IV

Dans le jardin, voici ce qui se passait. Joe et Tibère accomplissaient

leur faction avec conscience, l’un fumant sa pipe, l’autre digne et

calme, attendant le danger la tête haute, l’œil au guet, l’oreille à

l’alerte. Quelques-uns des habitants de Hightone square étaient rentrés

tard, puis le mouvement avait absolument cessé, et le brouillard et la

nuit avaient tout enveloppé.

Joe écoutait les heures sonner à une église voisine; il avait entendu

minuit, quand le bruit d’un cab attira son attention, puis le bruit

s’éteignit et disparut, revint, et s’éteignit encore, et soudain Tibère

fit un bond formidable. Joe se redressa. Dans la partie la plus reculée

du jardin, derrière la maison, un bruit de branches cassées s’était fait

entendre, on escaladait la grille, et pendant que Joe et le chien y

couraient, on était entré; Joe se jeta en avant et empoigna rudement au

collet l’individu qui sautait à terre.

--A bas! à bas! fut le cri de l’homme, s’occupant d’abord du chien, dont

il se défendait avec peine.

Puis, un juron formidable, et, s’adressant à Joe:

--Tenez le chien. Je suis chez moi; lâchez-moi, l’homme, je vous dis.

--Ah! elle est forte, celle-là. Et Joe fit entendre un coup de sifflet

dont on était convenu avec les policemen de faction, auxquels on avait

remis une clef de la grille pour arriver plus vite. A ce coup de sifflet

répondit tout de suite l’appel d’une crécelle; puis des pas lourds et

cadencés; Tibère cria plus fort, car l’homme en colère essayait de se

dégager; et deux autres policemen, leur lanterne sourde à la main,

parurent sur la scène.

Le prisonnier de Joe jurait d’une façon épouvantable, l’appelant idiot,

imbécile; mais Joe le tenait, et Tibère montrait ses formidables crocs.

Joe eut vite raconté le comment de sa capture, et la prétention du

prisonnier. Un homme qui pour rentrer chez lui, disait-il, escaladait

une grille! C’était absurde! C’était clair! Aussi, confiant la garde du

prisonnier aux policemen, Joe traversa le jardin et arriva devant la

maison au moment où Harry Rosing en sortait. Joe lui conta l’affaire et

demanda ce qu’il fallait faire du prisonnier.

Aux premiers mots, Harry s’arrêta; il avait compris: M. Meryton avait

bien réellement voulu les surprendre. Sonner à la porte de la grille eût

été les prévenir; il avait préféré l’escalade.

--Joe, dit Harry, inutile d’amener l’homme ici; cela ferait trop peur à

madame Meryton. Qu’on le conduise au poste de police le plus proche.

Demain, j’aviserai.

Et ce qui fut dit fut fait. Et pendant que, pris dans ses propres

filets, M. Meryton était emmené sous bonne escorte, madame Meryton

tremblante, éperdue, se jetait au cou de son sauveur, et le suppliait de

ne plus la quitter de toute la nuit.

Mylord et Mylady · 第 41 / 63 题