_Études sur les Réformateurs ou Socialistes modernes_, par M. M. LOUIS
REYBAUD. Tome second.--Paris, 1843. Guillaumin. 7 fr. 50.
Ce volume complète l'examen que M. Louis Reybaud s'était proposé de
faire des diverses sectes ou théories qui ont cherché, depuis l'origine
du siècle, à s'emparer de l'attention et à se créer un auditoire. Il est
le résumé et la critique de quelques vues collectives, comme le premier
volume était le résumé de quelques inspirations individuelles.
Le chapitre 1er, qui a pour titre: _La Société et le Socialisme_, forme
une espèce d'introduction. M. Louis Reybaud ne croit pas, ainsi que
certains détracteurs de l'ordre social essaient de le prouver, «que les
efforts des générations, le travail des siècles, n'aient abouti qu'à
transformer notre globe en un vaste dépôt de mendicité ou en une
léproserie immonde.» Dans son opinion, les sociétés modernes ont été
calomniées; elles sont au-dessus des sociétés anciennes, comme
intelligence, comme bien-être. La misère, le vice et le crime, ces trois
fléaux, accessoires obligés de toute civilisation humaine, n'augmentent
pas, ils diminuent. Notre siècle vaut mieux sous tous les rapports que
les siècles qui l'ont précédé. Est-ce à dire pour cela qu'il n'y ait
rien à faire? Nullement. Sans doute, ce monde, que le christianisme a
bien jugé, sera éternellement le siège de la souffrance; et quand on
songe qu'aucune classe ne se dérobe à cette loi, que les plus puissants
comme les plus humbles lui paient un égal tribut, on s'étonne de voir
encore tant de cerveaux en quête de cette chimère que l'on nomme la
perfection absolue. Mais si le mal qui afflige l'humanité ne peut pas se
guérir radicalement, du moins doit-on chercher des remèdes partiels et
des moyens d'atténuation. C'est ce qu'a fait M Louis Reybaud. Ainsi, il
demande l'abolition de la prostitution indirecte, en commandite,
collective ou enrégimentée; l'établissement du régime cellulaire dans
les prisons; la destruction du compagnonnage; la création de conseils de
prud'hommes, etc.; mais il recommande surtout aux classes laborieuses de
savoir se contenir et se conduire. «Ce qui manque à l'ouvrier, dit-il,
c'est l'esprit de calcul et de prévoyance. Avec le temps son éducation
se complétera. Il a eu ses jours d'enfance et d'adolescence, il aura sa
période de maturité. C'est à lui d'entrevoir déjà cet avenir et d'y
aspirer, pour s'en montrer digne, il faut qu'il éteigne en lui les
prétentions inquiètes et sans but, la soif des réformes impossibles, le
besoin d'agitations ruineuses. Il a pour lui le titre de noblesse des
sociétés modernes, le travail; soldat de l'armée industrielle, son
avancement est dans ses mains, et il n'est point de haut grade auquel il
ne puisse prétendre.»
Comme on le voit par ce passage que nous venons de citer, M. Louis
Reybaud ne s'agite pas dans un cercle d'illusions et ne court jamais
après des fantômes; aussi n'hésite-t-il pas à se déclarer l'adversaire
de tous les socialistes en général, c'est-à-dire de tous les rêveurs qui
cultivent avec plus ou moins de succès l'art d'improviser des sociétés
irréprochables. Du reste, il n'a pas de luttes sérieuses à soutenir; sa
tâche se borne pour ainsi dire à enregistrer les noms des morts. On a
offert à la société, durant ces dernières années, tant de recettes du
parfait bonheur, que, fort embarrassée de choisir, elle est restée ce
qu'elle était, mêlée de mauvais et de bon, s'appuyant sur le passé en
regardant vers l'avenir. Les écoles et les églises nouvelles se sont
éteintes peu à peu dans le choc des rivalités et les défaillances de
l'isolement. Toutefois, si le socialisme avoué est fini ou bien près de
finir, il veut laisser une dernière empreinte dans le monde scientifique
et littéraire. M. Louis Reybaud a donc cru devoir signaler trois
catégories d'écrivains qui, plus ouvertement que les autres, ont
sacrifié ou sacrifient encore aux chimères et aux déclamations du
socialisme: les statisticiens, les philosophes et les romanciers.
Quelques pages éloquentes et que tous les honnêtes gens approuveront
vengent la société des calculs mensongers de quelques statisticiens, des
erreurs prétentieuses de certains philosophes et des divagations
intéressées de la plupart de nos romanciers. «Si les enfants perdus de
la philosophie, du roman et de la statistique veulent continuer cette
croisade insensée, ajoute M. Louis Reybaud en terminant, la société les
laissera achever leur suicide sans s'émouvoir, sans s'irriter. A une
démence obstinée et volontaire, elle ne doit répondre que par la pitié
et le dédain. Tout ce qu'il lui reste à faire, c'est de souhaiter à ses
détracteurs un peu de ce bon sens, présent du ciel, et dont il est plus
avare qu'on ne se l'imagine; le bon sens quitte toujours les hommes qui
s'enivrent d'eux mêmes et de leurs idées: c'est le premier châtiment de
leur vanité et la cause d'une irrémédiable impuissance.»
Les chapitres suivants ne sont pour ainsi dire que le développement de
cette espèce d'introduction. M. Louis Reybaud analyse et critique
successivement les systèmes des principaux socialistes contemporains.
Son second chapitre est consacré _aux idées et aux sectes communistes_,
le troisième aux _Chartistes_, le quatrième à _Jérémie Bentham_ et _aux
Utilitaires_, le cinquième aux _Humanitains_. Cette suite de déviations
et d'écarts auxquels notre temps est en butte, M. Louis Reybaud les
rattache, dans sa conclusion, à deux causes dominantes: les inspirations
de l'orgueil et les calculs de l'intérêt.--Cependant, il est trop juste
pour les confondre dans une même condamnation: il fait une réserve en
faveur des Utilitaires, qu'il traite peut-être trop sévèrement, et chez
lesquels des qualités supérieures s'unissent à des intentions
saines,--et en faveur des Humanitaires, qui, au milieu de bien des
folies, ont su néanmoins se tenir en garde contre la provocation directe
et la déclamation turbulente.
Dans la courte préface de ce deuxième volume, M. Louis Reybaud a cru
devoir répondre à un reproche auquel il avait raison de s'attendre: «On
trouvera, dit-il, que le ton de ce deuxième volume est plus sévère que
ne l'était celui du premier, et que je n'ai aujourd'hui que du blâme
pour des tentatives auxquelles je n'ai pas refusé naguère des
encouragements et des éloges. J'irai au-devant d'une explication, et
elle sera courte. Je croyais alors ces aberrations sans danger; je suis
convaincu maintenant, après en avoir mieux étudié les effets, qu'elles
sont dangereuses. Sans doute, au premier coup d'oeil, ces excursions
dans le domaine de l'imagination peuvent être regardées soit comme une
diversion innocente, soit comme un exercice utile à la pensée. L'esprit
humain doit agiter des problèmes, même sans espoir de les résoudre, et
souder l'inconnu, fut-ce avec témérité. Dans tous les temps il s'est
produit des hommes qui se vouaient à cette tâche ingrate, et dont les
convictions méritaient le respect. Leurs rêves ne troublaient ni
n'empêchaient rien, et leur candeur commandait l'indulgence. Cependant,
quand les chimères prennent trop d'ambition et aspirent à de trop
grandes destinées, un autre devoir est tracé aux écrivains, c'est de
ramener les esprits au sentiment des réalités et d'assigner des limites
à la fantaisie. Voilà ou nous en sommes aujourd'hui, et pourquoi je me
suis armé de plus de rigueur. Il m'a semblé que ces doctrines
aventureuses n'éclairaient aucune question et les dénaturaient toutes;
que, sans profit pour elles-mêmes, elles nuisaient aux notions les plus
saines, les mieux vérifiées; que, par la déclamation et la jactance,
elles agissaient sur quelques têtes ardentes et crédules, et que, sans
faire précisément un grand mal, elles étouffaient et paralysaient le
bien qui aurait pu se faire.»
Le second volume des _Réformateurs contemporains_ obtiendra, nous en
sommes certain, un aussi grand succès que le premier, couronné,--est-il
nécessaire de le rappeler?--par l'Académie française.--Les qualités dont
M Louis Reybaud avait donné des preuves si éclatantes se sont encore
perfectionnées: le style est devenu plus net et plus vigoureux,
l'argumentation plus serrée et plus claire, la critique plus mordante et
plus juste. Nous laisserons les sectes attaquées par M Louis Reybaud se
défendre si elles l'osent ou si elles le peuvent; mais, tout en espérant
que, la plupart d'entre elles ne se relèveront pas du rude coup qui
vient de leur être porté, nous ne pouvons nous empêcher de regretter que
leur vainqueur ait parfois... un peu trop de raison.
L'excès en tout est un vilain défaut,
a dit le poète. Que M. Louis Reybaud profite désormais de cet avis;
qu'il prenne garde, en combattant les pessimistes, de devenir
optimiste.--Nous l'engagerons beaucoup à lire trois charmants volumes
publiés à la librairie Paulin sous ce titre: _Jérôme Paturot à la
recherche d'une position sociale et politique_--Cette spirituelle
critique des vices et des ridicules de notre époque lui prouvera, s'il
pouvait jamais en douter, que tout n'est pas pour le mieux dans le
meilleur des mondes possibles.
_Les Colonies françaises, Abolition immédiate de l'Esclavage_; par
VICTOR SCHOELCHER. 1 vol. in-8.--Paris, 1842, _Pagnerre_. 6 fr.
«Emancipation des noirs, tel est notre premier voeu, dit M. Victor
Schoelcher au début de son introduction; prospérité des colonies, tel
est notre second voeu. Nous demandons l'une au nom de I humanité,
l'autre au nom de la nationalité; toutes deux au nom de la justice.»
Bien qu'il ait paru il y a plus d'un an, cet ouvrage de M. Victor
Schoelcher a donc conservé un intérêt d'actualité, car la Chambre des
Députés s'occupe en ce moment d'une loi qui intéresse au plus haut degré
la prospérité des colonies, et la question de l'émancipation des noirs,
toujours pendante, va enfin être soumise,--assure-t-on,--à
l'appréciation et au vote de la législature.
M. Victor Schoelcher n'a traité avec une étendue suffisante qu'une seule
des deux graves questions qu'il semblait se proposer de résoudre. Sans
doute, dans son introduction, il indique en passant quelques moyens de
régénérer les colonies; mais la pensée qui le préoccupe avant toutes les
autres ne lui permet pas de s'arrêter longtemps à ces
préliminaires.--L'auteur des _Colonies françaises_ est le plus sincère
et le plus zélé de tous les abolitionnistes français. Ce grand acte
d'humanité et de justice auquel il a consacré sa fortune et sa vie
entière,--l'émancipation des noirs,--il désire si ardemment le voir
s'accomplir, qu'il lui tarde, dès les premières lignes, d'appeler
l'esclavage dans la lice et de lui déclarer une guerre à mort.
D'abord M. Victor Schoelcher examine la condition présente des nègres,
En les suivant dans les diverses phases de leur existence actuelle, il
espère pouvoir préjuger de leur existence future, et trouver la solution
du problème colonial.--Puis, cette étude achevée,--et elle a été faite
d'après nature sur les lieux mêmes,--il expose et réfute l'opinion des
créoles sur la nature de leurs esclaves noirs; il signale l'existence et
les effets déplorables du préjugé de couleur--Le terrain ainsi exploré,
il y marche suis trop de crainte de s'égarer, et il aborde la question
de l'esclavage.
Après avoir longuement discuté les divers moyens proposés pour amener
l'abolition de l'esclavage, M. Victor Schoelcher déclare que, dans son
opinion, celui qui offre le plus de chances favorables est
l'émancipation en masse pure et simple.» Cette émancipation, dit-il, a
pour elle la convenance, l'utilité, l'opportunité; ses résultats
immédiats seront pour les nègres faits libres; la probabilité de ses
heureuses conséquences finales doit fixer les colons sur la réalité de
ses avantages. Il n'est pas vrai que le travail libre soit impossible
sous les tropiques; il ne s'agit que de savoir déterminer les moyens de
l'obtenir. Toute la question se réduit donc là: organiser le travail
libre.»
En conséquence, M. Victor Schoelcher expose dans le vingt-cinquième et
dernier chapitre de son ouvrage un _Essai de législation propre à
faciliter l'émancipation en masse et spontanée._ Sans doute il n'a pas
la prétention de construire le code des provinces d'outremer; mais il
manquerait de véracité, «s'il dissimulait sa confiance dans les moyens
qu'il indique pour laver les terres coloniales de la tache qui les
souille, sans mettre en péril leur société, pour substituer sans
trouble, ou du moins sans violence, le brillant ordre libre à l'ignoble
ordre esclave.»
_Chants de l'Exil_: par LOUIS DELATTRE. 1 vol. in-18.--Paris, 1843.
Gosselin. 3 fr. 50 c.
La plupart des poésies contenues dans ce recueil sont nées sur la terre
étrangère, en Italie, en Allemagne, en Belgique en Russie, et surtout en
Suisse. «Elles sont, dit leur auteur, le fruit de mes voyages dans ces
divers pays, et presque toutes ont été inspirées par le spectacle des
grandes scènes de la nature.»
Les _Chants de l'Exil_ se divisent en deux parties: la première et la
plus considérable se compose de poésies objectives, narratives, épiques,
légendes et ballades; la seconde contient les poésies intimes.
M. Louis Delattre prie la critique de ne pas condamner ses efforts, et
le public d'accueillir avec indulgence ce volume, où il a _jeté tout ce
que son âme a d'énergie et de douleur, de colère et d'amour._ Nous
accédons d'autant plus volontiers à sa demande, que nous avons remarqué
çà et là, en parcourant ce volume, des vers qui nous ont paru mériter
nos éloges. Puisse le public se montrer aussi bienveillant, et recevoir
avec reconnaissance les dons de M. Louis Delattre!--Nous nous bornerons
à faire une seule observation, qui s'adresse généralement à tous les
jeunes gens qui se prétendent poètes: pourquoi se croient-ils obligés
d'imprimer tout ce qu'ils composent, et ne comprennent-ils pas qu'il
faut songer quelquefois au fond autant qu'à la forme?--Quel mérite et
quelle utilité y a-t-il à écrire et à publier des vers comme ceux-ci, par
exemple, qui commencent la première strophe de la première pièce de
_Chants de l'Exil_:
L'azur de l'éternelle voûte
Sourit à l'homme jeune encor,
Et l'espérance, sur sa route,
Sème des fleurs de pourpre et d'or.
Ou bien encore, à la seconde strophe:
Aux plaines, aux forêts profondes,
Un vaisseau verse ses trésors
Les cygnes voguent sur ses ondes,
La violette orne ses bords.
Ne serait-il pas temps, enfin, de renoncer à tout ce verbiage
insignifiant, qui n'a plus même l'intérêt de la nouveauté? Et quand un
jeune écrivain veut que le public reçoive avec indulgence tout ce que
son âme a d'énergie et de douleur, de colère et d'amour, ne devrait-il
pas, en vérité, se montrer plus sérieusement digne des suffrages qu'il
ambitionne?
_Le Hachych_; 1 vol. in-18.--Paris, 1843. _Paulin_. 3 francs.
Le hachych est une plante de l'Orient qui a la même forme, le même
aspect, la même odeur que le chanvre. A en croire les savants de
l'expédition d'Égypte, c'est du chanvre dont les propriétés se sont
affaiblies dans le Nord. Le hachych produit des effets extraordinaires
sur toutes les personnes qui en prennent une infusion. Il exalte leurs
idées dominantes, il leur montre d'une manière claire leurs plans les
plus compliqués se débrouillant sans difficulté, leurs projets les plus
chers se réalisant sans obstacle; il leur procure l'intuition précise de
ce qu'ils cherchent; «enfin, dit l'auteur du petit livre qui a pris pour
titre le nom de cette plante remarquable, il leur fait savourer par la
pensée la possession anticipée et sans mélange de tout ce qui est
suivant leurs goûts, leurs voeux, leurs passions habituelles, ou plutôt
suivant leurs désirs et la direction de leurs pensées au moment où le
hachych agit sur eux. C'est ce qui explique les effets différents qu'on
en rencontre; car ils varient beaucoup suivant les individus et même
suivant les dispositions du moment..»
Il y a quelques mois, douze convives réunis à Marseille autour de la
table d'un médecin causaient entre eux de la condition et des besoins de
la société actuelle. Un jeune docteur qui arrivait d'Égypte les engagea
à prendre une infusion de hachych au lieu de café. «C'est le remède à
la nostalgie, au découragement, aux déceptions de toute espèce, leur
dit-il. J'ai pensé qu'en France j'en aurais encore besoin pendant bien
longtemps; c'est pourquoi j'en ai rapporté une ample provision, et je
vous en offre. Essayez-en, quand ce ne serait que par curiosité. Que
risquez-vous? Une petite dose, une seule tasse de cette précieuse
infusion ne peut vous donner que de la gaieté, des consolations; vos
prévisions les plus agréables se transformeront, pour un moment, en
réalités; vous posséderez le don de seconde vue; vous serez élevés au
rang des prophètes.»
Quelques-uns des convives cédèrent aux instances du jeune docteur; mais
l'auteur anonyme du _Hachych_, se défiant de sa susceptibilité nerveuse,
se contenta d'abord de fumer un peu de hachych mêlé avec du tabac
très-doux, pendant que la discussion continuait bruyante, confuse et
bientôt inextricable; puis, se sentant trop agité, il avala une grande
tasse de cette bienheureuse infusion. Enfin il se retira Mais à peine
fut-il couché, il tomba dans un profond sommeil, et il fit un rêve
étrange qu'il raconte aujourd'hui au public. Il parcourut successivement
l'Abyssinie, l'Inde, le Tibet, la Chine, le Japon, les colonies
anglaises de l'Australie et tout l'archipel de l'Océanie. Arrivé en
Amérique par la Californie, il traversa les montagnes Rocheuses sur un
_railway_. Il passa un des premiers par le canal de Panama; ayant
ensuite débarqué au cap de Bonne-Espérance, il visita toute l'Afrique
centrale, Tombouctou et les montagnes de la Lune, et il revint à
Alexandrie en descendant le Nil-Blanc et les cataractes.--Le canal de
communication du Nil avec la Mer-Rouge par Suez était alors en pleine
activité: un chemin de fer reliait Bagdad, Saint-Jean-d'Acre et le
Caire.--Surpris de toutes ces améliorations, il s'embarqua pour revenir
en France sur un navire qui marchait par l'électricité.--Quand il arriva
à Marseille, il ne fit pas quarantaine, et à l'entrée de la Canebière il
vit la foule attroupée autour d'une immense affiche, au haut de laquelle
il lut en gros caractères: Bande du congrès ibergallitale, 27 juillet
1843.
Ici doit s'arrêter notre analyse. Révéler le mot de l'énigme serait
faire tort au livre dont nous venons de résumer la première partie. Si
quelques-uns des lecteurs de _l'Illustration_ désirent savoir ce que
seront la France et l'Europe dans cent ans, quelles révolutions
politiques, sociales, économiques, un siècle verra s'accomplir, selon
les utopies assez raisonnables d'un médecin célèbre qui désire garder
l'anonyme, ils n'ont qu'à se procurer un exemplaire du
_Hachych_.--L'ouvrage de M. le docteur..... les fera jouir,--sans les
endormir toutefois,--de rêves étranges dont la réalisation
très-désirable ne leur semblera pas impossible.
_Le Jardin des Plantes_, description et moeurs des mammifères de la
Ménagerie et du Muséum d'Histoire naturelle, par M. BOITARD; précédé
d'une notice historique, anecdotique et descriptive du Jardin, par J.
JANIN. Nouvelle édition avec les _figures coloriées_, illustrée de 400
gravures sur acier, sur cuivre et sur bois, planches à l'aquarelle,
etc.; publiée en 64 livraisons, à 50 c.--Le volume complet, figures
noires, 16 fr.--_Dubochet et Cie._.
Les figures qui représentent les sujets que l'histoire naturelle a pour
but de décrire ne remplissent qu'en partie leur destination, si elles se
bornent à donner la forme sans y joindre la couleur. Le _Jardin des
Plantes_, dont MM. Dubochet et comp. avaient publié une première édition
avec les figures _en noir_, paraît aujourd'hui avec les figures
coloriées, amélioration dont le public se montrera certainement
reconnaissant. La perfection des dessins faisait regretter qu'on n'eut
pas rendu la représentation des animaux plus complète, et les éditeurs
ont cédé à de nombreuses observations en faisant colorier les figures
dans cette nouvelle édition.
L'auteur du _Jardin des Plantes_. M. Boitard, a réuni dans ce volume ce
qu'on chercherait vainement ailleurs: l'histoire morale, qu'on nous
passe cette expression, des animaux, leur instinct, leur intelligence,
leurs habitudes quelquefois si extraordinaires, leur caractère, leurs
ruses, les singularités de leurs actions, leurs affections, leurs
haines, leurs moyens d'attaque et de défense, leur industrie, leurs
travaux si merveilleux quand on les compare aux facultés qu'ils
possèdent pour les exécuter; en un mot, leurs moeurs sauvages ou
sociales.
Cet intéressant travail est précédé d'une introduction, dans laquelle M.
Jules Janin a raconté, avec son style pittoresque et animé, l'histoire
du _Jardin des Plantes_, et esquissé les scènes diverses dont il est
chaque jour le théâtre.
Enfin, le Jardin des Plantes ne serait qu'un excellent livre d'histoire
naturelle et ne justifierait pas son titre spécial si le dessin et la
gravure n'y avaient ajouté tout ce qui attire les regards et la
curiosité des visiteurs et des promeneurs: monuments, constructions,
sites pittoresques, tableaux délicieux, connus de tous ceux qui ont
visité le Jardin des Plantes, bons à rappeler à ceux qui les
connaissent, à faire connaître à ceux qui n'ont pu les visiter.
Modes.
Ce n'est pas à l'incommodité déjà soufferte de la chaleur que nous
devons ces jolies et étranges coiffures qu'Alexandrine, dans son goût
artistique, a prises aux modes italiennes; c'est à l'incommodité prévue
de la chaleur prochaine. On va bientôt partir pour la campagne: les
femmes qui ne connaissent pas les capelines sont menacées du chapeau à
la suissesse, à bords ronds et plats, à calotte de chapeau, coiffure
dont les jeunes pensionnaires mêmes sont lasses et qu'il était bien
temps de renouveler.
Alexandrine a rencontré la plus heureuse de toutes les innovations, le
chapeau de paille primitif, souple, léger, naïf de forme; elle y a pincé
quelques ornements d'un style pittoresque, petites bouffettes de ruban
ou de velours, et, selon la mode italienne, des fleurs posées avec une
sorte d'ingénuité contre les cheveux.
Les capelines sont de ces créations que l'artiste conçoit dans ses jours
d'inspiration, et qui plaisent à toutes les femmes d'un goût distingué,
comme tout ce qui sort de la vulgarité sans tomber dans la bizarrerie.
De plus, il n'existe pas de chapeau qui gêne moins la personne, qui
charge moins la tête et préserve mieux le visage.
L'une de nos figurines porte une robe de batiste à double manche. Son
tablier de taffetas vert-myrte entoure une partie de sa taille: son col
plat est en fine toile de Hollande.
L'autre, à manches demi-longues plates, a une robe de nankin. Son col,
soutenu par une cravate écossaise, est en linon rayé, et ses mitaines
sont en taffetas.
Mayer enferme dans la scie noire, pure ou gros-bleu, les petites mains
les plus élégantes de Paris, de Londres et de Saint-Pétersbourg. Quand
une nouveauté sort des magasins de la rue de la Paix, elle a bientôt
fait le tour du monde. C'est dire qu'il suffit de s'appuyer d'une telle
autorité pour recommander aveuglément une innovation. Les mitaines de
taffetas sont comme celles de velours, d'autant plus recherchées que M.
Mayer ne peut en faire autant qu'il lui en est demandé.
La douairière est une ombrelle commode pour la campagne. Sa canne est
utile pour débarrasser la marche des herbes et des branches que l'on
rencontre dans le parc, sous les avenues ombreuses ou dans la prairie à
hautes fleurs. La marquise y est insuffisante, et l'anglaise gêne la
main sans aucun avantage.
Napoléon adoré dans un temple chinois.--Dessin fait par un témoin
oculaire.
Amusements des sciences.
Le succès des rébus nous a donné l'idée d'ajouter à ces problèmes
d'autres questions, quelquefois moins amusantes, mais plus instructives,
sur toutes sortes de sujets. Nous poserons donc, chaque semaine, des
questions de ce genre, dont nous donnerons les solutions la semaine
suivante. En voici quelques-unes:
I. Comment pourra-t-on faire, dans une balance ordinaire, toutes les
pesées possibles d'un nombre entier de grammes avec la série des poids
1, 2, 4, 8, 16, 32, etc., grammes? La série de ces poids allant jusqu'à
1,024 grammes, quel est le plus grand poids que l'on puisse évaluer
directement?
II. Une personne ayant un cruchon de huit litres d'un excellent vin,
voudrait en donner exactement la moitié à un ami; mais elle n'a, pour le
mesurer, que deux autres vases, l'un de cinq, l'autre de trois litres.
Comment doit-elle s'y prendre: 1º pour mettre quatre litres dans le vase
de cinq; 2º pour les laisser dans le vase de huit litres?
III. On prend une boule d'ivoire ou de bois bien sphérique et bien
homogène sur laquelle on trace, comme sur un globe céleste ou terrestre,
des pôles, un équateur, des cercles de longitude et de latitude. On
lance ce globe au hasard, et, après chaque jet, on marque soigneusement
son point de contact avec le sol, lorsqu'il est parvenu au repos. On
demande les valeurs vers lesquelles tendront les moyennes des longitudes
et des latitudes?
Rébus.