Haletante, suffoquée par l'émotion, Geneviève ne trouvait pas un mot
à dire... A un moment, ses yeux se fermèrent et elle devint si pâle,
si pâle, que les ouvrières, émues à leur tour, se levèrent pour la
soutenir. Il était temps!... ils la firent asseoir sur une chaise
et l'entourèrent. Le commissionnaire, étourdi, regardait la scène,
étonné d'avoir apporté une nouvelle capable de faire un tel
bouleversement. Les ouvrières, secourant leur patronne, disaient:
--Madame, qu'avez-vous?... C'est un malheur?
--C'est donc bien terrible... Madame, du courage!...
--Quel malheur vous arrive encore, pauvre madame! Du courage.
Et Geneviève, revenant bien vite à elle, eut un sourire pâle en leur
disant:
--Non, non! c'est du bonheur, au contraire, et je n'y suis plus
habituée.
Et toutes la regardaient étonnées...
--Merci, mesdemoiselles... Laissez-moi... Ce n'est rien..., vous
voyez...
Et en disant ces mots elle se levait... Chacune des demoiselles retourna
à l'établi, et Geneviève, remise de son émotion, domptant sa
faiblesse, interrogea le commissionnaire pour savoir qui lui avait remis
la lettre; mais celui-ci ne savait absolument rien. Un monsieur était
venu à sa place, lui avait expliqué la commission qu'il devait faire,
dit ce qu'il devait dire, l'avait payé en prenant son numéro pour
être sûr qu'il ferait ce qui était convenu.
--Et cette autre lettre? demanda Geneviève en montrant celle qui lui
restait dans la main.
--Ce n'est pas une lettre, madame, c'est une enveloppe préparée, dans
laquelle je dois mettre votre réponse, ou que je dois jeter à la poste
telle qu'elle est, si on s'est trompé ou si vous refusez d'écrire.
--Vous a-t-on recommandé de ne pas me laisser lire l'adresse écrite
dessus?
--Non, madame, fit le commissionnaire en la tendant.
Geneviève la prit et lut désappointée:
C. L., _poste restante_.
132. _Paris_.
--Y a-t-il une réponse? demanda le commissionnaire, gêné, honnête et
pur Savoyard, que le regard effronté de ces demoiselles embarrassait et
faisait rougir.
--Oui, attendez! fit fébrilement Geneviève, et elle courut dans sa
chambre et écrivit:
«Mme veuve Davenne attendra chez elle demain à neuf heures du soir
l'ami qui doit lui donner des nouvelles de son enfant... Dieu le bénira
pour le bien qu'il va faire.