Enfin, le 20, Ahmadou, après avoir palabré avec les chefs, se résolut à
tenter une attaque. Les Talibés avaient juré que s’ils entraient dans le
village ils n’en ressortiraient plus. Le lendemain matin, on attaqua, en
effet, de tous côtés, mais sans ordre, et les Sofas n’arrivèrent même
pas à la muraille. Dans le tata on gagnait quelques cases et on entrait
par les dessous dans le grand village du côté du fleuve ; mais, somme
toute, c’était une attaque manquée. Elle avait cependant produit une
émotion dans le village, car pendant l’après-midi, toute une bande de
Bambaras voulut s’enfuir. Les Poulhs du Ouala Ouala les chargèrent et
les refoulèrent, ce qui fut cause qu’Ahmadou se décida à donner l’ordre
de laisser sortir les fugitifs, sauf à courir après quand ils seraient
dans l’impossibilité de rentrer.
Cependant le village n’était pas encore aux abois, et tout en cédant du
terrain, les Bambaras ne reculaient que pas à pas et en se fortifiant de
case en case, sans rien laisser dans celles qu’ils abandonnaient ; par
contre, chez nous on devenait de plus en plus mou.
Le vieux Badara, qui commandait les Soninkés du Ségou, voulut aussi
faire une attaque. Au début du siége, je l’avais vu réciter une prière
sur une poignée de sable qu’il avait remise à un de ses Talibés, en lui
disant de la jeter contre la muraille et affirmant que (_Ché allaho_)
elle tomberait devant lui. Je ne sais si c’est à un semblable procédé
qu’il dut de faire un grand trou dans la muraille de la ville, mais il
n’y entra pas et eut plusieurs hommes blessés. Pauvre vieux ! à ce
moment il eût préféré être dans son village, qui était aussi cerné par
les Bambaras que Sansandig l’était par nous.