CHAPITRE II

Simple épisode qui, sans se rattacher directement à l'action, donnera à

la clientèle une idée sur la façon de vivre de nos héros.

_Amour en latin faict amor._ _Or donc provient d'amour la mort_ _Et, par

avant, soulcy qui mord,_ _Deuils Plours, Pièges, forfaitz, remord..._

(Blason d'amour.)

Un jour, pourtant, ce fut plus grave que d'habitude.

Un soir, plutôt.

Ils étaient allés au Théâtre d'Application, où l'on jouait, entre autres

pièces, L'Infidèle, de M. de Porto-Riche.

--Quand tu auras assez vu Grosclaude, grincha Raoul, tu me le diras.

--Et toi, vitupéra Marguerite, quand tu connaîtras Mlle Moreno par

cœur, tu me passeras la lorgnette.

Inaugurée sur ce ton, la conversation ne pouvait se terminer que par les

plus regrettables violences réciproques.

Dans le coupé qui les ramenait, Marguerite prit plaisir à gratter sur

l'amour-propre de Raoul comme sur une vieille mandoline hors d'usage.

Aussi, pas plutôt rentrés chez eux, les belligérants prirent leurs

positions respectives.

La main levée, l'œil dur, la moustache telle celle des chats furibonds,

Raoul marcha sur Marguerite, qui commença, dès lors, à n'en pas mener

large.

La pauvrette s'enfuit, furtive et rapide, comme fait la biche en les

grands bois.

Raoul allait la rattraper.

Alors, l'éclair génial de la suprême angoisse fulgura le petit cerveau

de Marguerite.

Se retournant brusquement, elle se jeta dans les bras de Raoul en

s'écriant:

--Je t'en prie, mon petit Raoul, défends-moi!

À se tordre: Histoires chatnoiresques · 第 30 / 81 题