Oh! les tailles qui s'abandonnent entre les bras d'acier

Oh! les tendres aveux murmurés entre gens qui ne se connaissaient pas le

matin!

14 juillet! Sois à jamais bénie, date sacrée, car tu fais gagner

joliment du temps aux amoureux et même aux autres.

Je me souviendrai longtemps que ce fut ce jour-là que je connus les deux

premiers journalistes de ma vie.

Il s'agit de M. Mermeix, alors rédacteur au Gaulois, et de M. Mayer-Lévy

(israélite, je crois).

Cette jolie fête faillit être gâtée par un accident regrettable: un

petit garçon, voulant attraper les cymbales, se hissa sur l'estrade des

musiciens. Le pied lui manqua, et voilà mon bonhomme par terre.

Malheureusement, les cymbales glissèrent également et firent au jeune

imprudent une assez forte bosse au front.

Pendant qu'on l'emportait chez un pharmacien, une jeune fille me

demanda:

--Qu'y a-t-il donc?

--Oh! rien, fis-je.

Et, parodiant un vers bien connu de notre grand poète national,

j'ajoutai plaisamment:

« L'enfant avait reçu des cymbales sur la tête »

Sans s'émouvoir, et du tic au tac, la jeune fille répondit sur le même

ton que moi:

« Il aimait trop les cymbales, c'est ce qui l'a tué. »

J'admirai tant d'esprit et de sang-froid chez une frêle jeune fille

(elle était frêle) et je lui vouai sur l'heure la plus ardente des

flammes.

(Ne froncez pas votre sourcil, Hélène, à ce lointain souvenir. Vous

savez bien que je n'aime que vous. D'ailleurs, vous verrez par la suite

que mes relations avec la frêle jeune fille demeurèrent des moins

effectives.)

La frêle jeune fille (ai-je dit qu'elle était frêle?) s'appelait

Prudence.

Elle ne mit aucune mauvaise grâce à déclarer qu'elle me trouvait assez

conforme à son genre d'idéal, et nous voilà les meilleurs amis du monde.

Fort avant dans la nuit et après avoir dansé, tels des perdus, je

reconduisis Prudence chez sa maman.

Mais elle avait mon adresse, et mille fois par jour elle passait et

repassait devant mon magasin.

Moi, je me sentais bien content, bien content.

Le dimanche suivant, c'était convenu, Prudence devait couronner ma

flamme.

Mais le fameux dimanche suivant, au moment où j'allais sortir, après

avoir mis ma plus belle cravate, mon second patron, M. Amour, me

demanda:

--Où allez-vous, Émile?

--Mais... je sors.

--Vous ne sortirez pas.

--Si, je sortirai!

--Non, vous ne sortirez pas, il y a de l'ouvrage.

--Si, je sortirai!

Et M. Amour m'empoigna et me fit rentrer dans l'arrière-boutique.

À ce moment, je n'avais pas encore acquis cette prodigieuse robustesse

qui a fait de moi la terreur de Clichy-Levallois.

La rage au cœur, je me débattis, mais vainement. M. Amour me tenait

d'une poigne de fer. Pendant ce temps-là, Prudence filait avec Dieu sait

qui, car on ne l'a jamais revue.

Amour, Amour, quand tu nous tiens, on peut bien dire: Adieu Prudence!

[1] Si, par hasard, un descendant de ce monarque se trouvait

offusqué de cette appréciation, il n'a qu'à venir me trouver. Je

n'ai jamais reculé devant un Valois.--A.A.

[2] Ce petit conte a été publié il y a cinq ans, détail

important pour éviter toute confusion avec une histoire analogue ô

combien!--parue récemment sous la signature d'un jeune homme

blême dont le père m'a accusé, devant Yvette Guilbert, de lui

devoir deux termes, ce qui est faux.--A.A.

[3] Il est malheureux que cette expression vieillisse, car

elle est significative et utile. Amyot s'en est servi dans sa

traduction de Daphnis et Chloé: « Il y avait en ce quartier-là une

caverne que l'on appelait la caverne des Nymphes, qui était une

grande et grosse roche, au fond de laquelle SOURDAIT une fontaine

qui faisait un ruisseau dont était arrosé le beau pré verdoyant. »

À se tordre: Histoires chatnoiresques · 第 81 / 81 题