CHAPITRE XXI.

Entre toutes les choses plus admirables du monde, l'escriture est digne

de tres-grande admiration. Premierement pour son premier Autheur qui a

esté Dieu mesme, secondement pour son utilité, Dieu en a esté le premier

Autheur, comme les parolles qu'il tint à Moyse nous l'apprennent: monte

dit le Seigneur, & vien me trouver sur la montaigne, là je te bailleray,

deux tables de pierre: la Loy & les commandemens que j'ay escrits, afin

que tu les enseignes aux fils d'Israël. Ce que Dieu avoit escrit estoit

engravé dans les tables que Moyse, rompit puis aprés émeu de colere,

lorsqu'il trouva les enfans d'Israël idolatrant aprés le veau d'airain.

Depuis Dieu fit commandement à Moyse de renouveller les tables &

d'escrire ce qui estoit contenu en celles qui estoient rompues, si bien

que nous voyons par là, que c'est Dieu qui est Autheur de l'escriture, &

que Moyse a esté le premier entre les hommes, qui a escrit, voyons de

l'Imprimerie.

L'invention de l'Imprimerie en l'Europe, comme tient la commune opinion,

a commencé en l'an de grace 1438. & est attribuée à un Allemand appellé

Jean Guttemberg, & le premier moule dont on imprima se fit en la ville

de Mayence en Allemagne, duquel lieu un autre Allemand nommé Conrad en

porta l'invention en Italie, & que le premier livre qui s'imprima, ce

fut un oeuvre de S. Augustin, lequel est intitulé De la Cité de Dieu.

Mais les Chinois peuples inventifs & des mieux polissez de la terre,

s'attribuent avec quelque apparence de raison, l'honneur d'en avoir esté

les premiers inventeurs, & que les peuples Germanicques ne l'ont sçeu

qu'après eux, ou appris de quelqu'un d'eux. De mesme ils s'attribuent

l'honneur d'avoir esté les premiers inventeurs de l'artillerie, car elle

ne commença en l'Europe qu'en l'an 1330, par l'industrie d'un Allemand,

Munster en sa Cosmographie liv. 7, dit en l'an 1354, par un Moine

Allemand nommé Bertholde Sohonores.

A la verité on ne sçauroit assez louer l'invention & l'utilité de

l'Escriture, puisqu'un Dieu en a esté le premier Autheur, & que d'elle

depend la principale science des hommes, mais pour ce qu'elle s'apprend

qu'avec peine & un grand temps, peu de Hurons s'y vouloient adonner, &

se contentoient de conter les fueillets de nos livres, & d'en admirer

les images avec tant d'attention qu'ils perdoient tout autre soin, & y

eussent passé les jours & les nuicts entiers qui les eut laissé faire,

mais un si frequent maniement de nos livres, qu'ils demandoient à voir à

tout moment les uns aprés les autres, principallement la S. Bible pour

sa grosseur & ses images, les perdoit & rendoient tout frippez.

Nous avions commencé d'enseigner aux enfans, les lettres & l'escriture,

mais comme ils sont libertins & ne demandent qu'à jouer & se donner du

bon temps ils oublioient en trois jours, ce que nous leurs avions appris

en quatre, faute de continuer & nous venir retrouver aux heures que leur

avions prescrites, & pour nous dire qu'ils avoient esté empêchez à

jouer, ils en estoient quittes, sans autre plus grande ceremonie, aussi

n'estoit il pas encore à propos de les rudoier ny reprendre autrement,

que doucement, & par une manière affable, les admonester de bien

apprendre une science qui leur, devoit tant profiter à l'advenir, s'ils

s'y addonnoient avec soin, plaisir & contentement.

Il y avoit des hommes qui nous demandoient d'apprendre le François avec

eux, mais comme en toute leur langue il ne se trouve aucune lettre

labialle, ny les uns ny les autres, n'en pouvoient prononcer une seule

que tres difficilement. Pour dire P. ils disoient T, pour F, S, & pour

M, N &c. & ainsi il leur eut esté comme impossible de la pouvoir

apprendre dans leur païs (j'entends les personnes aagées) qu'avec une

grand longueur de temps & des peines indicibles, & suis asseuré qu'un

jeune garçon Huron s'efforça deux & trois cens fois pour pouvoir

prononcer la lettre P. & ne pû jamais dire que T. car voulant dire Pere

Gabriel il disoit T. Auiel.

Les Montagnais non plus que les Hurons, n'ont pas tant de lettres en

leur Alphabeth, que nous en avons au nostre, car ils n'ont point les

lettres F L V, ils prononcent un R au lieu d'un. L, ils prononcent un P.

au lieu d'un V, & ont plusieurs autres observations en leur langue, qui

ne peuvent estre conceues que par ceux qui ont l'usage de ladite langue,

mais elle est telle que les enfans qui ont la langue assez bien pendue

prendroient bien-tost nostre prononciation si on es instruisoit, &

encores assez facilement les Hurons, car les deux qui furent envoyez en

France il y a quelques années, dont l'un nommé Sauvoignon est retourné

en son païs, & l'autre, nommé Louys est resté à Kebec, s'y sont formez,

particulierement le petit Louys, car pour l'autre il n'y a jamais esté

bien sçavant, aussi estoit il plus aagé & moins apte pour apprendre que

le dernier qui estoit plus jeune & gentil.

Il faut que je vous die de ce Sauvage ce petit mot en passant, que tous

les Hurons l'estimoient menteur, lors qu'il leur racontoit les

merveilles qu'il avoit veues en nostre Europe, comme en effect y a des

choses qu'ils croyoient impossible, comme un carosse attelé de six &

huict chevaux, un orloge sonnant, & beaucoup d'autres choses, que nostre

tesmoignage leur fist croire faisable.

Ce bon Savignon se resouvenoit bien de la bonne chere qu'il avoit fait

en France & s'en vantoit par tout, neantmoins il ne luy print jamais

envie d'y vouloir retourner, jusques à un certain jour qu'ayant receu

mescontentement de sa compagne, il print resolution de s'en vouloir

retourner & demandoit à nos François s'il y pourroit avoir une femme

pour trois castors, encore croyoit il la mettre à bien haut prix, ce qui

nous donna plus de compassion, que d'envie de rire.

Ces simplicitez particulieres n'empechent pas, qu'il ne se trouve des

gens d'esprit entr'eux, & qu'on n'en puisse faire quelque chose de bon,

car il n'y a que la politesse qui leur manque, & si nous eussions esté

encore deux ans dans le païs, je croy que nous en eussions rendu

d'avancez aux lettres, & de bien instruicts en la foy, car les hommes

comprenoient assez bien, & les enfans tenoient gentiment la plume.

Tousjours ces commencemens serviront de beaucoup à ceux qui iront aprés

nous travailler en cette vigne, car la chose plus difficile est faicte &

les principales pieces esbauchées, il n'y a plus qu'à les polir qu'elles

ne soient parfaictes. Je sçay bien que les derniers ouvriers font

tousjours assez peu d'estat du travail des premiers & y trouvent souvent

à redire. Ce sont maladies naturelles qui naissent avec l'homme,

lesquelles il faut excuser & non point condamner, puisque Dieu seul est

le Juge de nos actions.

Les langues ne se sçavent pas sans fautes, qu'aprés une grande pratique

& longue experience, à la Françoise mesme, personne ne se dit parfaict

tant elle est changeante & sujette à la caprice des hommes, qui

inventent tous les jours des mots nouveaux, ou une nouvelle façon de

prononcer, de sorte que l'ancien Gaulois semble aujourd'huy un langage

estrangez comme le sera à cent ans d'icy celuy duquel on use pour le

jourd'huy.

Dés la France j'avois une grande inclination pour les langues Sauvages,

afin qu'en y profitant je puisse aprés profiter aux ames, & en avois

desja assemblé une quantité de mots, mais pour ne les sçavoir prononcer

à la cadence du païs, à la premiere rencontre que je fis des Montagnais,

pensans baragouiner, je demeuray muet, & eux avec moy.

Marry que j'en perdu & ma peine & mon soin, avec toutes mes estudes que

j'avois faictes sans autre maistre que du petit Patetchouan, je

m'addressay au truchement Marsolet, pour en avoir quelque instruction,

mais il me dit franchement dedans nostre barque à Tadoussac, qu'il ne le

pouvoit nullement & que je m'adressasse à un autre; je luy en demanday

la raison, il me dit qu'il n'en avoit point d'autre que le serment qu'il

avoit faict de n'enseigner rien de la langue à qui que ce fut.

Me voyla donc esconduit, & ne me rebute pas pourtant, je le prie

derechef de m'apprendre quelque mots de ce langage; puis qu'il n'y en

avoit point d'autre plus capable que luy, & que je le servirais en autre

occasion, mais il continue en son refus, ne voulant pas, disoit-il

fausser son serment & faire rien contre ses promesses, neantmoins à la

fin il me lança ces deux mots Montagnais, _Noma kinistitototiu_, qui

veulent dire en François, non je ne t'entend point, car en Huron il

faudroit dire: _Danstan tearonca_. Voyla tout ce que je pû tirer de luy

avec toute mon industrie, & croy que tout son plus grand serment estoit

de se rendre necessaire, & de ne laisser empiéter personne sur son

office, mais s'estoit mal prendre ses mesures que de s'addresser à nous,

qui n'estions pas pour luy nuyre.

Ce peu que j'en ay sceu davantage, je l'ay, appris de nos Religieux de

Kebec, des Montagnais & d'un petit Dictionnaire, composé & escrit de la

propre main de Pierre Anthoine nostre Canadien, que j'ay creu d'autant

plus asseuré, que ce Sauvage l'a faict avant qu'avoir perdu les Idées de

sa langue & s'il est fautif en quelque chose, c'est en la mesme maniere

que je le suis en la langue Françoise, en comparaison d'un Orateur

disert, car il y a le bon & le mauvais Montagnais, comme le bon & le

mauvais François, duquel j'ymite le dernier pour ne pouvoir faire mieux.

Toutes les langues de la nouvelle France se peuvent réduire en deux

principales, à sçavoir, Huronne & Canadienne. La Huronne comprend

presque toutes celles qui courent les nations sedentaires &

quelques'unes errantes, comme les Houandares, les Quieunontateronons,

Sontouhouerhonons, Attiuoindarons, Assistagueronons, & autres des

contrées de la mer douce, lesquelles toutes ensemble peuvent contenir

environ 3 où 4 cens mille ames en 200 lieuës de païs, qui seroient une

belle Province si elles estoient possedées par un seul Prince Chrestien,

car pour le jourd'huy les montagnes, les fleuves & les rivieres, ne

servent point de limites ny de bornes aux Provinces & Regions, ains, les

langues & les Seigneuries, & se dit une Province & Region avoir autant

d'estendue comme la langue d'icelle est parlée & entendue en icelle.

La Canadienne comprend presque toutes les nations errantes, qui tiennent

depuis l'emboucheure du grand fleuve S. Laurens, jusques au païs des

Hurons, parmy lesquelles nous comprenons les Almouchiquois, Montagnais,

la petite Nation. Les Sauvages de l'Isle, les Ebicerinys, & généralement

tous les Algoumequins & autres nations errantes, qui se rencontrent dans

l'estendue de plus de 350 lieues de paîs qui ne peuvent faire en tout à

mon advis, 50 ou 60 mille ames au plus, & tous errants & vagabons comme

j'ày'dit.

Il demeura donc constant que nous n'avons que deux langues principales

dans toute l'estendue, de nostre Canada, & que tout tant qu'il y en à

derivent de l'une de ces deux, & n'y a autre difference, que du Gascon

ou du Provençal au François, car encor bien qu'il y ait un truchement

particulier pour les Montagnais, un autre pour les Sauvages de l'Isle, &

un pour les Ebicerinys. Si est ce que c'est tousjours une mesme langue,

& n'y a autre difference que celle que je vient de dire, qui est assez

neantmoins pour obliger d'avoir par tout des Truchemens divers, tant

pour n'ignorer rien des langues, & d'une infinité de mots qu'ils ont de

differens les uns des autres, que pour maintenir les François en

l'amitié de ces peuples, & attirer leurs castors en procurant leur

salut.

On dit qu'il y a en quelque contrée des Indes, une Nation dont les

hommes ont un langage particulier & les femmes un autre, sans qu'il leur

soit loisible d'user de celuy de leur marys, il n'en est pas de mesme

entre: nos Nations Canadiennes, mais entre toutes il me semble que les

femmes Ebiceriniennes parlent le plus délicatement, & mignardement,

elles ont un petit bec affilé, dont vous diriez que les paroles leur

partent du bout des levres, & ce qui en est plus admirable est, qu'elles

coulent de suitte sans hesiter ny reprendre haleine, & si doucement qu'à

peine leur voyez vous ouvrir les lèvres en leurs petits entretiens &

esbats.

Je m'estonnois mesme comme elles se pouvoient entendre, & le Truchement

Richer comprendre ce qu'elles disoient, car pour moy, il faut que

j'advoue qu'il m'eust esté bien difficile de m'y rendre sçavant.

J'en voulu faire l'experience au pays des Hurons, où elles estoient

venues hyverner avec leur marys, & en receu des leçons du Truchement que

j'estudiay quelque temps ensemble, avec le Montagnais & mon Huron, mais

ne my pouvans advancer pour en avoir trop entrepris à la fois, je fus

contrainct de quitter les deux premiers, & vaquer seulement à la

dernière, car en pensant parler d'une j'y entremellois des mots de

l'autre, je courois aprés trois lievres & n'en prenois aucun.

Et pour vous monstrer qu'en effet il y a beaucoup de periodes qui ne se

rapportent point aux langages des Montagnais, & Ebicerinys non plus

qu'au Huron, qui est une langue particulière, & que le baraguoin de l'un

est différant du baraguoin de l'autre, je vous en rapporteray icy

quelques mots, par le moyen desquels vous cognoistrez la différence

veritable mentionnée cy dessus.

Par exemple: Les Hurons appellent un chien gaguenon. Les Ebicerinys

arionce, & les Montagnais atimoy, voyla une grande différence en ces

trois mots qui ne signifient tous qu'une mesme chose. De plus: Pour dire

en Huron j'ay faim, Atoronchesta, en Montagnais Niuhimitisonne, & en

Ebicerinyen Ninihoinchaé. Et pour demander à manger nos Hurons usent de

ce seul mot Taetsenten, les Montagnais de celuy cy Minimitson, & les

Ebiceriniens de cet autre Michilmijchim. Tellement qu'on voit en ce peu

de mots bien peu de rapport, particulierement du langage Huron aux deux

autres qui ont quelque correspondance.

Il se trouve une autre grande difficulté en ces langues, en la

prononciation de quelque syllabes; à laquelle consistent les diverses

significations d'un mesme mot, qui est une difficulté plus grande que

l'on ne pense pas, car manquez seulement en une, vous manquez en tout,

du si vous vous faites entendre ce sera tout autrement que vous ne

desirez, comme en ce mot Ebicerinien: Kidauskinne, lequel avec une

certaine façon de prononcer veut dire, tu n'as point d'esprit, & par un

autre ton signifie; tu as menty.

Ainsi en est il de quantité d'autres mots, c'est pourquoy il faut ayder

à la lettre, & apprendre la cadance, si on y veut profiter, car le

Truchement Bruslé s'y est quelquefois luy mesme trompé bien empesché, &

moy encore plus lors que les Hurons me faisoient recorder & souvent

repeter de certains mots difficiles que je ne sçavois comment prononcer,

& n'y pouvois avenir avec toutes les peines que j'y prenois, que de fort

loing, (j'entends de quelque mots) nonobstant l'assistance & le secours

du Truchement, c'est ce qui nous fit juger que nos principaux maistres

en cet art, devoient estre nos soins & la frequente communication avec

les Sauvages.

Avant que je fusse passé dans les Indes Canadiennes, & aucunement

recognu la façon de parler de ses habitans, je croyois leur langue dans

l'excés de pauvreté, comme, elle est en effet de beaucoup de mots, pour

autant que n'ayans point de cognoissance de beaucoup de choses qui sont

en nostre Europe; ils n'ont point de noms pour les signifier, mais j'ay

recognu du depuis qu'és choses dont ils ont cognoissance, leurs langues

sont en quelque chose plus fecondes & nombreuses, pouvans dire une mesme

chose par quantité de différents mots, entre lesquels ils en ont de si

riches, qu'un seul peut signifier autant que que quatre des nostres,

principalement la langue Huronne, c'est à dire qu'ils ont une infinité

de mots composez, lesquels sont des sentences entieres, comme les

caracteres des Chinois.

Je sçay bien qu'il y peut avoir des fautes en mes Dictionnaires, & que

plusieurs choses y manquent pour les rendre parfaicts, mais je ne doute

point aussi qu'un plus habile que moy, ne se trouvat bien empesché de

pouvoir faire mieux en si peu de temps que j'y ay employé, tousjours

c'est un travail qui n'est pas petit ny de petit profit, car pourveu

qu'on sçache la prononciation des mots, plus difficiles, on peut aller

avec iceux, par tout leur pays & traiter sans Truchement, qui est un

bien, & une commodité qui ne se peut estimer, & de laquelle plusieurs se

servent, pour n'y en avoir encor eu aucun autre que les miens. C'est

neantmoins une chose bien pitoyable à l'homme d'estre en cela plus

miserable que les oyseaux, & bestes brutes, lesquelles se font entendre

à toutes celles de leur mesme espece en quelque part du monde qu'elles

se rencontrent, car elles n'ont toutes qu'une mesme voix, là où l'homme

pour peu qu'il s'absente du lieu de sa naissance, demeure muet, & sans

communication, dont on doit attribuer la disgrace à nos pechez.

Ceux qui ont estudié quelque peu en Magie, selon quelques Autheurs,

sçavent fort bien qu'aucuns livres de cette mauvaise science, enseignent

quelques moyens, pour parvenir à la perfection de l'intelligence de ces

voix; sons, paroles, ou langues de ces oyseaux, & animaux, comme un

Apollonius Thyaneus grand magicien, lequel entendoit le jargon des

oyseaux, & la voix des animaux, par laquelle il recueilloit les

conceptions de leurs fantasies, ce que faisoit aussi Melampus fils de

Amythaon. Mais pour nos langues sauvages qui en tous siecles changent

pour le moins une fois, je conseillerois volontiers ceux qui en ont la

puissance d'abatardir & biffer toutes celles qui sont en usage chez les

Hurons, & Canadiens, & d'introduire en leur place la langue Françoise

par tout, car qu'elle apparence que tant de petits peuples ayent des

langues si différentes & si difficiles à apprendre, le sujet ne le

merite pas, & si les Religieux qui ont à les instruire, y ont trop de

difficulté, tant y a qu'il y a (comme je croy) moins de peuples en tous

ces pays là, en y comprenant encore toute l'Acadie, où nous avons fait

bastir une maison l'an 1630, en la Baye du port du Cap Naigre, que les

François ont nommé le port de la Tour à cause de l'habitation des

François, ou commande le sieur de la Tour, qu'en la seule ville de

Paris, & de là jugez s'il seroit à propos de maintenir tant de langues

differentes & les réduire en arts, comme on pourroit faire, mais sans

necessité.

Il est dit des anciens Roys de Mexique, de mesme que de ceux du Peru,

qu'ils n'avoient moins de soin d'estendre leur langue que leur Empire,

car au nouveau monde la langue de Mexique estoit estendue par l'espace

de mille lieuës, & celle de Cusco capitale de l'Empire du Peru n'en

avoit pas moins, & combien qu'on use en ces deux grands Royaumes ou

Empires de plusieurs langues particulieres, & fort differentes

entr'elles, consideré leur longue estendue, toutefois celle de la ville

de Mexique est belle & riche & commune à toute la nouvelle Espagne, &

celle de Cusco au Peru, comme entre nous la Latine, & entre les Turcs

l'Esclavone, en Europe, & l'Arabique en Asie.

Tellement qu'il suffit (du rapport de quelque Historien) à ceux, qui

preichent la parole de Dieu, d'apprendre une seule langue, de celles là

pour aller par un pays long de deux ou trois mille lieuës, au lieu qu'il

leur auroit fallu 15 ou 20 langues, voire d'avantage, pour pouvoir

porter l'Evangile de nostre Seigneur par tout cette estenduë de

Provinces & Royaumes.

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_De la forme, couleur & stature des Sauvages, & de

leurs parures, ornemens & matachias._

Histoire du Canada et voyages que les Freres mineurs recollects y ont faicts pour la conversion des infidelles. · 第 36 / 90 题