Le 10 mars, Sidy Abdallah me confiait, sous le sceau du secret, que
Seïdou allait enfin partir, mais dans quinze jours seulement, avec des
Maures de Tichit, qui étaient à Yamina. Cette bonne nouvelle était
malheureusement inexacte, comme on va le voir, et cela ne prouvera
nullement que Sidy Abdallah ait voulu me tromper ; car j’ai tout lieu de
croire qu’Ahmadou changeait souvent d’avis, et il peut très-bien se
faire qu’après avoir adopté cette idée, il n’ait plus voulu la mettre à
exécution, comme cela arrivait en mainte occasion, au dire de tous ses
conseillers, qui prétendaient que Bobo seul lui faisait faire ses
volontés.
En attendant, nous apprenions que les Djawaras, casernés à Kenenkou
(haut Niger), avaient été attaqués par les Bambaras. Ils les avaient
chassés, disait-on, et on rapportait des fusils. Mais, peu après, le 17
mars, Ahmadou ordonnait à l’armée de se préparer à partir avec lui, et
recommandait de faire du couscous pour la route, de préparer des
sandales et des peaux de bouc pour l’eau.
Pour achever de brouiller toutes nos idées sur l’état du pays, on
annonçait qu’Amady Sambouné, qu’on avait dit révolté, arrivait à Ségou
se joindre à Ahmadou avec toutes ses bandes, et quelque improbable que
fût ce fait, il prenait du crédit.
Presque à la même époque, on nous apprenait une nouvelle qui ne fut pas,
comme la précédente, démentie après peu de jours, mais qui se trouva
confirmée par tous les récits : c’était la mort de Sidy Ahmed Beckay,
mort à Tenenkou (Macina), pendant la lune précédente.
Il paraît que la guerre, qui ne cessait pas dans le Macina, l’avait
appelé à cet endroit et qu’il y était mort six jours après son arrivée.
A ce sujet, on forgeait des nouvelles du Macina, où, comme toujours, El
Hadj se reposait et Tidiani marchait de victoires en victoires.
Cette mort m’attrista. Sidy Ahmed Beckay avait été le protecteur, l’ami
du docteur Barth ; c’était un homme éclairé et bon. Ces gens-là sont
malheureusement rares en Afrique, surtout chez les Maures, et leur mort
est un deuil pour ceux qui désirent de tous leurs vœux la civilisation
de l’Afrique et voudraient y travailler de tout leur pouvoir.
[Décoration]
[Note 196 : Maures mélangés de sang nègre.]
[Note 197 : Pour soutenir le casque de cheveux.]
[Note 198 : Mustaf, esclave d’El Hadj, gouverneur de Nioro.]
[Note 199 : Aloa, planchette qui sert à écrire les prières arabes et
tient lieu, pour les Talibés à l’école, de cahier d’écriture et de
lecture.]