Dans les espaces ménagés pour la circulation, circulaient, fièrement

drapés de leurs haillons, les _léperos_, ces lazzaroni mexicains, dont

la vie se passe à voler, à jouer, à manier alternativement la mandoline

et le couteau. Les uns, assis en rond autour d’une couverture étendue

par terre, essayaient les chances du _monte_ sous l’œil d’un banquier

balafré, prêts à en appeler au couteau de l’opiniâtreté d’une veine

contraire; les autres se pressaient à l’entrée des baraques

privilégiées, où le tintement de l’or se mêlait au bruit d’un orchestre

discordant. Les manteaux galonnés des _rancheros_ se croisaient avec les

couvertures déchirées, les souquenilles bariolées des muletiers, et des

groupes d’Indiens à demi nus erraient silencieusement au milieu de cette

foule tumultueuse. Plus loin, dans les rues plus obscures où les clartés

des brasiers venaient mourir, luisaient dans l’ombre l’or, les

paillettes et la soie des courtisanes, tandis qu’à quelques pas d’elles,

étincelaient les lames nues des protecteurs payés de ces faciles amours.

Enfin, dans les rues restées désertes et noyées dans l’ombre projetée

par les tours de la cathédrale, les lanternes des veilleurs de nuit, les

torches du guet à cheval, brillaient et s’éclipsaient tour à tour. Mille

bruits étranges et confus, détonations d’armes à feu, cris, chansons,

cliquetis de castagnettes, hurlements de joie ou d’angoisse, s’élevaient

comme un effrayant concert de cette ville livrée complétement pour

quelques jours au vol, au meurtre et à la débauche.

Une douzaine de chevaux sellés et bridés étaient attachés à des piquets

devant la baraque où m’attendait le salteador. Un homme, assis sur une

pierre près de la porte, laissa de côté la guitare qu’il tenait à la

main, et interrompit une romance mélancolique qu’il chantait à haute

voix, pour me demander si j’avais affaire au propriétaire de la baraque.

Sur ma réponse affirmative, il souleva une portière en cuir, et m’invita

à entrer. Pour me rassurer en ce moment sur ma démarche, il fallait, je

l’avoue, toute ma pratique des mœurs mexicaines et l’insouciance acquise

dans une vie aventureuse. Le salteador prenait son chocolat; il était

seul.

--J’attendais votre visite; peut-être même auriez-vous dû me la faire

plus tôt dans l’intérêt de votre ami, me dit-il: soyez le bienvenu, vous

êtes chez vous.

Je le remerciai de sa politesse.

--Je ne vous demande pas, reprit le salteador, les motifs de votre

voyage à San-Juan; j’aurais pu vous les demander ailleurs.

--Où donc?

--Eh! parbleu! dans les plaines de Tubac. Vous n’avez donc pas la

mémoire des figures?

--Non vraiment. Bien qu’à vous en croire j’aie déjà eu le plaisir de

vous rencontrer, je cherche en vain à me rappeler vos traits, et je les

aurai, certes, oubliés demain.

--Voilà une réponse prudente, et c’est une règle de conduite dont vous

ferez bien de ne pas vous écarter hors de propos; mais une plus longue

dissimulation de votre part serait offensante envers une ancienne

connaissance, ajouta-t-il d’un ton plein de cordialité. Vous pouvez sans

crainte me reconnaître à présent. Ne m’avez-vous pas vu braver la

justice dans son sanctuaire?

Je ne pus m’empêcher de sourire au souvenir de la scène dont j’avais été

témoin le matin. Le chef de _cuadrilla_ reprit d’un air de dédain:

--Qu’est-ce, après tout, que de faire trembler un misérable alcade de

village? Des juges plus puissants auront leur tour. Mais je vous ai dit

qu’un jour peut-être vous seriez heureux de me faire souvenir que nous

avions partagé l’hospitalité du même foyer; faut-il donc que ce soit moi

qui vienne en aide à votre mémoire? Ce jour est-il venu?

Je rappelai alors au salteador l’offre qu’il m’avait faite le matin, et

je me dis prêt à accepter son intervention en faveur de mon ami,

moyennant cent piastres que je compterais quand M. D... m’aurait

rejoint. Le salteador me laissa parler avec un sourire qui semblait

signifier que je ne lui apprenais rien de nouveau. Quand j’eus fini:

--Je connais toute cette affaire, me dit-il, et je la connais même mieux

que vous. Un vice de forme devant lequel la justice a reculé a seul

empêché jusqu’à ce jour la saisie des biens de votre ami. C’est à ce

vice de forme qu’il doit le sauf-conduit de l’assesseur, mais d’un

moment à l’autre l’obstacle qui arrête la justice peut être levé. En

supposant même que votre ami sorte aujourd’hui de prison, et se dérobe

par la fuite à la sentence qui le condamne, il ne sera pas encore en

sûreté, car un ordre d’extradition le poursuivra et pourra l’atteindre

d’un bout à l’autre de la république. Ce qui importe, c’est d’entraver à

temps la marche de la justice. A l’heure où je parle, un courrier est en

route pour apporter l’ordre de saisie immédiate: une seule personne peut

arrêter ce courrier.

--Et qui sera cette personne?

--Moi, répondit le routier; mais toutefois moyennant rançon.

--Vous? mais l’argent me manque.

Je n’osais trop témoigner la défiance qui m’empêchait de payer cette

rançon d’avance. Le salteador sembla deviner ma pensée.

--Pour vous prouver ma bonne foi, me dit-il, je me contenterai de votre

parole; vous ne me payerez le prix de mes bons offices que sur les

preuves en règle d’un _indulto_ plein et entier. Vous compterez sept

cents piastres à la personne qui vous le remettra. Votre affaire,

continua le routier, est presque la mienne. L’homme qui vous a dénoncé

fait partie de ma bande; c’est précisément ce misérable surnommé

_Santucho_, dont je parlais ce matin à l’alcade. En révélant à la

justice le délit commis par votre compatriote, il a enfreint les lois

des _salteadores_. Nous sommes des voleurs à main armée, et non pas des

dénonciateurs qui se cachent dans l’ombre. J’ai d’ailleurs un autre

compte à régler avec lui. Vous n’avez pas oublié peut-être le voyageur

qui, poursuivi par un ours, vint nous demander protection la nuit de

notre bivouac avec les chasseurs de bisons. Eh bien! ce malheureux est

tombé malgré moi sous les coups de ma bande excitée par le _Santucho_.

Voilà deux fois que le misérable me brave ouvertement. Dites à votre ami

que non-seulement il me devra sa liberté, mais une vengeance éclatante.

Je n’avais qu’une réponse à faire à ce singulier personnage, si plein de

mépris pour les lois de son pays, qu’il semblait connaître mieux qu’un

alcade, et si plein de respect pour cet autre code à l’usage des

routiers dont il invoquait contre le _Santucho_ les prescriptions

inflexibles. Mon protecteur se montrait accommodant, et il fallait

profiter de sa complaisance; je convins que M. D... acquitterait une

traite de sept cents piastres entre les mains de celui qui lui

apporterait à une adresse désignée la mainlevée de la saisie décrétée

contre ses biens et sa personne. Ces conditions étant acceptées et un

des complices du salteador étant venu interrompre l’entretien, je ne

crus pas devoir prolonger ma visite, et je sortis de la tente. La nuit

était déjà avancée; le silence avait succédé au tumulte qui, quelques

heures auparavant, régnait dans la ville. Les veilleurs de nuit

dormaient, enveloppés dans leurs manteaux, auprès de leurs lanternes

fumeuses. Des malheureux, après avoir joué le dernier _réal_ destiné à

payer leur gîte, étaient nonchalamment étendus sur les marches de la

cathédrale, qui leur accordait une hospitalité gratuite et dont les

hautes tours se dessinaient en noir sur le ciel. Quelques lueurs

mystérieuses allaient et venaient seules sur les hauteurs; partout

ailleurs l’agitation avait cessé, et les dernières vibrations de

l’horloge qui achevait de sonner onze heures retentissaient encore avec

une gravité solennelle, mêlées aux clameurs lugubres des _serenos_,

quand je rentrai chez moi tout préoccupé du souvenir de mes deux

audiences de la journée. L’alcade m’avait montré la justice impuissante

et corrompue; le salteador, le brigandage érigé en dictature, imposant

des lois et se faisant presque magnanime: ce contraste m’en disait plus

que de longues recherches sur la décadence morale de la société

mexicaine.

Le lendemain de bonne heure, M. D... frappait à ma porte, accompagné

d’un des hommes de la bande du proscrit, le _Zurdo_, qui venait, de la

part de son chef, chercher la rançon convenue: le chef avait tenu sa

parole, et me rappelait la mienne. La longue barbe, les habits souillés,

la figure amaigrie de mon malheureux compatriote, ne me faisaient que

trop deviner les mauvais traitements qu’il avait eu à subir. Le _Zurdo_

nous quitta en nous promettant, foi de salteador, que l’homme dont la

dénonciation avait valu à M. D... ce fâcheux démêlé avec la justice

serait exemplairement puni. Cette assurance nous consola médiocrement.

L’essentiel était maintenant de partir sans encombre; il fallait

attendre la nuit. La journée s’écoula sans qu’aucun homme de loi se fût

présenté à notre domicile. La nuit venue, nous en laissâmes encore

passer les premières heures, afin d’attendre le moment où les clartés

douteuses de l’aube nous permettraient de faire route sans craindre de

nous égarer. Enfin le ciel s’éclaira un peu; nous sellâmes

silencieusement nos chevaux, et nous quittâmes sans regret une ville qui

ne nous laissait à tous deux que de tristes souvenirs.

Nous ne respirâmes à l’aise que quand nous fûmes à une lieue de

San-Juan, galopant à toute bride sous les frais ombrages d’une avenue

d’arbres du Pérou. Nous ne nous doutions guère que le petit drame où

nous avions été involontairement acteurs allait dérouler devant nous sa

dernière scène. Une voix lamentable qui traversa tout à coup le silence

de la nuit nous enleva fort désagréablement à la demi-sécurité que

quelques instants de course rapide nous avaient rendue.--Au galop!

dis-je à M. D... Nous avons été vus, et un moment d’hésitation nous

perdrait.

Nous pressâmes nos chevaux déjà haletants; mais ceux-ci se cabrèrent et,

malgré nos coups d’éperons, refusèrent d’avancer. Ils semblaient reculer

devant quelque objet effrayant. Alors, en interrogeant du regard les

profondeurs des allées latérales, nous aperçûmes, à quelques pas devant

nous, six hommes immobiles chacun devant autant de troncs d’arbre. Ce

pouvait être une nouvelle troupe de _salteadores_ qui nous attendaient

au passage pour nous dévaliser; mais les lamentations de ces hommes, que

nous entendîmes bientôt plus distinctement, vinrent nous rassurer.

--Pour l’amour de Dieu! disait l’un, me laisserez-vous sans me secourir?

--Au nom de la sainte Vierge! disait l’autre, seigneurs cavaliers,

venez-nous en aide!

Nous vîmes alors que tous ces malheureux, que nous avions pris pour des

voleurs, étaient eux-mêmes étroitement attachés aux arbres, et qu’ils

imploraient notre assistance. C’étaient sans doute de petits marchands

que les _rateros_ avaient dépouillés au sortir de San-Juan. Nous nous

consultâmes sur ce que nous devions faire en leur faveur. Je proposai de

les délivrer. Mon compagnon me rappela la mésaventure de don Quichotte

poursuivi à coups de pierres par les galériens dont il avait brisé les

chaînes. J’allais me rendre à ses avis, quand des cris perçants

attirèrent mon attention sur un individu qui paraissait le plus

maltraité de la bande. Je ne pus résister à un mouvement de compassion,

et, mettant pied à terre, j’eus bientôt coupé les liens qui garrottaient

ce malheureux. Sans prendre le temps de me remercier, celui-ci gagna le

sommet du talus qui bordait la route, et alors seulement tourna vers moi

une figure vraiment patibulaire.

--Ah! seigneur cavalier, me dit ce drôle, vous m’avez rendu un bien

grand service en me donnant la préférence sur mes compagnons

d’infortune! Les gens que vous voyez sont d’honnêtes marchands que nous

avions cru prudent, mes amis et moi, de garrotter après les avoir

dévalisés. Seulement mes amis, pour me jouer un mauvais tour, ont trouvé

plaisant de m’attacher avec eux. Adieu; puisse le ciel vous récompenser

de votre perspicacité! Et vous, seigneur cavalier, ajouta-t-il en se

tournant vers M. D..., rappelez-vous le sort qui attend les négociants

en détail à la foire de San-Juan.

Un instant après, le _Santucho_, car c’était lui que, dans un bel élan

de charité chrétienne, j’avais délivré, disparaissait derrière les

broussailles. Nous échangeâmes, M. D... et moi, un regard de suprême

désappointement.

--Partons, me dit M. D... après un moment de silence, et laissons ces

braves gens s’en tirer comme ils pourront. Aussi bien vous avez

aujourd’hui la main trop malheureuse.

Une double détonation qui me fit tressaillir m’empêcha de répondre à ce

reproche, que j’avais, il faut le dire, un peu mérité. Deux hommes

débouchèrent presque en même temps sur la route et se croisèrent avec

nous. L’un d’eux soufflait tranquillement dans le bassinet de sa

carabine; l’autre accrochait la sienne au porte-mousqueton de sa selle.

Je les reconnus tous les deux pour appartenir à la _cuadrilla_ de mon

ami le salteador.

--_Valga me Dios_! me dit l’un de ces hommes en passant près de moi; qui

diable aurait pu penser que vous iriez choisir, parmi tant d’honnêtes

gens, le Santucho pour le délivrer? Nous l’avions attaché là en

attendant l’heure de tirer sur lui, comme l’avait ordonné notre chef. Il

a fallu devancer l’heure prescrite pour réparer vos maladresses. Adieu,

seigneurs cavaliers; que la leçon vous profite!

Derrière les bandits qui s’éloignaient arrivait un cavalier qui nous eut

bientôt rejoints. Le costume du nouveau venu était aussi riche

qu’élégant. Un chapeau à larges bords avec son enveloppe de toile cirée,

une _toquilla_ en perles de Venise, un dolman de drap, dont on voyait

les manches richement brodées de soie sortir des plis de la _manga_

violette rehaussée d’ornements de jais; de larges pantalons flottant sur

les étriers, composaient ce pittoresque costume, vraie tenue de

salteador en campagne. Un cheval digne d’un pacha, l’œil étincelant, les

naseaux dilatés, le col arqué, la queue ornée de larges rubans rouges,

faisait vibrer, à chacun de ses mouvements, une longue et flexible lame

de Tolède, dont le fourreau, délicatement ciselé, battait ses flancs.

Une courte carabine se balançait du côté opposé de la selle. Les bandits

n’avaient pas attendu que le cavalier laissât tomber les plis de la

_manga_ qui cachait en partie sa figure, pour se découvrir et saluer

leur chef. Ils lui rendirent compte de ce qui s’était passé en pur

castillan, car l’argot des truands espagnols est inconnu au Mexique.

--C’est bon, dit froidement le salteador; allez chercher le corps où

vous l’avez laissé.

Un des bandits s’éloigna, et revint, quelques minutes après, traînant au

bout de son lazo le cadavre du Santucho. Quoique frappé de deux coups de

feu, le malheureux respirait encore.

--Fouillez-le, dit le chef.

Un des deux hommes descendit de cheval; le Santucho sembla faire un

mouvement pour se défendre, mais ce mouvement fut presque imperceptible.

Des poignées de piastres, de réaux, de menue monnaie, furent retirées de

ses poches: c’était le fruit de ses vols de la nuit, qui lui coûtaient

si cher. L’homme qui l’avait fouillé interrogeait son chef du regard.

Sur un signe il alla détacher les malheureux captifs que la terreur

semblait paralyser. Sur un autre geste, le bandit éparpilla devant eux

les piastres trouvées dans les poches de son camarade. En voyant les

marchands se précipiter sur l’argent qui leur était ainsi rendu, le

Santucho fit un mouvement convulsif, puis resta immobile. Cette fois il

était mort: le désespoir de se voir dépouillé l’avait achevé.

--Chargez ce corps sur vos épaules, dit impérieusement le chef aux

marchands, qui cherchaient encore dans le sable ensanglanté les

dernières pièces de monnaie, et remettez-le à l’alcade de ma part. Il

l’avait voulu vivant, je le lui envoie mort; il comparera sa justice à

la mienne.

Les marchands obéirent, et, tandis que le funèbre cortége s’éloignait

lentement, le salteador me dit avec un sourire presque hautain:

--J’avais juré de punir ce misérable, comme de faire trembler les juges

de ce pays damné, où l’on trafique de la justice: vous voyez que mes

deux serments ont été tenus. J’en ai fait un troisième que vous

connaissez, seigneur cavalier, ajouta-t-il en saluant M. D...; je vous

souhaite d’observer aussi fidèlement votre parole que je saurai tenir la

mienne.

A ces mots, le proscrit s’éloigna, et bientôt la vitesse de son cheval

l’eut dérobé à notre vue.

* * * * *

Huit jours après ce départ précipité, nous vîmes briller au soleil les

neiges éternelles des deux volcans qui dominent Mexico, et peu s’en

fallut que les amis qui venaient au-devant de moi ne crussent faire une

fâcheuse rencontre dans le voyageur aux habits en lambeaux et couverts

de poussière, à la barbe inculte, au visage hâlé, qui se présentait

devant eux. J’avais quitté Mexico depuis quatorze mois, pendant lesquels

j’avais fait à cheval, dans l’intérieur de la république, plus de

quatorze cents lieues: c’est la distance à peu près du Havre à New-York.

Rentré dans la vie civilisée, je dépouillai mon accoutrement de

voyageur, dont je ne gardai que les longs éperons que j’avais si

longtemps chaussés, et le sarape qui m’avait abrité de la rosée de tant

de nuits froides, comme du soleil de tant de jours brûlants. Deux mois

s’étaient passés; mon imagination ne me présentait plus que comme un

rêve mes pérégrinations aventureuses dans les déserts de la Sonora,

quand un dernier incident vint en réveiller pour moi le souvenir. Un

inconnu apporta à M. D... un _indulto_ parfaitement en règle, et il

accepta à une courte échéance une traite de sept cents piastres à

l’ordre d’une des premières maisons de Mexico. Le salteador avait tenu

sa troisième promesse aussi religieusement que les deux autres.

FIN.

TABLE

Pages

Le Pêcheur de perles. 1

Une Guerre en Sonora. 41

Cayetano le contrebandier. 89

Les Gambusinos. 137

Le Dompteur de chevaux. 194

Bermudes-el-Matasiete. 239

Le Salteador. 289

Paris.--Imp. E. CAPIOMONT et V. RENAULT, 6, rue des Poitevins.

Scènes de la vie sauvage au Mexique · 第 23 / 23 段