Enfin, le 21, nous eûmes un nouveau spectacle, celui d’un combat naval.
Une soixantaine de pirogues essayaient de remonter le fleuve et de
passer près de la rive droite entre l’île et la berge, pour venir entrer
dans Sansandig. Pendant que les coups de fusil du camp des Somonos sur
la rive droite les assaillaient, cinq des pirogues du Macina, montées
par de nombreux Talibés, partaient de notre rive pour les attaquer. Les
pirogues des Bambaras battirent en retraite, et, avec une maladresse
inouïe, on les laissa fuir. Certes, avec vingt laptots, j’eusse pris ce
convoi en lui coupant la ligne de retraite. On avait empêché de
ravitailler le village, c’était déjà quelque chose : aussi, l’après-
midi, les armées de Sansandig venaient essayer une sortie, mais elles ne
commirent pas la même faute que la première fois, et, voyant que leur
fusillade à distance n’avait pas ébranlé les compagnies qui gardaient le
village, elles se décidèrent à rentrer.
Tout cela était mal conduit aussi bien d’un côté que de l’autre.
A ce moment, on recevait de bonnes nouvelles de Ségou. Le vieux Tierno-
Abdoul y était allé prendre le commandement de la ville, et cent Pouls
lui avaient été adjoints pour courir le pays. Ils avaient atteint sur
les bords du Bakhoy une armée de Bambaras qui venait de piller un petit
village, et l’avaient culbutée dans la rivière, en lui tuant beaucoup de
monde et lui prenant son tabala, qu’on envoyait à Ahmadou. D’un autre
côté, le bruit de l’approche d’une armée de Mari se fortifiait sans que
personne songeât à s’en inquiéter.