20 mai 1864.

Néanmoins, ne prenant ces propositions que pour ce qu’elles devaient

être et étaient en effet, un désir _dont il fallait se rapprocher le

plus possible_, je n’hésitai pas à aller voir Ahmadou pour lui faire

_proprio motu_ les compliments du gouverneur, qui ne gâtaient rien à la

chose, et lui dire qu’en réponse à mes lettres de Koundian, dans

lesquelles j’avais fait savoir la bonne réception qui m’y avait été

faite, le gouverneur améliorait encore les propositions que j’étais

chargé de lui soumettre ; qu’il me disait de rentrer avant la saison des

pluies, mais que puisque l’armée de Nioro était arrivée, j’allais sans

doute partir pour le Macina, et que je demandais à partir le plus tôt

possible.

J’avais, en effet, toujours considéré l’arrivée de l’armée de Nioro

comme notre port de salut, relativement à notre départ. Samba N’diaye

m’avait affirmé de la manière la plus péremptoire que, dès qu’elle

serait là, nous partirions, et comme j’avais hésité à le croire, il

m’avait dit qu’il ne pouvait me citer celui de qui il le tenait, mais

qu’il n’en doutait pas et ne pouvait en douter. La veille encore il me

l’avait répété à peu près dans ces termes : « Eh bien, tu dois être

content, voilà l’armée de Nioro, tu vas partir. »

Aussi je disais cela avec confiance, mais je n’obtins pas de réponse, et

en sortant de l’audience j’appris qu’Ahmadou, en m’entendant lui dire

que l’on m’avait affirmé que l’armée de Nioro arrivée je partirais,

avait demandé très-bas à Samba N’diaye : Qui lui a dit cela ? — Moi, dit

Samba. — Pourquoi te mêles-tu de mes affaires ? avait répondu Ahmadou. —

Parce que Bo (Oulibo) me l’a dit, avait répondu Samba N’diaye. Et ce

petit entretien avait échappé pendant que je terminais ce que je lui

disais. Ensuite Ahmadou avait paru embarrassé, ses réponses avaient été

pleines de réticences et il m’avait congédié, sous prétexte que l’heure

du salam était arrivée (le salam du soir se fait entre cinq et six

heures).

Le soir je reçus la visite du Peuhl qui avait conduit Seïdou et Yssa

jusqu’à Damfa, où il les avait laissés. En route, ils avaient rencontré

un parti de Bambaras au nombre de quinze. En voyant les marques du

passage des chevaux tout le monde avait voulu, disait le guide, se jeter

dans les broussailles ; mais Yssa s’y était refusé, et, après avoir

préparé ses cartouches, il s’était assis au pied d’un arbre, en disant :

« Si vous vous cachez, moi, j’attendrai là. » Alors ils étaient revenus

et avaient continué leur route sans être inquiétés. Tout le monde

admirait ; mais ce qui m’importait le plus c’est que mes envoyés étaient

en route, et je calculais déjà le moment où des nouvelles certaines de

notre situation viendraient rassurer le gouverneur et nos familles.

Quant à cette jolie histoire d’Yssa, j’appris plus tard qu’elle n’était

vraie qu’approximativement et qu’elle avait été embellie, augmentée pour

me faire plaisir afin d’exciter ma générosité en vantant la bravoure de

nos hommes, ce qui ne pouvait que m’enorgueillir. Pour un noir, pour un

de ces individus auxquels certains esprits malades ont voulu retirer la

qualité d’homme, et qu’on a placé à un niveau inférieur au nôtre dans

l’échelle des êtres, il faut avouer que ce n’est pas trop mal.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 118 / 368 题