Lorsque je fus parvenu, ma chère Hélène, à l'âge où les jeunes hommes
choisissent leur carrière, j'hésitai longuement entre l'état
ecclésiastique et la chapellerie.
J'aurais bien voulu me faire prêtre, rapport à la confession, mais, pour
des motifs qu'on trouvera développés tout au long dans un petit opuscule
de moi, récemment paru chez Gauthier-Villars, la chapellerie ne laissait
pas que de me taper violemment dans l'œil.
Si violemment, qu'en fin de compte, j'optai pour cette profession.
La vieille tante qui m'a élevé s'informa d'une bonne maison où je pusse
sucer le meilleur lait des premiers principes, et, à quelques jours de
là, j'entrais, en qualité de jeune commis, chez MM. Pinaud et Amour, rue
Richelieu.
La maison Pinaud et Amour se composait, à cette époque, comme l'indique
son nom, d'un nommé Pinaud et d'un nommé Amour.
Mes nouveaux patrons me prirent tout de suite en amitié.
Le fait est que j'avais tout pour moi: physique avantageux, manières
affables, vive intelligence des affaires, de la conversation, aperçus
ingénieux, vives ripostes, et (ce qui ne gâte rien) une probité relative
ou à peu près.
Avec cela, musicien, doué d'une voix de mezzo-soprano d'un charme
irrésistible.
N'oublions pas, puisque nous sommes sur ce chapitre, et bien que la
chose ne comporte qu'un intérêt indirect, ma peu commune aptitude aux
sciences physiques et naturelles.
MM. Pinaud et Amour semblaient enchantés de leur nouvelle recrue et me
traitaient avec une foule d'égards.
Bref, les choses marchaient comme sur Déroulède, quand arriva le 14
juillet.
Je ne sais si vous l'avez remarqué, mais, le 14 juillet, il y a beaucoup
de petits bals publics installés sur les places et carrefours de Paris.
Je dis des petits bals publics, je ne sais pas pourquoi, car il y en a
aussi des grands, ce qui était le cas de celui qui s'accomplissait,
cette année-là, place de la Bourse.
On ferma le magasin à midi et les patrons donnèrent campo à leurs
employés.
Tudieu! messeigneurs, quel entrain, quelle vaillance!