La ville se compose de la forteresse et d’un village, dont les cases
sont en partie maçonnées, mais couvertes presque toutes de paille.
La forteresse est un carré régulier, de 160 mètres de côté, flanqué de
seize tours, dont deux ont des portes : l’une de ces portes, située à
l’Est, sert à la circulation ; l’autre, qui est dans une des tours de
l’Ouest est toujours fermée. Cette muraille, de 8 à 9 mètres de haut, a
1m,50 d’épaisseur à la base ; elle est en pierres maçonnées avec du
pisé, et chaque année on la crépit en terre. Il ne nous a pas été permis
d’en visiter l’intérieur ; mais elle contient, outre la maison d’El
Hadj, dans laquelle il a une femme et que gouverne Diango, l’habitation
de la plupart des sofas (esclaves guerriers) et d’une partie de talibés.
Tout autour s’étend une plaine à laquelle on arrive par quatre défilés
bordés de hautes montagnes. Cette place présenterait une grande
difficulté, même à l’attaque de troupes régulières. Le pays est riche en
mil et en or, mais il n’avait plus de bestiaux, car à la suite de la
guerre, il y a eu disette et l’on a tout mangé. Aussi le cadeau d’un
bœuf que me fit Diango était-il princier.
En somme, Diango était un Malinké, et les instincts rapaces de sa race
se montraient souvent. Je lui fis un cadeau, il en parut mécontent ;
mais quand il vit que sa colère ne m’effrayait pas et que je le menaçais
de son maître, lui disant qu’il pouvait prendre, mais que je ne
donnerais pas, il devint petit garçon, et il m’extorqua petit à petit du
sel en assez grande quantité, des pièces de guinée, etc., etc.
D’autres côtés, on venait m’obséder de demandes. Les griots et les
griotes venaient faire de la musique et danser ; les chefs venaient
mendier qui un pantalon, qui un boubou ; les malades pleuvaient au
docteur qui y eût épuisé sa pharmacie et qui tomba malade lui-même de
fatigue. J’avais eu moi-même la fièvre à la suite d’un bain froid. Il
fallait sortir de là. Je sommai donc Diango de me donner le guide promis
et j’exigeai qu’il fixât l’heure du départ.