LA JEUNE FILLE ET LE VIEUX COCHON

Il y avait une fois une jeune fille d'une grande beauté qui était

amoureuse d'un cochon.

Éperdument!

Non pas un de ces petits cochons jolis, roses, espiègles, de ces petits

cochons qui fournissent au commerce de si exquis jambonneaux.

Non.

Mais un vieux cochon, dépenaillé, ayant perdu toutes ses soies, un

cochon dont le charcutier le plus dévoyé de la contrée n'aurait pas

donné un sou.

Un sale cochon, quoi!

Et elle l'aimait... fallait voir!

Pour un empire, elle n'aurait pas voulu laisser aux servantes le soin de

lui préparer sa nourriture.

Et c'était vraiment charmant de la voir, cette jeune fille d'une grande

beauté, mélangeant les bonnes pelures de pommes de terre, le bon son,

les bonnes épluchures, les bonnes croûtes de pain.

Elle retroussait ses manches et, de ses bras (qu'elle avait fort jolis),

brassait le tout dans de la bonne eau de vaisselle.

Quand elle arrivait dans la cour avec son seau, le vieux cochon se

levait sur son fumier et arrivait trottinant de ses vieilles pattes, et

poussant des grognements de satisfaction.

Il plongeait sa tête dans sa pitance et s'en fourrait jusque dans les

oreilles.

Et la jeune fille d'une grande beauté se sentait pénétrée de bonheur à

le voir si content.

Et puis, quand il était bien repu, il s'en retournait sur son fumier,

sans jeter à sa bienfaitrice le moindre regard de ses petits yeux

miteux.

Sale cochon, va!

Des grosses mouches vertes s'abattaient, bourdonnantes, sur ses

oreilles, et faisaient ripaille à leur tour, au beau soleil.

La jeune fille, toute triste, rentrait dans le cottage de son papa avec

son seau vide et des larmes plein ses yeux (qu'elle avait fort jolis).

Et le lendemain, toujours la même chose.

Or, un jour arriva que c'était la fête du cochon.

Comment s'appelait le cochon, je ne m'en souviens plus, mais c'était sa

fête tout de même.

Toute la semaine, la jeune fille d'une grande beauté s'était creusé la

tête (qu'elle avait fort jolie), se demandant quel beau cadeau, et bien

agréable, elle pourrait offrir, ce jour-là, à son vieux cochon.

Elle n'avait rien trouvé.

À se tordre: Histoires chatnoiresques · 第 46 / 81 题