Cependant les jours se passaient et les irrésolutions de Max étaient
toujours les mêmes; l’époque fixée par M. de Tressang arriva, le vicomte
demanda quelques jours de répit; le comte, qui était un habile homme et
qui connaissait fort bien le caractère de Max, consentit à attendre
encore; il est vrai que Max allait fréquemment chez madame de
Chevonceux.
--Oublions, se disait-il parfois, oublions un beau rêve, être aimé.
Adieu, projets chéris, chimères longtemps caressées, douce existence que
j’ai cru entrevoir! Et le souvenir de Louise envahissait son cœur et
le remplissait de tristesse. Puis, sans savoir au juste le marché
honteux proposé par son père, marché qui devait le faire l’époux
heureux de la riche héritière, tous ses instincts se révoltaient à
l’idée d’être le mari de mademoiselle de Chevonceux.
--Si je savais où est Louise, disait-il, si je n’avais pas ce doute
affreux, cette inquiétude incessante, eh bien! mon malheur serait moins
grand, je me dirais: Tout est perdu, oublions. Mais je ne sais rien,
rien!
--Je suis un niais, pensait-il à d’autres moments, je cherche à dorer ma
lâcheté de prétextes fallacieux, je suis comme les autres, la fortune me
tente.--Non, cependant. J’aimerais bien mieux l’amour de Louise.