Tous les ans, à l'époque où Coriolis avait eu sa fluxion de poitrine, il
retoussait un peu; l'été, les chaleurs de juillet emportaient ce rhume.
Mais cette année-là, sa toux, irritée peut-être par les émanations de
l'eau-forte dans lesquelles il avait vécu plusieurs mois, persista tout
l'été, ne disparut pas, et ce qu'il fit, ce qu'il se décida à prendre,
sur les instances de Manette, ne l'en débarrassa pas.
Aux premiers froids de la fin de l'automne, sans voir aucun danger dans
son état, son médecin, défiant, par expérience, de la délicatesse des
poitrines de créole, lui conseilla de ne pas rester dans le froid et
l'humidité de Paris, d'aller passer son hiver en Égypte, dans quelque
bon pays chaud, d'où il rapporterait, l'autre année, quelque pendant à
son _Bain turc_. Coriolis s'emportait à cette idée de voyage, y opposait
une résistance presque colère, disait qu'il ne pouvait quitter Paris,
que toutes ses études étaient maintenant là, qu'il avait de grandes
choses en tête.
Du temps se passait. Il n'éprouvait pas de mieux. Il continuait à
souffrir, à ne pas pouvoir travailler. Souvent, il était forcé de passer
des journées au lit. Et dans les soins qui penchaient Manette sur son
amant couché, dans l'intimité, ce tête-à-tête confidentiel, ce
rapprochement de petits secrets que fait la maladie entre le malade et
la femme, Anatole sentait s'échanger auprès de ce lit des paroles basses
qui l'écartaient, l'éloignaient de son ami, des conversations qui se
taisaient à son approche, des espèces de consultations mystérieuses, des
signes furtifs de discrétion, des silences qui venaient de parler de
lui, et qui s'en cachaient.