Bien que l’opinion générale fût qu’on allait à Sansandig, et que Samba
N’diaye m’eût dit le tenir d’Ahmadou, notre route nous en éloigna
d’abord.
On se dirigea au Sud, puis on revint à l’Est, en passant en vue de
Kolbabougou et de Diofina, où sont les lougans de Tierno-Abdoul. Nous
laissâmes Siracoro sur la droite, et à deux heures 25 minutes nous nous
arrêtions à un petit village désert. Oulibo, venu directement de Ségou,
nous avait rejoints. Peu après nous passions à Pélengana, où l’on ne
voyait personne, bien que le village fût habité. Craignant d’être pillé
par les Sofas, les Bambaras qui y étaient établis avaient fermé leurs
portes et faisaient la sourde oreille quand on leur criait d’ouvrir.
Quelqu’un a-t-il vu, dans les pays chauds, une case après une invasion
de ces fourmis qu’en Casamance on rencontre si souvent, et qu’on désigne
sous le nom de _magnians_ ? Elle est propre et nettoyée ; tout est
enlevé et a été grossir le grenier des travailleuses. Eh bien, après le
passage d’une armée de noirs même à travers un village ami, l’effet est
à peu près le même ; seulement le grenier n’existe pas et le travailleur
n’est le plus souvent qu’un destructeur. Voilà pourquoi Pélengana
paraissait désert.
Notre route alors se dirigea au N.-E., et à travers des broussailles
nous parvenions à neuf heures du soir à Bafou-Bougou. L’armée était en
débandade complète. Après une marche de onze heures, chacun s’était
arrêté au gré de ses caprices ; il eût été impossible de trouver, à
l’exception des porteurs de poudre et de la compagnie du Diomfoutou
(Sofas), une seule compagnie en ordre. Pour moi, j’errai jusqu’à dix
heures du soir pour retrouver mes hommes, qui, malades la plupart de
fatigue, avaient campé entre Marcadougouba et Somono Dougouni, à
l’endroit où se trouvaient Ahmadou avec la grande moitié de l’armée.
Nous étions là près d’une mare dont l’eau troublée par les chevaux était
aussi épaisse que du chocolat ; ce fut cependant avec cela qu’il fallut
tremper le couscous du voyageur ; et lorsqu’il est, comme moi, à jeun
depuis la veille, il mange ce triste dîner sans murmurer contre le sort.