Samba N’diaye lui-même essaya de nous intimider, et, sachant fort bien
que le docteur ne l’aimait pas, il me prit à part. L’occasion était
belle ; j’étais seul avec lui. Je fis semblant de croire à ses craintes
sur notre départ et je lui dis d’un air profondément triste que j’étais
résolu à mourir plutôt que de rester à Ségou sans savoir jusqu’à quand
j’y resterais ; que j’étais las et dégoûté de tous les mensonges de la
ville, aussi bien de ceux qui concernaient les Bambaras que de ceux qui
venaient du Macina ; que lui-même m’avait trompé en m’affirmant que je
partirais pour Hamdallahi après l’arrivée de l’armée de Nioro, et que je
ne resterais que lorsque Ahmadou lui-même, qui, disait on, ne mentait
jamais, m’aurait donné une assurance au sujet de mon retour à Saint-
Louis ou de mon départ pour le Macina.
Et pour exciter son zèle je lui fis confidence d’un projet que j’avais
de remonter le fleuve avec des bateaux à vapeur, des canons et de venir
donner un coup de main à Ahmadou pour soumettre tout le pays.