4 juillet 1865.

Bien que l’opinion générale fût qu’on allait à Sansandig, et que Samba

N’diaye m’eût dit le tenir d’Ahmadou, notre route nous en éloigna

d’abord.

On se dirigea au Sud, puis on revint à l’Est, en passant en vue de

Kolbabougou et de Diofina, où sont les lougans de Tierno-Abdoul. Nous

laissâmes Siracoro sur la droite, et à deux heures 25 minutes nous nous

arrêtions à un petit village désert. Oulibo, venu directement de Ségou,

nous avait rejoints. Peu après nous passions à Pélengana, où l’on ne

voyait personne, bien que le village fût habité. Craignant d’être pillé

par les Sofas, les Bambaras qui y étaient établis avaient fermé leurs

portes et faisaient la sourde oreille quand on leur criait d’ouvrir.

Quelqu’un a-t-il vu, dans les pays chauds, une case après une invasion

de ces fourmis qu’en Casamance on rencontre si souvent, et qu’on désigne

sous le nom de _magnians_ ? Elle est propre et nettoyée ; tout est

enlevé et a été grossir le grenier des travailleuses. Eh bien, après le

passage d’une armée de noirs même à travers un village ami, l’effet est

à peu près le même ; seulement le grenier n’existe pas et le travailleur

n’est le plus souvent qu’un destructeur. Voilà pourquoi Pélengana

paraissait désert.

Notre route alors se dirigea au N.-E., et à travers des broussailles

nous parvenions à neuf heures du soir à Bafou-Bougou. L’armée était en

débandade complète. Après une marche de onze heures, chacun s’était

arrêté au gré de ses caprices ; il eût été impossible de trouver, à

l’exception des porteurs de poudre et de la compagnie du Diomfoutou

(Sofas), une seule compagnie en ordre. Pour moi, j’errai jusqu’à dix

heures du soir pour retrouver mes hommes, qui, malades la plupart de

fatigue, avaient campé entre Marcadougouba et Somono Dougouni, à

l’endroit où se trouvaient Ahmadou avec la grande moitié de l’armée.

Nous étions là près d’une mare dont l’eau troublée par les chevaux était

aussi épaisse que du chocolat ; ce fut cependant avec cela qu’il fallut

tremper le couscous du voyageur ; et lorsqu’il est, comme moi, à jeun

depuis la veille, il mange ce triste dîner sans murmurer contre le sort.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 207 / 368 题