient décidé tout ce monde à rentrer avec

eux.

Boubou Cissey leur avait fait dire, pour les décider, que s’ils ne

réussissaient pas à chasser Ahmadou, ils tenteraient de s’échapper tous

avec leur or, en emportant le plus possible et brûlant le reste de leurs

marchandises. Cette femme ajoutait qu’on avait promis 1000 cauris aux

Bambaras par chaque individu, homme, femme ou enfant, qu’ils

réussiraient à sauver.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 238 / 368 题