Entre toutes les choses plus admirables du monde, l'escriture est digne
de tres-grande admiration. Premierement pour son premier Autheur qui a
esté Dieu mesme, secondement pour son utilité, Dieu en a esté le premier
Autheur, comme les parolles qu'il tint à Moyse nous l'apprennent: monte
dit le Seigneur, & vien me trouver sur la montaigne, là je te bailleray,
deux tables de pierre: la Loy & les commandemens que j'ay escrits, afin
que tu les enseignes aux fils d'Israël. Ce que Dieu avoit escrit estoit
engravé dans les tables que Moyse, rompit puis aprés émeu de colere,
lorsqu'il trouva les enfans d'Israël idolatrant aprés le veau d'airain.
Depuis Dieu fit commandement à Moyse de renouveller les tables &
d'escrire ce qui estoit contenu en celles qui estoient rompues, si bien
que nous voyons par là, que c'est Dieu qui est Autheur de l'escriture, &
que Moyse a esté le premier entre les hommes, qui a escrit, voyons de
l'Imprimerie.
L'invention de l'Imprimerie en l'Europe, comme tient la commune opinion,
a commencé en l'an de grace 1438. & est attribuée à un Allemand appellé
Jean Guttemberg, & le premier moule dont on imprima se fit en la ville
de Mayence en Allemagne, duquel lieu un autre Allemand nommé Conrad en
porta l'invention en Italie, & que le premier livre qui s'imprima, ce
fut un oeuvre de S. Augustin, lequel est intitulé De la Cité de Dieu.
Mais les Chinois peuples inventifs & des mieux polissez de la terre,
s'attribuent avec quelque apparence de raison, l'honneur d'en avoir esté
les premiers inventeurs, & que les peuples Germanicques ne l'ont sçeu
qu'après eux, ou appris de quelqu'un d'eux. De mesme ils s'attribuent
l'honneur d'avoir esté les premiers inventeurs de l'artillerie, car elle
ne commença en l'Europe qu'en l'an 1330, par l'industrie d'un Allemand,
Munster en sa Cosmographie liv. 7, dit en l'an 1354, par un Moine
Allemand nommé Bertholde Sohonores.
A la verité on ne sçauroit assez louer l'invention & l'utilité de
l'Escriture, puisqu'un Dieu en a esté le premier Autheur, & que d'elle
depend la principale science des hommes, mais pour ce qu'elle s'apprend
qu'avec peine & un grand temps, peu de Hurons s'y vouloient adonner, &
se contentoient de conter les fueillets de nos livres, & d'en admirer
les images avec tant d'attention qu'ils perdoient tout autre soin, & y
eussent passé les jours & les nuicts entiers qui les eut laissé faire,
mais un si frequent maniement de nos livres, qu'ils demandoient à voir à
tout moment les uns aprés les autres, principallement la S. Bible pour
sa grosseur & ses images, les perdoit & rendoient tout frippez.
Nous avions commencé d'enseigner aux enfans, les lettres & l'escriture,
mais comme ils sont libertins & ne demandent qu'à jouer & se donner du
bon temps ils oublioient en trois jours, ce que nous leurs avions appris
en quatre, faute de continuer & nous venir retrouver aux heures que leur
avions prescrites, & pour nous dire qu'ils avoient esté empêchez à
jouer, ils en estoient quittes, sans autre plus grande ceremonie, aussi
n'estoit il pas encore à propos de les rudoier ny reprendre autrement,
que doucement, & par une manière affable, les admonester de bien
apprendre une science qui leur, devoit tant profiter à l'advenir, s'ils
s'y addonnoient avec soin, plaisir & contentement.
Il y avoit des hommes qui nous demandoient d'apprendre le François avec
eux, mais comme en toute leur langue il ne se trouve aucune lettre
labialle, ny les uns ny les autres, n'en pouvoient prononcer une seule
que tres difficilement. Pour dire P. ils disoient T, pour F, S, & pour
M, N &c. & ainsi il leur eut esté comme impossible de la pouvoir
apprendre dans leur païs (j'entends les personnes aagées) qu'avec une
grand longueur de temps & des peines indicibles, & suis asseuré qu'un
jeune garçon Huron s'efforça deux & trois cens fois pour pouvoir
prononcer la lettre P. & ne pû jamais dire que T. car voulant dire Pere
Gabriel il disoit T. Auiel.
Les Montagnais non plus que les Hurons, n'ont pas tant de lettres en
leur Alphabeth, que nous en avons au nostre, car ils n'ont point les
lettres F L V, ils prononcent un R au lieu d'un. L, ils prononcent un P.
au lieu d'un V, & ont plusieurs autres observations en leur langue, qui
ne peuvent estre conceues que par ceux qui ont l'usage de ladite langue,
mais elle est telle que les enfans qui ont la langue assez bien pendue
prendroient bien-tost nostre prononciation si on es instruisoit, &
encores assez facilement les Hurons, car les deux qui furent envoyez en
France il y a quelques années, dont l'un nommé Sauvoignon est retourné
en son païs, & l'autre, nommé Louys est resté à Kebec, s'y sont formez,
particulierement le petit Louys, car pour l'autre il n'y a jamais esté
bien sçavant, aussi estoit il plus aagé & moins apte pour apprendre que
le dernier qui estoit plus jeune & gentil.
Il faut que je vous die de ce Sauvage ce petit mot en passant, que tous
les Hurons l'estimoient menteur, lors qu'il leur racontoit les
merveilles qu'il avoit veues en nostre Europe, comme en effect y a des
choses qu'ils croyoient impossible, comme un carosse attelé de six &
huict chevaux, un orloge sonnant, & beaucoup d'autres choses, que nostre
tesmoignage leur fist croire faisable.
Ce bon Savignon se resouvenoit bien de la bonne chere qu'il avoit fait
en France & s'en vantoit par tout, neantmoins il ne luy print jamais
envie d'y vouloir retourner, jusques à un certain jour qu'ayant receu
mescontentement de sa compagne, il print resolution de s'en vouloir
retourner & demandoit à nos François s'il y pourroit avoir une femme
pour trois castors, encore croyoit il la mettre à bien haut prix, ce qui
nous donna plus de compassion, que d'envie de rire.
Ces simplicitez particulieres n'empechent pas, qu'il ne se trouve des
gens d'esprit entr'eux, & qu'on n'en puisse faire quelque chose de bon,
car il n'y a que la politesse qui leur manque, & si nous eussions esté
encore deux ans dans le païs, je croy que nous en eussions rendu
d'avancez aux lettres, & de bien instruicts en la foy, car les hommes
comprenoient assez bien, & les enfans tenoient gentiment la plume.
Tousjours ces commencemens serviront de beaucoup à ceux qui iront aprés
nous travailler en cette vigne, car la chose plus difficile est faicte &
les principales pieces esbauchées, il n'y a plus qu'à les polir qu'elles
ne soient parfaictes. Je sçay bien que les derniers ouvriers font
tousjours assez peu d'estat du travail des premiers & y trouvent souvent
à redire. Ce sont maladies naturelles qui naissent avec l'homme,
lesquelles il faut excuser & non point condamner, puisque Dieu seul est
le Juge de nos actions.
Les langues ne se sçavent pas sans fautes, qu'aprés une grande pratique
& longue experience, à la Françoise mesme, personne ne se dit parfaict
tant elle est changeante & sujette à la caprice des hommes, qui
inventent tous les jours des mots nouveaux, ou une nouvelle façon de
prononcer, de sorte que l'ancien Gaulois semble aujourd'huy un langage
estrangez comme le sera à cent ans d'icy celuy duquel on use pour le
jourd'huy.
Dés la France j'avois une grande inclination pour les langues Sauvages,
afin qu'en y profitant je puisse aprés profiter aux ames, & en avois
desja assemblé une quantité de mots, mais pour ne les sçavoir prononcer
à la cadence du païs, à la premiere rencontre que je fis des Montagnais,
pensans baragouiner, je demeuray muet, & eux avec moy.
Marry que j'en perdu & ma peine & mon soin, avec toutes mes estudes que
j'avois faictes sans autre maistre que du petit Patetchouan, je
m'addressay au truchement Marsolet, pour en avoir quelque instruction,
mais il me dit franchement dedans nostre barque à Tadoussac, qu'il ne le
pouvoit nullement & que je m'adressasse à un autre; je luy en demanday
la raison, il me dit qu'il n'en avoit point d'autre que le serment qu'il
avoit faict de n'enseigner rien de la langue à qui que ce fut.
Me voyla donc esconduit, & ne me rebute pas pourtant, je le prie
derechef de m'apprendre quelque mots de ce langage; puis qu'il n'y en
avoit point d'autre plus capable que luy, & que je le servirais en autre
occasion, mais il continue en son refus, ne voulant pas, disoit-il
fausser son serment & faire rien contre ses promesses, neantmoins à la
fin il me lança ces deux mots Montagnais, _Noma kinistitototiu_, qui
veulent dire en François, non je ne t'entend point, car en Huron il
faudroit dire: _Danstan tearonca_. Voyla tout ce que je pû tirer de luy
avec toute mon industrie, & croy que tout son plus grand serment estoit
de se rendre necessaire, & de ne laisser empiéter personne sur son
office, mais s'estoit mal prendre ses mesures que de s'addresser à nous,
qui n'estions pas pour luy nuyre.
Ce peu que j'en ay sceu davantage, je l'ay, appris de nos Religieux de
Kebec, des Montagnais & d'un petit Dictionnaire, composé & escrit de la
propre main de Pierre Anthoine nostre Canadien, que j'ay creu d'autant
plus asseuré, que ce Sauvage l'a faict avant qu'avoir perdu les Idées de
sa langue & s'il est fautif en quelque chose, c'est en la mesme maniere
que je le suis en la langue Françoise, en comparaison d'un Orateur
disert, car il y a le bon & le mauvais Montagnais, comme le bon & le
mauvais François, duquel j'ymite le dernier pour ne pouvoir faire mieux.
Toutes les langues de la nouvelle France se peuvent réduire en deux
principales, à sçavoir, Huronne & Canadienne. La Huronne comprend
presque toutes celles qui courent les nations sedentaires &
quelques'unes errantes, comme les Houandares, les Quieunontateronons,
Sontouhouerhonons, Attiuoindarons, Assistagueronons, & autres des
contrées de la mer douce, lesquelles toutes ensemble peuvent contenir
environ 3 où 4 cens mille ames en 200 lieuës de païs, qui seroient une
belle Province si elles estoient possedées par un seul Prince Chrestien,
car pour le jourd'huy les montagnes, les fleuves & les rivieres, ne
servent point de limites ny de bornes aux Provinces & Regions, ains, les
langues & les Seigneuries, & se dit une Province & Region avoir autant
d'estendue comme la langue d'icelle est parlée & entendue en icelle.
La Canadienne comprend presque toutes les nations errantes, qui tiennent
depuis l'emboucheure du grand fleuve S. Laurens, jusques au païs des
Hurons, parmy lesquelles nous comprenons les Almouchiquois, Montagnais,
la petite Nation. Les Sauvages de l'Isle, les Ebicerinys, & généralement
tous les Algoumequins & autres nations errantes, qui se rencontrent dans
l'estendue de plus de 350 lieues de paîs qui ne peuvent faire en tout à
mon advis, 50 ou 60 mille ames au plus, & tous errants & vagabons comme
j'ày'dit.
Il demeura donc constant que nous n'avons que deux langues principales
dans toute l'estendue, de nostre Canada, & que tout tant qu'il y en à
derivent de l'une de ces deux, & n'y a autre difference, que du Gascon
ou du Provençal au François, car encor bien qu'il y ait un truchement
particulier pour les Montagnais, un autre pour les Sauvages de l'Isle, &
un pour les Ebicerinys. Si est ce que c'est tousjours une mesme langue,
& n'y a autre difference que celle que je vient de dire, qui est assez
neantmoins pour obliger d'avoir par tout des Truchemens divers, tant
pour n'ignorer rien des langues, & d'une infinité de mots qu'ils ont de
differens les uns des autres, que pour maintenir les François en
l'amitié de ces peuples, & attirer leurs castors en procurant leur
salut.
On dit qu'il y a en quelque contrée des Indes, une Nation dont les
hommes ont un langage particulier & les femmes un autre, sans qu'il leur
soit loisible d'user de celuy de leur marys, il n'en est pas de mesme
entre: nos Nations Canadiennes, mais entre toutes il me semble que les
femmes Ebiceriniennes parlent le plus délicatement, & mignardement,
elles ont un petit bec affilé, dont vous diriez que les paroles leur
partent du bout des levres, & ce qui en est plus admirable est, qu'elles
coulent de suitte sans hesiter ny reprendre haleine, & si doucement qu'à
peine leur voyez vous ouvrir les lèvres en leurs petits entretiens &
esbats.
Je m'estonnois mesme comme elles se pouvoient entendre, & le Truchement
Richer comprendre ce qu'elles disoient, car pour moy, il faut que
j'advoue qu'il m'eust esté bien difficile de m'y rendre sçavant.
J'en voulu faire l'experience au pays des Hurons, où elles estoient
venues hyverner avec leur marys, & en receu des leçons du Truchement que
j'estudiay quelque temps ensemble, avec le Montagnais & mon Huron, mais
ne my pouvans advancer pour en avoir trop entrepris à la fois, je fus
contrainct de quitter les deux premiers, & vaquer seulement à la
dernière, car en pensant parler d'une j'y entremellois des mots de
l'autre, je courois aprés trois lievres & n'en prenois aucun.
Et pour vous monstrer qu'en effet il y a beaucoup de periodes qui ne se
rapportent point aux langages des Montagnais, & Ebicerinys non plus
qu'au Huron, qui est une langue particulière, & que le baraguoin de l'un
est différant du baraguoin de l'autre, je vous en rapporteray icy
quelques mots, par le moyen desquels vous cognoistrez la différence
veritable mentionnée cy dessus.
Par exemple: Les Hurons appellent un chien gaguenon. Les Ebicerinys
arionce, & les Montagnais atimoy, voyla une grande différence en ces
trois mots qui ne signifient tous qu'une mesme chose. De plus: Pour dire
en Huron j'ay faim, Atoronchesta, en Montagnais Niuhimitisonne, & en
Ebicerinyen Ninihoinchaé. Et pour demander à manger nos Hurons usent de
ce seul mot Taetsenten, les Montagnais de celuy cy Minimitson, & les
Ebiceriniens de cet autre Michilmijchim. Tellement qu'on voit en ce peu
de mots bien peu de rapport, particulierement du langage Huron aux deux
autres qui ont quelque correspondance.
Il se trouve une autre grande difficulté en ces langues, en la
prononciation de quelque syllabes; à laquelle consistent les diverses
significations d'un mesme mot, qui est une difficulté plus grande que
l'on ne pense pas, car manquez seulement en une, vous manquez en tout,
du si vous vous faites entendre ce sera tout autrement que vous ne
desirez, comme en ce mot Ebicerinien: Kidauskinne, lequel avec une
certaine façon de prononcer veut dire, tu n'as point d'esprit, & par un
autre ton signifie; tu as menty.
Ainsi en est il de quantité d'autres mots, c'est pourquoy il faut ayder
à la lettre, & apprendre la cadance, si on y veut profiter, car le
Truchement Bruslé s'y est quelquefois luy mesme trompé bien empesché, &
moy encore plus lors que les Hurons me faisoient recorder & souvent
repeter de certains mots difficiles que je ne sçavois comment prononcer,
& n'y pouvois avenir avec toutes les peines que j'y prenois, que de fort
loing, (j'entends de quelque mots) nonobstant l'assistance & le secours
du Truchement, c'est ce qui nous fit juger que nos principaux maistres
en cet art, devoient estre nos soins & la frequente communication avec
les Sauvages.
Avant que je fusse passé dans les Indes Canadiennes, & aucunement
recognu la façon de parler de ses habitans, je croyois leur langue dans
l'excés de pauvreté, comme, elle est en effet de beaucoup de mots, pour
autant que n'ayans point de cognoissance de beaucoup de choses qui sont
en nostre Europe; ils n'ont point de noms pour les signifier, mais j'ay
recognu du depuis qu'és choses dont ils ont cognoissance, leurs langues
sont en quelque chose plus fecondes & nombreuses, pouvans dire une mesme
chose par quantité de différents mots, entre lesquels ils en ont de si
riches, qu'un seul peut signifier autant que que quatre des nostres,
principalement la langue Huronne, c'est à dire qu'ils ont une infinité
de mots composez, lesquels sont des sentences entieres, comme les
caracteres des Chinois.
Je sçay bien qu'il y peut avoir des fautes en mes Dictionnaires, & que
plusieurs choses y manquent pour les rendre parfaicts, mais je ne doute
point aussi qu'un plus habile que moy, ne se trouvat bien empesché de
pouvoir faire mieux en si peu de temps que j'y ay employé, tousjours
c'est un travail qui n'est pas petit ny de petit profit, car pourveu
qu'on sçache la prononciation des mots, plus difficiles, on peut aller
avec iceux, par tout leur pays & traiter sans Truchement, qui est un
bien, & une commodité qui ne se peut estimer, & de laquelle plusieurs se
servent, pour n'y en avoir encor eu aucun autre que les miens. C'est
neantmoins une chose bien pitoyable à l'homme d'estre en cela plus
miserable que les oyseaux, & bestes brutes, lesquelles se font entendre
à toutes celles de leur mesme espece en quelque part du monde qu'elles
se rencontrent, car elles n'ont toutes qu'une mesme voix, là où l'homme
pour peu qu'il s'absente du lieu de sa naissance, demeure muet, & sans
communication, dont on doit attribuer la disgrace à nos pechez.
Ceux qui ont estudié quelque peu en Magie, selon quelques Autheurs,
sçavent fort bien qu'aucuns livres de cette mauvaise science, enseignent
quelques moyens, pour parvenir à la perfection de l'intelligence de ces
voix; sons, paroles, ou langues de ces oyseaux, & animaux, comme un
Apollonius Thyaneus grand magicien, lequel entendoit le jargon des
oyseaux, & la voix des animaux, par laquelle il recueilloit les
conceptions de leurs fantasies, ce que faisoit aussi Melampus fils de
Amythaon. Mais pour nos langues sauvages qui en tous siecles changent
pour le moins une fois, je conseillerois volontiers ceux qui en ont la
puissance d'abatardir & biffer toutes celles qui sont en usage chez les
Hurons, & Canadiens, & d'introduire en leur place la langue Françoise
par tout, car qu'elle apparence que tant de petits peuples ayent des
langues si différentes & si difficiles à apprendre, le sujet ne le
merite pas, & si les Religieux qui ont à les instruire, y ont trop de
difficulté, tant y a qu'il y a (comme je croy) moins de peuples en tous
ces pays là, en y comprenant encore toute l'Acadie, où nous avons fait
bastir une maison l'an 1630, en la Baye du port du Cap Naigre, que les
François ont nommé le port de la Tour à cause de l'habitation des
François, ou commande le sieur de la Tour, qu'en la seule ville de
Paris, & de là jugez s'il seroit à propos de maintenir tant de langues
differentes & les réduire en arts, comme on pourroit faire, mais sans
necessité.
Il est dit des anciens Roys de Mexique, de mesme que de ceux du Peru,
qu'ils n'avoient moins de soin d'estendre leur langue que leur Empire,
car au nouveau monde la langue de Mexique estoit estendue par l'espace
de mille lieuës, & celle de Cusco capitale de l'Empire du Peru n'en
avoit pas moins, & combien qu'on use en ces deux grands Royaumes ou
Empires de plusieurs langues particulieres, & fort differentes
entr'elles, consideré leur longue estendue, toutefois celle de la ville
de Mexique est belle & riche & commune à toute la nouvelle Espagne, &
celle de Cusco au Peru, comme entre nous la Latine, & entre les Turcs
l'Esclavone, en Europe, & l'Arabique en Asie.
Tellement qu'il suffit (du rapport de quelque Historien) à ceux, qui
preichent la parole de Dieu, d'apprendre une seule langue, de celles là
pour aller par un pays long de deux ou trois mille lieuës, au lieu qu'il
leur auroit fallu 15 ou 20 langues, voire d'avantage, pour pouvoir
porter l'Evangile de nostre Seigneur par tout cette estenduë de
Provinces & Royaumes.
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_De la forme, couleur & stature des Sauvages, & de
leurs parures, ornemens & matachias._