Le dimanche 9 avril le tabala battit. Au jour on embarqua les blessés,
et à 9 heures et demie on se mettait en marche ; mais, après vingt
minutes, Ahmadou fit arrêter et palabra avec les chefs pour obtenir
qu’on lui remît tout de suite les captifs, au nombre de 74, qu’il envoya
à Kénenkou afin d’avoir toute liberté pour sa marche. Cela ne se fit pas
sans peine ; enfin, après plusieurs départs et arrêts, nous partîmes à
trois heures, longeant le fleuve. Il coulait toujours du S.-O. au
N.-E. ; les montagnes de la rive droite, sur laquelle nous étions,
paraissaient s’éloigner un peu, tandis que celles de la rive gauche
bordaient littéralement le fleuve, laissant à peine un kilomètre de
plaine dans les endroits où elles s’en éloignaient le plus. Dans
l’intérieur du Bélédougou on voyait un autre plan de montagnes un peu
plus élevées, indiquant combien le sol est accidenté.
Notre route inclina bientôt vers le Sud ; nous écartant un peu du
fleuve, nous passâmes alors un marigot profond rempli de roches, qui
doit être un torrent pendant la saison des pluies. Puis à 6 heures du
soir nous passâmes un petit village nommé Kéko ou Kéka ; il était
désert. Notre route, après quelques sinuosités, était venue rejoindre le
fleuve, et à 7 heures 55 minutes le soir nous campions à côté d’un
marigot que fait le fleuve entre une île et la berge.
Une ou deux pirogues avaient suivi l’armée, et le soir on apporta à
Ahmadou des poissons. Il m’en envoya deux magnifiques, qui furent
d’autant mieux venus que nous faisions fort maigre chère. Nous en étions
réduits à tremper le couscous avec du bouillon de viande séchée au
soleil. Je prie ceux qui sont exigeants pour leur nourriture de se
mettre trois jours à ce régime, et si après ils ne sont pas disposés à
trouver tout bon, j’en serai bien étonné.