Et elle descendit dans le jardin, qu'elle dégarnit de ses plus belles
plantes.
Elle en mit des brassées dans son tablier, un joli tablier de soie
prune, avec des petites poches si gentilles, et elle les apporta au
vieux cochon.
Et voilà-t-il pas que ce vieux cochon-là fut furieux et grogna comme un
sourd.
Qu'est-ce que ça lui fichait, à lui, les roses, les lis et les
géraniums!
Les roses, ça le piquait.
Les lis, ça lui mettait du jaune plein le groin.
Et les géraniums, ça lui fichait mal à la tête.
Il y avait aussi des clématites.
Les clématites, il les mangea toutes, comme un goinfre.
Pour peu que vous ayez un peu étudié les applications de la botanique à
l'alimentation, vous devez bien savoir que si la clématite est insalubre
à l'homme, elle est néfaste au cochon.
La jeune fille d'une grande beauté l'ignorait.
Et pourtant c'était une jeune fille instruite. Même, elle avait son
brevet supérieur.
Et la clématite qu'elle avait offerte à son cochon appartenait
précisément à l'espèce terrible clematis cochonicida.
Le vieux cochon en mourut, après une agonie terrible.
On l'enterra dans un champ de colza.
Et la jeune fille se poignarda sur sa tombe.