Parce qu'on ferme les yeux ils se figurent qu'on dort et ils en disent,

et on écoute et ils ne savent pas qu'on sait tout.

Moi, j'ai entendu mon père, un soir de l'hiver passé, qui racontait aux

autres comment il s'y prenait quand il allait voir ma mère.

Il entrait par l'écurie, croyez-vous, et il attendait que les vieux

aillent au lit pour aller coucher avec elle, mais un soir mon

grand-père a bien manqué de le pincer en venant clairer les bêtes; oui,

le paternel, il s'était caché sous la crèche devant les naseaux des

bœufs qui lui soufflaient au nez, et il n'était pas fier, allez!

Le vieux s'est amené avec sa lanterne tout bonnement et il s'est

tourné par hasard de son côté comme s'il le regardait, même que mon

père se demandait s'il n'allait pas lui sauter dessus.

Mais pas du tout, le pépé[93] n'y songeait guère: il s'est déboutonné,

puis il s'est mis à pisser tranquillement et mon père disait qu'il

n'en finissait pas de secouer son outil et qu'il trouvait le temps

bougrement long parce que ça le piquait à la «gargotte»[94] et qu'il

avait peur de tousser; alors sitôt que le grand-papa a été parti, il a

pu se redresser et reprendre son souffle et un quart d'heure après il

était «pieuté» avec ma mère, à la chambre haute.

[93] Grand-père.

[94] Gargotte, gorge.

Voilà ce qu'ils faisaient! Est-ce qu'on a jamais fait des «trueries»

comme ça, nous autres? Hein, je vous le demande, c'est à peine si

on embrasse de temps en temps nos bonn'amies quand on leur donne un

pain d'épices ou une orange, et pour un sale traître et voleur qu'on

fouaille un tout petit peu, ils font des chichis et des histoires comme

si un bœuf était crevé.

--Mais c'est pas ça qui empêchera qu'on fasse son devoir.

--Tout de même, bon Dieu! qu'il y a pitié aux enfants d'avoir des père

et mère!

Un long silence suivit cette réflexion. Lebrac cachait de nouveau le

trésor jusqu'au jour de la nouvelle déclaration de guerre.

Chacun songeait à sa fessée, et, comme on redescendait entre les

buissons de la Saute, La Crique, très ému, plein de la mélancolie de

la neige prochaine et peut-être aussi du pressentiment des illusions

perdues, laissa tomber ces mots:

--Dire que, quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes

qu'eux!

FIN

TABLE

Pages.

PRÉFACE 7

LIVRE I.--_LA GUERRE_

CHAPITRE I.--LA DÉCLARATION DE GUERRE 9

-- II.--TENSION DIPLOMATIQUE 23

-- III.--UNE GRANDE JOURNÉE 36

-- IV.--PREMIERS REVERS 50

-- V.--LES CONSÉQUENCES D'UN DÉSASTRE 63

-- VI.--PLAN DE CAMPAGNE 75

-- VII.--NOUVELLES BATAILLES 88

-- VIII.--JUSTES REPRÉSAILLES 106

LIVRE II.--_DE L'ARGENT_

CHAPITRE I.--LE TRÉSOR DE GUERRE 129

-- II.--FAULTE D'ARGENT, C'EST DOLEUR NON

PAREILLE 141

-- III.--LA COMPTABILITÉ DE TINTIN 152

-- IV.--LE RETOUR DES VICTOIRES 164

-- V.--AU POTEAU D'EXÉCUTION 175

-- VI.--CRUELLE ÉNIGME 184

-- VII.--LES MALHEURS D'UN TRÉSORIER 198

-- VIII.--AUTRES COMBINAISONS 215

LIVRE III.--_LA CABANE_

CHAPITRE I.--LA CONSTRUCTION DE LA CABANE 227

-- II.--LES GRANDS JOURS DE LONGEVERNE 242

-- III.--LE FESTIN DANS LA FORÊT 256

-- IV.--RÉCITS DES TEMPS HÉROÏQUES 275

-- V.--QUERELLES INTESTINES 291

-- VI.--L'HONNEUR ET LA CULOTTE DE TINTIN 302

-- VII.--LE TRÉSOR PILLÉ 314

-- VIII.--LE TRAITRE CHATIÉ 328

-- IX.--TRAGIQUES RENTRÉES 340

-- X.--DERNIÈRES PAROLES 351

_ACHEVÉ D'IMPRIMER_

le dix septembre mil neuf cent douze

PAR

G. ROY

A POITIERS

pour le

MERCVRE

DE

FRANCE

La Guerre des Boutons: Roman de ma douzième année · 第 17 / 17 段