9 décembre 1863.

Enfin, le 9 décembre, je partis en canot, et, après avoir reconnu un

dernier barrage qui devait présenter peu de difficultés, j’aperçus

devant nous le fleuve se séparant en deux branches : c’était Bafoulabé.

J’atterris sur la rive droite, et je remontai à pied par des sentiers

d’hippopotames, jusqu’à ce que je pusse bien voir cette pointe tant

désirée. Il était temps, au reste, que cette bonne nouvelle vînt ranimer

le courage de nos hommes, car les choses allaient mal. Sous l’empire de

la fatigue, les caractères s’aigrissaient de plus en plus ; une

animosité croissante s’était déclarée entre Samba Yoro, capitaine de

rivière, et Bakary Guëye, mon homme de confiance, que je me savais

dévoué. Les choses étaient arrivées à tel point que j’avais dû

intervenir pour les empêcher de se battre, et mettre Bakary en faction,

seule punition que je pusse infliger. En dehors de cela, Bara, un de mes

hommes les plus courageux et les plus habiles, venait de se blesser

cruellement. Dans un barrage, au moment où il supportait tout le poids

du canot, il avait glissé dans un de ces trous désignés, au Sénégal,

sous le nom de baignoires, dont les bords, travaillés par les cailloux

roulés et les eaux, sont souvent tranchants comme un couteau, et il

avait eu une entaille profonde à la jambe.

Mamboye, sergent de tirailleurs que j’employais surtout à terre,

éprouvait de fréquents accès de fièvre, et la plupart des hommes

avaient, par suite des travaux alternatifs dans l’eau et dans les

broussailles épineuses, les jambes très-abîmées.

Cependant, avant d’atteindre ce point, il me restait une rude journée.

Voici comment j’en rendais compte dans mon carnet de notes :

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 26 / 368 题