Il était destiné à de bien autres métamorphoses. Pareil à ces infortunés
comédiens qui, sous le nom d’utilités, sont engagés pour jouer tous les
rôles, il fut le héros obligé de tous les romans dont se plut à vivre la
belle Aurélie.
Ils furent nombreux et divers, ces romans, et comme pour leur donner
plus de réalité, à mesure qu’elle les suivait, elle les écrivait à ses
heures de solitude, sur un gros livre qu’elle cachait au fond de son
bureau.
Et pendant qu’elle s’abandonnait à tous les rêves d’une imagination en
délire, tout Saumur chantait ses louanges et célébrait ses vertus; les
maris la proposaient comme modèle à leurs femmes, les hommes enviaient
l’heureux notaire.
Mais le bonheur ici-bas ne saurait durer.
Un soir de mai, la belle Aurélie fut prise d’un malaise subit, et
vingt-quatre heures plus tard elle était morte sans avoir eu le temps
de se reconnaître.