NOTES AJOUTÉES.

Page 9, ligne 24. «Bientôt la mort de son père et les soins de famille

qui en furent la suite le rappelèrent (Boccace) à Florence.»--Une des

lettres attribuées à Boccace, et imprimées, t. IV de ses OEuvres, édition

de Naples, sous le titre de Florence, 1723, contredit la date que l'on

donne ici à la mort de son père, et même celle de plusieurs autres

événements de sa Vie. Cette lettre, adressée à _Cino da Pistoja_ (_ub.

supr._ p. 34), est datée du 19 avril 1338. Boccace y parle de la mort

récente de son père, qui le laissa, à l'âge de vingt-cinq ans, maître

de ses volontés. Mais de savants critiques pensent que cette lettre a

été supposée par _Doni_, qui la publia le premier dans les _Prose

Antiche di Boccacio_, etc., que _Cino_ ne fut point le maître de

Boccace, et que ni la date de cette lettre, ni rien de ce qu'elle

contient ne peuvent être d'aucune autorité. (Voy. _Mazzuchelli, Scritt.

ital._, t. II, part. III, p. 1320, note 37.)

Page 46, note.--_Au Rinouviau_, etc. Je parle ici selon le préjugé

commun, en attribuant, comme M. _Baldelli_, au roi de Navarre cette

chanson, qui offre le premier modèle de l'_ottava rima_; elle ne se

trouve point dans les manuscrits des poésies de Thibault. La Ravallière,

qui les a publiées, Paris, 2 vol. in-12, 1742, ne l'a point mise dans

son Recueil; tous les manuscrits, au contraire, l'attribuent à Gace

Brulés; et, quoi qu'en ait dit Pasquier, qui a induit en erreur le

savant auteur de la Vie de Boccace, c'est en effet à ce vieux poëte

qu'elle appartient.

Page 53, ligne 27 et suiv. «L'ouvrage (l'_Amorosa Visione_ de Boccace),

dans son entier, est un grand acrostiche. En prenant la première lettre

du premier vers de chaque tercet, on en compose deux sonnets et une

_canzone_ en vers très-réguliers, etc.» Voici, pour exemple, le premier

des deux sonnets. Ce n'est pas un chef-d'oeuvre de poésie, mais de

patience, et une singularité poétique.

_Mirabil cosa forse la presente

Vision vi parrà, donna gentile,

A riguardar, si per lo nuovo stile,

Sì per la fantasia ch' è nella mente.

Rimirando vi un dì subitamente

Bella, leggiadra et in abit' umile,

In volontà mi venue con sottile

Rima tractar, parlando brievemente.

Adunque a voi cu'i tengho, donna mia,

Et chui senpre disio di servire,

La raccomando, madama Maria,

E priegho vi se fosse nel mio dire

Difecto alcun per vostra cortesia

Corregiate amendando il mio fallire.

Cara fiamma, per cui'l core o caldo,

Que' che vi manda questa visione

Giovanni è di Boccaccio da Certaldo_.

Chacune des lettres qui composent chaque vers de ce sonnet, est la

première de l'un des tercets du poëme; ainsi le premier vers: _Mirabil

cosa forse la presente_, ayant vingt-six lettres, contient les premières

lettre de vingt-six tercets, et répond aux soixante-dix-huit premiers

vers du poëme. Le premier mot lui seul, _mirabil_, correspond aux vingt

et un premiers vers, de cette manière:

1. _Move nuovo disio l'audace mente,

Donna leggiadra, per voler cantare

Narrando quel ch' amor mi fè presente

2. In vision, piacendol dimostrare

All' alma mia da voi presa e ferita

Con quel piacer che ne' vostr' occhi appare.

3. Recando adunque la mente smarrita,

Per la vostra virtu, pensier' al cuore,

Che già temeva di sua poca vita,

4. Accese lui d'un sì fervente ardore

Ch' uscita fuor di se la fantasia

Subito corse in non usitato errorè.

5. Ben ritenne però il pensier di pria

Con fermo freno, et oltra ciò rilenne

Quel che più caro di nuovo sentia,

6. In cui veghiand', allor mi sopravennè

Ne' membr' un sonno sì dolce soave

Ch' alcun di lor' in se non si sostennè.

7. Li me posai, e ciascun' occhio grave

Al dormir diedi, per li quai gli aguati

Conobbi chiusi sotto dolce chiave_.

_Claricio d'Imola_, qui a imprimé ces deux sonnets et la _canzone_, ou

plutôt le _madrigale_, à la fin de son apologie de Boccace, après le

poëme de l'_Amorosa Visione_, première édition, 1521, in-4°., a fort

bien observé que ces trois pièces peuvent servir à faire connaître

l'orthographe que Boccace employait, et les différences survenues à cet

égard du quatorzième au seizième siècle. On voit en effet, par le

sixième vers du sonnet, qu'on n'écrivait pas alors _et_ autrement qu'en

latin, et que cette particule ne prenait pas un _d_ devant une voyelle,

par euphonie, comme elle l'a fait depuis. On voit aussi par le huitième

vers, qu'on écrivait _tractare_ par un _c_, comme les Latins, au lieu du

double _tt, trattare, etc._ En mettant au premier de ces deux mots un

_d_, et au second un double _t_, on ne retrouverait plus les initiales

des tercets correspondants. Cette observation paraît avoir échappé à M.

_Baldelli_, qui a inséré ces trois pièces dans le Recueil qu'il a publié

des _Rime di Messer Giov. Boccacci_, Livourne, 1802, in-8°., p. 105 et

suiv. Il a mis dans plusieurs mots l'orthographe moderne au lieu de

l'ancienne, et notamment dans ce huitième vers du premier sonnet,

_trattar_, au lieu de _tractar_. La même remarque s'applique aux mots

_tengo_, du neuvième vers, qu'il faut écrire _tengho_ pour se retrouver

avec l'orthographe du poëme; _difetto_, du treizième vers, qui est ici

au lieu de _difecto_; et, ce qui est plus remarquable, _ho_, au lieu de

_o_, dans le premier vers du tercet ajouté: _Cara fiamma per ciu'l core

o caldo_. Cette première personne du présent; écrite par l'_o_ simple,

et non pas par _ho_, comme dans M. _Baldelli_, prouve que Boccace

l'écrivait ainsi; il n'écrivait donc pas _ho_, comme on l'a fait depuis,

et comme Métastase et d'autres écrivains en vers et en prose ont

récemment cessé de le faire.

À cette gêne terrible d'un si long acrostiche, Boccace ajoute encore

celle de diviser son _Amorosa Visione_ en cinquante chants, tous d'un

nombre de vers parfaitement égal. Chacun de ces chants a vingt-neuf

tercets, ce qui fait avec le dernier vers, servant de _chiusa_, pour

chaque chant quatre-vingt-huit vers, et pour le poëme entier, quatre

mille quatre cents vers. Il faut pourtant en excepter le dernier chant,

où il y a deux tercets de plus, ce qui ajoute six vers à la somme

totale. Si quelqu'un s'avisait aujourd'hui de faire un poëme dans ce

genre pour sa maîtresse, on en concluerait qu'il ne serait ni poëte ni

amoureux: Boccace était cependant l'un et l'autre; mais les temps sont

changés.

Page 114, note(4)--Lorsqu'on imprimait cette note, M. Chénier n'était

point encore attaqué de sa dernière maladie; et, malgré l'état

habituellement inquiétant de sa santé, on pouvait encore espérer de le

conserver long-temps: on était loin de croire aussi prochaine la perte

irréparable qu'ont faite en lui la Littérature française et l'Institut.

Page 153, addition à la note(2).--L'édition de Florence, Giunta, 1605,

est celle qui fut faite d'après l'excellent travail de _Bastiano de'

Rossi_, surnommé l'_Inferigno_ dans l'académie de la Crusca. Les

éditions de la traduction italienne de l'ouvrage latin de _Cresenzio_

s'étaient multipliées, et il n'y en avait aucune qui ne fût remplie des

fautes les plus grossières; il y en avait même un très-grand nombre dans

la première édition de 1478. Les académiciens voulant se servir

fréquemment de cette traduction dans leur Vocabulaire, et ne trouvant

aucune édition à laquelle ils pussent se fier, _Bastiano de' Rossi_ se

chargea d'en préparer une qui pût être regardée comme classique. Il

conféra les principales éditions entre elles et avec les six meilleurs

manuscrits, et parvint à redonner au texte de cette élégante traduction,

sa pureté primitive. C'est se savant philologue qui a réduit l'ouvrage

dans la forme où il est aujourd'hui.

Page 167, ligne 10. «_Villani_, dans son Histoire, l. V, ch. 26, fait

mention de cette cérémonie, dans laquelle _Zanobi_, la couronne sur la

tête, fut conduit publiquement par la ville de Pise, accompagné de tous

les barons de l'empereur.» Il compare ensuite _Zanobi_ avec Pétrarque,

qui avait reçu le même honneur à Rome; il reconnaît que Pétrarque lui

était supérieur, et avait traité de plus grands sujets; qu'il avait

aussi écrit davantage, parce qu'il avait commencé plus tôt, _et avait

vécut plus long-temps_. «Leurs ouvrages, ajoute-t-il (et ce trait, n'est

pas inutile pour marquer l'esprit du temps), leurs ouvrages étaient peu

connus _pendant leur vie_; et, quoiqu'ils fussent agréables à entendre,

les talents théologiques _de nos jours_ les font regarder comme de peu

de valeur au jugement des sages: _Le virtu' theologiche a' nostri di le

fanno riputare a vile nel cospetto de' savii_.» Le jugement des sages a

varié depuis ce temps-là, du moins à l'égard de l'un de ces deux poëtes.

On doit pourtant observer que _Villani_ ne parle ici que de poésies

latines; mais ce passage donne lieu à une autre observation. Mathieu

_Villani_, qui mourut en 1363, parle de _Zanobi_ et de Pétrarque comme

s'ils étaient morts tous deux depuis long-temps. Cependant _Zanobi_ ne

mourut que deux ans avant Mathieu, et Pétrarque survécut à ce dernier

plus de dix ans. _Villani_ aurait-il vécu et écrit beaucoup plus

long-temps qu'on ne croit, ou ce passage du chapitre 26 du cinquième

livre de son Histoire aurait-il été altéré, peut-être même interpollé,

dans des temps postérieurs, par quelque théologien zélé pour l'honneur

de sa science? L'une ou l'autre de ces conséquences est certaine, et

plus vraisemblablement la dernière; c'est une question sur laquelle je

ne puis m'arrêter, et que je me borne à présenter aux bons critiques

italiens. Je les prie de bien remarquer les dates. _Zanobi_, couronné en

1355, meurt en 1361; Mathieu _Villani_ en 1363, et Pétrarque en 1374

seulement. Mathieu, arrêté par la mort dans la composition de son

histoire, en a laissé onze livres: le passage que je suspecte est dans

le cinquième. Comment veut-on qu'il ait pu y parler de _Zanobi_, mort

depuis si peu de temps, et de Pétrarque, vivant encore, comme il en est

parlé dans ce passage? _E nota che_ IN QUESTO TEMPO _erano due

eccellenti poeti coronati, cittadin di Firenze, amendue di fresca età.

L'altro c'_ HAVEA. _nome messere Francesco di ser Petraccolo_... ERA _di

maggiore eccelenzia, e maggiori e più alte materie compose, e più, però

ch' e'_ VIVETTE PIU LUNGAMENTE, _e cominciò prima. Ma le loro cose_,

NELLA LORO VITA _a pochi erano note; e quanto ch' elle fossono

dilettevoli a udire, le virtù theologiche_ A' NOSTRI DÌ, _le fanno

riputare a vile nel cospetto de' savii_. Je persiste donc à regarder ce

trait comme une interpollation théologique, faite dans le texte de

_Villani_.

Page 169, addition à la note(2).--_Zanobi_ avait commencé dans sa

jeunesse un poëme à louange de Scipion l'Africain; mais lorsqu'il apprit

que Pétrarque traitait le même sujet, il l'abandonna aussitôt. On a de

lui une traduction assez élégante en prose des _Morales de S. Grégoire_;

il avait aussi traduit en octaves italiennes le Commentaire de Macrobe

sur le songe de Scipion: cette traduction s'est conservée en manuscrit à

Milan, dans la bibliothèque Saint-Marc; et c'est ce qui a fait attribuer

à _Zanobi_, par quelques personnes, un poëme sur la sphère, qui n'existe

pas.

Page 262, ligne 3 et suiv. «C'est de son école (d'Emmanuel Chrysoloras),

que sortirent _Ambrogio Traversari_... _Palla Strozzi_, etc.» Ce dernier

ne fut pas seulement un savant, mais l'un des premiers citoyens de

Florence, l'un des plus riches et des plus puissants protecteurs des

lettres. Son nom revient souvent, et dans l'histoire littéraire, et dans

l'histoire politique. Depuis le commencement du siècle jusque vers l'an

1434, on le voit remplir dans cette république, des ambassades et

d'autres grands emplois. C'est à lui que Florence dut le rétablissement

de son Université. Sa maison fut pendant plusieurs années l'asyle de

Thomas de Sarzane, qui devint ensuite le pape Nicolas V. _Palla Strozzi_

le soutint par ses libéralités, jusqu'au temps où Thomas passa dans la

maison des Médicis. Ce fut lui qui fit appeler et fixer à Florence

Emmanuel Chrysoloras. Il manquait à ce savant des livres grecs pour

servir de texte à ses leçons; _Palla Strozzi_ en fit venir de Grèce un

grand nombre à ses frais, et en fit présent à son maître. Il était, en

un mot, rival de Cosme de Médicis, en amour des lettres et en

libéralité; malheureusement il l'était aussi en politique; il fut un des

principaux auteurs de l'exil de Cosme. Le retour de celui-ci fut suivi

du bannissement des chefs du parti contraire. _Palla Strozzi_, exilé à

Padoue, se consola en cultivant les lettres. Il prit chez lui, avec de

forts honoraires, le grec Jean Argyropyle, qui lui lisait tous les jours

des livres grecs, et lui expliquait entre autres les ouvrages d'Aristote

sur la philosophie naturelle. Un autre savant grec, dont le nom est

inconnu, lui faisait dans la même langue d'autres lectures, et il ne se

passait point de jour où il s'exerçât lui-même à traduire du grec en

latin. Le pouvoir toujours croissant des Médicis empêcha qu'il fût

jamais rappelé dans sa patrie. Il mourut à Padoue en 1462, âgé de

quatre-vingt-dix ans.

Histoire littéraire d'Italie (3/9) · 第 15 / 17 题