La petite vérole fait aussi de temps en temps de grands ravages. On ne

peut ici s'empêcher de faire quelques réflexions. L'histoire nous

porte à croire que la petite vérole a passé d'Asie en Europe dans le

temps des croisades, et de celle-ci dans l'Amérique dans le temps que

Ferdinand Cortès conquit le Pérou. Rhazès est un auteur classique sur

cette maladie, et le traitement reçu dans les lieux où il aurait pu

germer des souvenirs de ses leçons est absurde et meurtrier. À quelles

ténèbres le monde se trouve-t-il livré! L'Europe seule est éclairée

sur cet objet, et elle ne l'est complètement que depuis l'époque peu

reculée de l'introduction de l'inoculation, dont l'idée lui est venue

de la Géorgie. Au Brésil, la petite vérole est mortelle pour le plus

grand nombre; dans l'Amérique méridionale, elle fait les plus grands

ravages; en Barbarie et dans le Levant, on a calculé que sur cent

malades il en meurt communément plus de trente. Quand y aura-t-il au

moins une hygiène publique et liée aux constitutions politiques, s'il

n'est pas encore permis d'espérer une thérapeutique ou un corps de

principes et d'axiomes curatifs du même genre?

La cécité est commune en Égypte: elle est l'effet des ophtalmies

répétées, et souvent mal traitées; la trop grande vivacité de la

lumière, le sable brûlant qui voltige dans l'air, et qui se porte aux

yeux, forment dans cette partie délicate et sensible de notre corps un

point d'irritation, et deviennent les bases principales de ces

fréquentes ophtalmies. Quelquefois la maladie est compliquée, et plus

difficile à traiter; quelquefois encore elle est symptomatique de la

gastricité ou de la suppression de la dysenterie; je l'ai vue

quelquefois enfin se soutenir sans autre cause que l'atonie de

l'estomac. Cette maladie attaque également les gens de la ville, de la

campagne, et du désert; elle ne respecte ni âge ni sexe: cependant

elle n'a rien d'extraordinaire. Il faut faire beaucoup d'attention

pour la bien traiter: un préservatif reconnu, c'est de se coucher la

nuit bien couvert, les yeux bandés, et la tête chaude.

Les maux de dents ne sont pas ordinaires: la surdité est presque

inconnue. Une maladie très fréquente est l'asthme, qui tient, à ce que

je pense, à la poussière qu'on avale en respirant, et à l'abus de la

pipe: elle est difficile ou impossible à guérir, et finit toujours

par une mort subite, comme j'ai eu occasion de l'observer bien des

fois.

On voit beaucoup de hernies de toute espèce, singulièrement

ombilicales, qu'on abandonne à la nature. Les Égyptiens vivent

longtemps avec de telles incommodités, sans se montrer trop gênés, et

sans croire qu'il existe des moyens qui pourraient les soulager: quand

on leur en parle, ils répondent _Ma cha Allah_, (la volonté de Dieu),

et les voilà tranquilles et patients!

Quoique le peuple boive l'eau du Nil trouble, sans qu'elle soit

auparavant reposée, il ne connaît point ou peu la gravelle ou la

pierre. Les hydrocèles sont communes.

On ne voit guère les paralysies que dans les extrémités inférieures,

jamais à la suite de l'apoplexie: l'épilepsie est plus fréquente,

singulièrement parmi les femmes, qui sont, comme en Europe, souvent

tourmentées par des convulsions: c'est toujours le diable qu'elles

croient avoir dans le corps. Les prêtres se gardent bien de les

désabuser; la plupart d'entre eux sont assez ignorants pour y ajouter

foi eux-mêmes: ainsi les amulettes et les exorcismes sont les remèdes

les plus recherchés; il y a des sortes de chapelets d'amulettes dont

chaque grain a une vertu spécifique.

La médecine, cette science si difficile, qui demande la réunion de

tant de connaissances, et qui suppose dans ceux qui la pratiquent une

éducation si soignée, n'est en Égypte qu'un empirisme aveugle et

brutal, confié à des barbiers ignorants, et, par conséquent,

présomptueux; tout ce que savent et ce qu'ont retenu ces médecins

bâtards de la science des Avicenne, des Rhazès, des Aly-A'bbas, et de

tant d'autres illustres médecins, se réduit à quelques opérations

chirurgicales, telles que des saignées locales, dont ils abusent

souvent, et presque toutes les fois qu'il faut du discernement pour

les employer. Ils font un grand usage du feu, qu'ils appliquent sur la

tête et sur toutes les parties du corps, souvent avec avantage; ils

emploient aussi avec succès un bouton de feu entre le doigt indicateur

et celui du milieu dans des fièvres, que je crois doubles, tierces et

subcontinues; ce qui rentre dans les méthodes perturbatrices.

Je me suis livré à des réflexions et à des observations qui pourront

paraître et qui sont à la vérité un peu éloignées du titre d'une

topographie particulière placé à la tête de cet écrit; mais j'ai cru

pouvoir et même devoir le faire pour rentrer dans l'esprit et le but

du travail physico-médical sur l'Égypte, recommandé aux médecins de

l'armée d'Orient par la circulaire du médecin en chef, du 25 thermidor

an 6.

ESSAI

_Sur la topographie physique et médicale de Damiette, suivi

d'observations sur les maladies qui ont régné dans cette place,

pendant le premier semestre de l'an VII, par le citoyen SAVARESI,

médecin ordinaire de l'armée._

Damiette est située sur le bord oriental de la branche Phatnitique du

Nil, à deux lieues de la mer, dans une presqu'île, qui est formée par

le fleuve, par la mer, et le lac Menzaléh, qui se trouve à l'est, et à

un quart de lieue de la ville. Elle est plus orientale que le Kaire;

et les chaleurs y sont plus modérées, étant au 31° 25' 53" de latitude

boréale, et au 29° 29' 15" de longitude, méridien de Paris. Un grand

canal baigne ses murs, et un autre partage sa longueur en travers,

laquelle s'étend du nord, où sont les tombeaux, au sud. Son territoire

est couvert de rizières, et arrosé par une infinité de canaux;

conséquemment les fièvres intermittentes y règnent l'automne, comme

dans le Piémont et la Lombardie. Les insectes de toute espèce s'y

multiplient considérablement, surtout les cousins, dont la piqûre

produit une tumeur grosse comme la moitié d'une noisette, semblable à

celle de la fièvre nommée par les nosologistes _pemphigus_. Dans le

Delta, et vis-à-vis Damiette, il y a le village de Sénaniéh, qui est

entouré de marais produits par l'inondation: tout près, il y a des

tombeaux mal bâtis, sur lesquels les chiens vont fouiller, et

déterrent les cadavres. Ces deux inconvénients sont très nuisibles,

parce que les vents occidentaux portent dans la ville les miasmes qui

s'en exhalent, et peuvent être la source de plusieurs maladies. Toutes

les maisons de la ville et des villages environnants ont la surface de

leurs murs enduite de sel marin ou de muriate de soude, et

généralement toutes les plantes sont un peu salées: la raison de cela

est que le terrain contient beaucoup de sel, et en plusieurs endroits

on le voit recouvert de croûtes salines.

Il y a quelques années que l'on appauvrit les eaux de la branche

Phatnitique par l'agrandissement du canal de Ménoùf. Il ne pouvait en

résulter que des malheurs: effectivement, les eaux de la mer

remontèrent jusqu'au village de Farscour, et le terrain de Damiette en

fut inondé. J'attribue à cela cette production abondante de sel, ainsi

qu'aux eaux du lac Menzaléh, qui sont salées, et communiquent avec les

canaux d'eau douce.

Les campagnes de ce pays-ci sont toujours verdoyantes, et la terre ne

se lasse jamais de nourrir les végétaux. La culture du riz attire les

plus grands soins des agriculteurs; on en voit des champs partout: il

faut dire aussi que le riz de Damiette est le plus estimé de l'Égypte,

et qu'il forme le principal objet du commerce de cette ville. On sème

encore du froment, de l'orge, du lin, et du maïs, mais pas en grande

quantité. Les légumes les plus communs, et qui servent de nourriture

ordinaire pour les pauvres, sont les pois chiches et les fèves; les

haricots sont plus rares, et il n'y a que les riches qui en mangent.

Les aubergines, les poivres longs, les concombres, les melons, les

choux, les bettes, les choux-fleurs, la laitue, la roquette, le

pourpier, et autres plantes potagères, se cultivent dans les jardins;

on trouve dans ces mêmes lieux beaucoup d'orangers, de citronniers, de

grenadiers, et de pistachiers, que, suivant Pline, l'empereur

Vitellius transplanta de Syrie en Italie. Le navet, les petites raves,

et la racine de colocasse (_arum colocasia L._) sont des mets

délicieux pour les habitants du pays: cette dernière est un peu aigre,

et quand elle est préparée elle a le goût de la pomme de terre. Il y a

différentes espèces de dattes, et d'une excellente qualité: les cannes

à sucre y sont en abondance; les femmes, et les enfants en font une

grande consommation.

Le lac Menzaléh est d'une étendue immense, et en général il est peu

profond: son eau n'est pas salée dans tous les points; il y a des

endroits dans lesquels elle est potable, et dans d'autres elle est

saumâtre. Pendant l'hiver, lorsque les vents du sud soufflent avec

impétuosité, les eaux coulent dans la mer, découvrant un grand espace

de terre, laissent des marais, et font paraître des islots. Le

territoire de Lesbéh, village à une lieue de Damiette, et à la même

distance de la mer, nous offre toutes ces variations. Ce lac est très

poissonneux, et communique avec la mer par deux embouchures: sur ses

bords on fait la chasse des canards, et de différents oiseaux qui ne

sont pas amphibies.

La formation du sol des environs de Lesbéh mérite l'attention des

géologistes. J'ai réitéré souvent mes recherches sur cet objet, et le

résultat en a été toujours le même: ayant remué la terre, et ensuite

fouillé jusqu'à trois pieds de profondeur, j'ai observé constamment

qu'elle était composée de trois stratifications de différentes

substances terreuses, c'est-à-dire une de petites pierres ponces, que

les Italiens appellent _lapillo_, la seconde de coquillages, et la

troisième de sable, dans lequel on trouve des pétrifications de

crustacés, et de poissons. J'ai ramassé encore des productions

volcaniques, des morceaux de quartz de spath, et de feldspath, et des

scories naturelles qui ressemblent à celles des anciennes éruptions

du Vésuve, et de l'Etna. Je suis persuadé que ce pays-ci a été

volcanisé, comme tous les autres, et que ces observations répétées par

un habile lithologiste peuvent détruire les conjectures de certains

physiciens, et éclaircir la théorie de la création des terres de la

basse Égypte, et surtout de celles qui existent entre Lesbéh et la

mer.

Les principaux vents qui dominent ici sont ceux du nord, de l'ouest,

et du sud. Les vents septentrionaux, que les anciens ont appelés

_etesii_, ont fini de souffler vers la moitié de vendémiaire an 7, et

ont repris vers la fin de ventôse. Les vents méridionaux ont remplacé

les premiers, et ont duré jusqu'à pluviôse; en outre, ils ont soufflé

alternativement avec le vent d'ouest. Les dauphins, nommés _derphin_

par les Arabes, [Greek: delphis] ou [Greek: delphin] par les Grecs,

sautent sur le Nil; et viennent jusqu'à Damiette en poursuivant les

poissons de mer qui s'introduisent dans la rivière quand le vent

manque, ou que le vent du nord est léger. Les sycomores, qui sont les

arbres les plus gros de l'Égypte, et qui résistent fortement aux

vents, sont tous courbés vers le midi. Quelquefois les vents du sud

éclipsent le jour, emmènent le brouillard, ou remplissent l'atmosphère

de poussière, et produisent des ouragans qui durent quatre ou cinq

minutes. Comme les maladies changent selon les vents, les observations

météorologiques sont très nécessaires pour les médecins.

Il y a fort peu de plantes usuelles. On trouve abondamment de la

chicorée sauvage dans les champs de trèfle, et la _cochlearia

armoracia, L._ Les environs de Lesbéh sont riches en _salsosa kali_ et

_soda, L._; en conséquence on pourrait y établir facilement une

fabrique d'alkalis fixes. Les autres plantes les plus communes sont le

_cyperus papyrus, L._, le _solanum nigrum, L._, le _tamarix gallica

L._, le _nymphæa lotus, L._, et le _cærulea_ de Savigni, la _rubia

tinctorum, L._, le _hyoscyamus albus, L._, le _ricin uscommunis, L._,

la _malva ægyptiaca, L._, dont on mange le fruit, quelques _lythrum_,

quelques _rhamnus_, et trois espèces de _mimosa_, savoir,

l'_odoratissima_, la _nilotica_, et la _lebbeck, L._: il y a de la

casse aussi, mais elle n'est pas de la meilleure qualité.

On sale à Damiette une quantité immense de poissons, ce qui forme un

grand objet de commerce: les habitants en mangent beaucoup; et il

paraît qu'ils aiment les aliments salés, car leur fromage est

tellement rempli de sel, que les Européens ne peuvent pas en goûter.

Les empiriques du pays croient que les oeufs sont nuisibles, et ils

défendent à leurs malades d'en manger; cependant j'ai observé qu'ils

sont bons, et qu'ils ne causent aucun mal ni à nos malades, ni aux

hommes bien portants. Les pigeons et les poulets sont plus petits que

ceux d'Europe; ils ne sont pas si exquis, et relâchent le corps

facilement. Le beurre est excellent, mais il a la même propriété

laxative.

La ville est très sale: presque tous les habitants se plaisent à vivre

dans le fumier, et dans les ordures. Les enfants restent

continuellement dans la boue ou dans la poussière, et on les nourrit

avec des choses indigestes; je crois que c'est pour cela qu'ils sont

obstrués et emphysémateux. En général, les vieillards périssent de

dysenterie; les hommes dans leur virilité sont affectés d'hydrocèle ou

de hernies, et les jeunes ont les jambes variqueuses ou ulcérées; les

femmes, à l'âge de trente ans, sont vieilles, asthmatiques, et ont

quelquefois les articulations ankylosées. On compte une infinité

d'aveugles, de borgnes, et d'estropiés: après cela on peut dire avec

raison que dans ce pays-ci l'espèce humaine est presque déformée.

La boisson chérie de ces Musulmans dans leur état de santé est une

décoction de réglisse et de caroube. Les principaux remèdes qu'ils

emploient pour guérir les maladies sont le fer et le feu, et ils ne

prennent rien intérieurement. Dans les ophtalmies ils font usage d'un

collyre tonique, composé avec parties égales de noix de galle et

d'antimoine, pulvérisées et mêlées avec du vinaigre: cela forme une

espèce d'encre que l'on applique sur les paupières; ce remède n'est

pas mauvais pour cette maladie des yeux, et on en fait un grand

secret. Ils font un autre collyre avec parties égales de chisméh en

poudre, de sucre candi, et d'alun ou sulfate d'alumine; on mêle le

tout avec du vinaigre. Le chisméh est une petite semence noire qui

vient du royaume de Dar-Four.

Quant à leur médecine vétérinaire, elle paraît assez raisonnable, et a

opéré beaucoup de guérisons surprenantes; j'ai observé seulement

qu'ils traitent la gale des chameaux avec un onguent qui consiste dans

un mélange de soufre sublimé et d'huile d'olive.

Tout le monde parle de la force des Égyptiens, mais je crois que l'on

exagère sur cet article: ceux d'entre eux que je ne puis cesser

d'admirer sont les psylles ou éducateurs de serpents, qui ont l'art de

les faire sortir de leurs nids, de les prendre, et de les élever.

J'arrivai à Damiette vers la fin de fructidor an 6. Les maladies que

je trouvai dans l'hôpital militaire de cette place, du service duquel

j'ai été chargé pendant six mois, appartenaient alors à quatre

différents genres nosologiques; savoir, la diarrhée, la dysenterie,

l'ophtalmie, et la fièvre tierce.

Tous les Français en général étaient incommodés par la diarrhée, qui

était bilieuse ou lientérique. La dysenterie était moins répandue, et

il y en avait trois espèces bien caractérisées: savoir, la dysenterie

accompagnée de vers; la dysenterie muqueuse ou sans déjections

sanguinolentes, appelée _dyssenteria alba_ par Willis, Sydenham, et

Morgagni; enfin la dysenterie compliquée avec la fièvre tierce.

L'ophtalmie était la maladie la plus commune: je m'en suis occupé dans

un écrit particulier et c'est ce qui m'engage à ne pas m'étendre plus

au long sur cet objet.

La fièvre intermittente existait sous trois types différents, tierce,

double tierce, et tierce soporeuse, nommée par Werlhof, dans son

savant et beau traité des Fièvres, _tertiana carotica_: il y en avait

aussi qui ressemblaient aux fièvres tierces dont parle Torti.

Ces maladies ont régné seules pendant deux mois consécutifs. Aussitôt

que les vent du nord ont cessé tout à fait de souffler, il s'est

manifesté une fièvre épidémique et contagieuse qui faisait des progrès

avec une grande rapidité: ses premiers développements ont paru en

vendémiaire et brumaire, toutes les fois que les vents du sud

troublaient l'atmosphère, et apportaient de la pluie ou du brouillard

fétide. À la fin de frimaire, elle a éclaté avec violence, et a duré

sans diminution jusqu'au commencement de pluviôse: dans le courant de

ce mois elle a perdu un peu de sa force, et est devenue plus

compliquée en ventôse, lorsque les vents du sud changèrent et furent

remplacés par les vents de l'est. J'ai observé constamment que le mal

empirait quand l'atmosphère était chaude et humide, et qu'il diminuait

quand la température était fraîche. Ce qui prédisposait les hommes à

prendre la maladie facilement, c'étaient les excès en tout genre, la

transpiration supprimée, la malpropreté du corps, les habits légers,

la peur de mourir, les extrémités inférieures nues, la mauvaise

nourriture, les logements humides, sales, ou exposés au midi, et l'eau

qui n'était pas purifiée. Les habitants les plus vieux du pays, Coptes

ou Musulmans, m'ont assuré que cette épidémie venait tous les ans,

durait depuis l'automne jusqu'aux premières chaleurs de l'été, et

faisait de grands ravages sur la côte maritime de l'Égypte baignée par

la Méditerranée; ils m'ont dit aussi que pour s'en préserver il

fallait s'habiller pesamment pour suer beaucoup, se laver souvent la

tête avec l'eau froide, et garder un régime exact. D'après cela, on

voit clairement que la maladie est endémique, et qu'elle est causée

par les vents du sud, la pluie, l'humidité, le changement subit des

vents, et le brouillard. Les jeunes gens, les tempéraments sanguins,

nerveux, irritables, et les Français natifs des régions

septentrionales étaient plus susceptibles d'en être attaqués que les

hommes âgés, ou doués d'un tempérament bilieux, pituiteux,

mélancolique, et les originaires du midi de la France. Cette fièvre

endémique est constituée par les symptômes suivants.

La perte de l'appétit et une langueur générale dans tout le corps

précèdent la maladie: le premier jour de l'invasion, la fièvre paraît

très simple; elle se déclare avec une petite douleur de tête ou une

envie de vomir; on observe la langue rouge, le corps ardent, la peau

sèche, et le pouls dur et fréquent; le second ou troisième jour, les

glandes inguinales s'engorgent avec une douleur considérable, et

généralement tout le système lymphatique se trouve affecté; au

quatrième, il y a toujours rémission ou un peu d'apyrexie; et si le

malade ne guérit pas vers le cinquième, il faut douter de sa vie.

Quelquefois la fièvre a une période plus longue, accompagnée avec

l'éruption des miliaires ou de pétéchies; alors la mort est

immanquable, et arrive le septième jour. Souvent la maladie ne suit

pas le cours que je viens de décrire, et tue les hommes en

vingt-quatre ou trente-six heures. Dans les premiers jours, le malade

est inquiet, nostalgique; et vers les derniers il est plongé dans un

état comateux ou d'assoupissement. L'assemblage de tous ces symptômes

m'a fait caractériser cette fièvre pour un _synochus lymphaticus

miliaris_ ou _petechialis_. En pluviôse et ventôse, elle est devenue

un parfait _typhus_, et s'est compliquée avec un vomissement de

matières noires et verdâtres, avec une diarrhée colliquative, et le

délire.

Les anthrax ont accompagné rarement la maladie; il y en a eu seulement

deux cas, et tous les deux mortels, qui se sont terminés par la

gangrène. Le bubon se formait ordinairement aux aines, aux aisselles,

aux parotides, et aux bras: il grossissait après la crise avec une

inflammation des parties musculaires, conservait une dureté

squirreuse, et se terminait au bout d'un mois ou quarante jours par la

suppuration. Lorsque l'engorgement n'avait pas lieu, la maladie était

toujours mortelle. Ayant considéré que cette fièvre avait différents

types, j'en ai établi quatre degrés caractéristiques; savoir, 1°.

pyrexie sans apparence de symptômes ordinaires, durant vingt-quatre ou

trente-six heures, et finissant toujours avec la mort (_synochus_);

2°. pyrexie avec les symptômes manifestes, durant cinq jours,

dangereuse (_synochus lymphaticus_); 3°. pyrexie avec les mêmes

symptômes, pétéchiale ou miliaire, durant sept jours, très dangereuse

(_syn. lymph. petechialis aut miliaris_); 4°. pyrexie avec

vomissement, délire, diarrhée, durant trois jours, et finissant avec

la mort (_typhus gravior_). Le plus grand nombre des malades étaient

dans le cas du second degré.

Les cadavres en général avaient des taches livides sur le corps,

particulièrement aux reins, à la figure, et aux parties génitales; il

y en avait plusieurs parfaitement gangrenés, et d'autres sans signes

extérieurs: j'ai ouvert trois de ces derniers, et j'ai remarqué que

les parois des intestins et de l'estomac étaient couvertes d'un mucus

jaunâtre; les glandes conglobées étaient très dures, et avaient bien

diminué de leur volume.

Les remèdes qui ont le mieux réussi pour la guérison de cette maladie

ont été les laxatifs, les diaphorétiques, et les antiseptiques. Je

commençais le traitement par prescrire les purgatifs; ensuite on

continuait avec les potions sudorifiques camphrées, les tisanes

sudorifiques nitrées, et des lavements jusqu'à ce que la fièvre

passât: cette terminaison avait lieu par les sueurs, et les selles

abondantes; après cela, il restait à faire disparaître le bubon, et on

l'obtenait par la voie des émollients: j'ai tenté de le résoudre, mais

il ne m'a jamais été possible. Il est utile de faire connaître que les

émétiques, les saignées, et les vésicatoires, qui paraissaient être

indiqués, n'ont jamais répondu à mon attente. Je n'ai pas voulu

ordonner l'emploi du fer et du feu pour extirper le bubon, parce que

l'observation m'a appris que ces remèdes locaux n'agissaient pas d'une

manière avantageuse.

Je dois observer que la partie thérapeutique de ces observations qui

est très peu étendue ne se ressent que trop des circonstances au

milieu desquelles je me trouvais, et où tout ne concourait pas à

assurer mes succès. Ainsi il est possible que des moyens d'exécution

énergiques et prompts qui m'ont manqué, aient influé sur le jugement,

que j'ai particulièrement porté sur les révulsifs les plus puissants.

DESCRIPTION et TRAITEMENT

_De l'ophtalmie d'Égypte, par le citoyen SAVARESI, médecin ordinaire

de l'armée d'Orient._[2]

[Note 2: Cet article est la traduction d'un opuscule italien

intitulé: _Descrizione dell' oftalmia di Egitto, coll metodo

curativo della medesima_; imprimé au Kaire l'an VIII.]

HISTOIRE PATHOLOGIQUE DE L'OPHTALMIE.

L'ophtalmie vient frapper au milieu de l'état de santé le plus

parfait; il est donc difficile de la prévenir, et elle est

généralement locale: mais lorsqu'elle vient à prendre un mauvais

caractère, le pouls est agité, et on peut la considérer comme une

inflammation interne. Ses progrès sont rapides et sa terminaison est

longue; si elle ne se termine pas en sept à huit jours, elle dure

souvent un ou deux mois. J'ai attentivement observé dans le cours de

cette maladie que l'oeil gauche est plus affecté que le droit, et la

gravité du mal paraît périodique. La diarrhée, la dysenterie, ou les

fièvres tierces, surviennent quelquefois, et effacent jusqu'aux

moindres traces de l'ophtalmie. La terminaison, quand la guérison ne

s'annonce pas, est suivie de l'amaurosis, de l'obscurcissement de la

vue, ou de la perte entière de l'oeil, après avoir lutté contre les

remèdes les plus forts et les plus actifs.

_Des causes de l'Ophtalmie._

Je crois l'ophtalmie d'Égypte endémique; et voici les raisons sur

lesquelles je fonde cette opinion.

Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 2 · 第 4 / 9 段