Je ne terminerai point ces observations, que j'ai rédigées pour me

conformer en même temps aux règlements des hôpitaux militaires, et aux

ordres particuliers du médecin en chef de l'armée, sans rappeler à

ceux qui sont placés à peu près dans les mêmes circonstances que moi

que j'ai tiré le plus grand parti de la lecture et de la méditation

des ouvrages de Sydenham, de Pringle, et de Zimmermann, et que si j'ai

eu la consolation d'obtenir quelques succès, c'est principalement aux

savantes leçons de ces grands médecins que je les dois.

NOTICE

_Sur l'emploi de l'huile dans la peste._

PAR LE CITOYEN DESGENETTES.

Une suite d'observations et de raisonnements avait porté M. George

Baldwin, consul général d'Angleterre à Alexandrie, à croire que les

frictions faites avec de l'huile d'olive tiède sur le corps des

pestiférés étaient un préservatif et un moyen efficace de guérison.

Pour s'en assurer davantage il fit part de son opinion au P. Louis de

Pavie, directeur depuis vingt-sept ans de l'hôpital de Smyrne, en le

priant de faire l'épreuve de ce remède: ce religieux a observé que de

tous les moyens employés sous ses yeux contre la peste, celui-ci était

le plus avantageux.

Il est résulté des essais faits sur ce remède une suite de préceptes

sur la manière de l'administrer, et le régime qu'il convient

d'observer pendant ce temps. La publication de cette méthode est due à

un philanthrope célèbre de l'Allemagne, M. le comte Léopold de

Berchtold.

Il ne suffit pas d'oindre le corps entier avec de l'huile, il faut

encore le frotter fortement; et c'est ce qui a fait préférer la

dénomination de friction à celle d'onction.

La friction doit se faire avec une éponge propre, et assez vite pour

ne pas durer plus de trois minutes; elle doit être faite une fois

seulement, le jour où la maladie se déclare.

Si les sueurs ne sont pas abondantes, il faut recommencer la friction

jusqu'à ce que le malade soit dans un état tel qu'il nage, pour ainsi

dire, dans les sueurs, et alors on ne doit le changer de chemise et de

lit que lorsque la transpiration a cessé. Cette opération doit se

faire dans une chambre bien fermée, et dans laquelle on doit tenir un

brasier de feu sur lequel on jette de temps à autre du sucre ou des

baies de genièvre.

On ne peut déterminer le temps qui doit s'écouler d'une friction à

l'autre parce que l'on ne peut commencer la seconde friction que

lorsque les sueurs ont entièrement cessé; et cette circonstance tient

à la constitution particulière du malade. Avant de répéter la friction

avec de l'huile il faut essuyer avec un morceau d'étoffe chaude la

sueur qui couvre le malade. Ces frictions peuvent être continuées

plusieurs jours de suite, jusqu'à ce que l'on aperçoive un changement

favorable, et alors on frotte plus légèrement. Il est difficile de

fixer précisément la quantité d'huile nécessaire pour chaque friction;

mais une livre par chaque fois suffit certainement. L'huile la plus

fraîche et la plus pure est préférable; il faut qu'elle soit plus

tiède que chaude. La poitrine et les parties sexuelles doivent être

légèrement frottées: les parties qui ne sont pas frottées doivent être

soigneusement couvertes, pour éviter le froid. S'il y a des tumeurs ou

des bubons, il faut les oindre avec légèreté, jusqu'à ce qu'ils soient

disposés à recevoir les cataplasmes émollients qui doivent en procurer

la suppuration.

Celui qui fera les frictions doit auparavant s'oindre le corps

d'huile; il est inutile qu'il se frotte, et il est indifférent qu'il

s'oigne plus ou moins promptement; et il est d'ailleurs prudent qu'il

prenne les précautions reçues pour les vêtements de toile cirée, les

chaussures de bois, etc., qu'il évite le souffle des malades, et

surtout qu'il conserve beaucoup de courage et de sang-froid.

On ne peut trop recommander de ne pas différer les frictions dès que

la maladie se prononce. On facilite les sueurs avec beaucoup de succès

en donnant une infusion de fleurs de sureau sans admission de sucre.

Quant au régime, on donne pendant les quatre à cinq premiers jours une

soupe de vermicelli bien cuit à l'eau seulement et sans sel; dans la

suite on ajoute six à sept fois le jour une petite cuillerée de

confiture de cerises faites avec le sucre, car on craint que le miel

ne favorise la diarrhée.

Lorsque l'on a l'espoir de la guérison, c'est-à-dire lorsqu'au bout de

cinq à six jours la santé est meilleure, on peut donner le matin une

tasse de bon café moka, avec un biscuit fait au sucre, et on augmente

les biscuits à mesure que les forces renaissent.

Le dîner et le souper des malades doivent consister, pendant quinze ou

vingt jours, en riz, un vermicelli cuit simplement à l'eau, un peu de

pain, des raisins secs, et des confitures de cerises, plus abondamment

que par le passé; ensuite on augmente la dose du pain, qui doit être

le meilleur possible. On donne des soupes de petites courges en été,

et d'herbes potagères l'hiver, sans autre assaisonnement qu'un peu

d'huile d'amandes douces. Dans le courant du jour, suivant l'état du

convalescent, on lui donne une orange ou une poire bien mûre ou cuite,

ou bien quelques biscuits, de manière qu'en digérant facilement les

aliments il lui reste encore de l'appétit. Au bout de trente, et même

trente-cinq jours, on donne le matin et le soir une soupe faite avec

du bouillon de poulet ou de collet de mouton, et on ne permet l'usage

de la viande qu'au bout de quarante jours, pour éviter les

indigestions, qui sont dangereuses et souvent accompagnées de

récidives de bubons.

Passé quarante jours, on permet le veau rôti ou bouilli, le vin pris

modérément, et on prescrit d'éviter tout ce qui est de difficile

digestion.

Voici maintenant quelques preuves réunies sur l'efficacité de l'huile.

Dans une année où la peste enleva dans la haute et basse Égypte un

million d'hommes, il n'y eut pas d'exemple qu'un porteur d'huile fût

attaqué de cette maladie: on a observé la même chose à Tunis, et c'est

ce qui a suggéré la première idée d'employer l'huile comme préservatif

et comme remède.

En 1793, vingt-deux matelots vénitiens habitèrent, pendant vingt-cinq

jours entiers, une pièce humide au rez-de-chaussée avec trois

pestiférés qui moururent; l'onction faite avec l'huile sauva tous les

autres.

Dans la même années trois familles d'Arméniens, l'une de treize

personnes, l'autre de onze, la troisième de neuf, se servirent du même

moyen, traitèrent leurs parents pestiférés, et ne contractèrent pas la

contagion, quoiqu'ils couchassent sur les mêmes lits, et qu'ils

tinssent pour ainsi dire continuellement ces malheureux entre leurs

bras.

En 1794 une pauvre femme resta enfermée dans la même chambre de treize

pestiférés; elle leur donna des soins, et, par le moyen des onctions,

elle se garantit de la contagion.

Une famille de Ragusais eut la même année deux pestiférés; elle se

plongea, pour ainsi dire, dans l'huile, et fut exempte de tout mal.

Enfin c'est aujourd'hui un usage approuvé et généralement suivi à

Smyrne.

On trouve encore à la suite de ces observations quelques avis qui

portent particulièrement sur la nécessité d'administrer promptement

aux pestiférés les frictions: cinq à six jours de retard rendent ce

moyen tout à fait inutile.

La diarrhée est regardée comme un symptôme mortel; il ne faut

cependant pas pour cela abandonner les frictions; quatre malades

arrivés à ce point funeste ont été guéris.

L'hôpital de Smyrne a reçu en cinq ans deux cent cinquante

pestiférés; et l'on peut dire que tous ceux qui ont été dociles au

traitement, ou l'ont reçu à temps, sont guéris.

Le nombre de ceux qui ont été préservés de la peste par les onctions,

quand ils n'ont pas fait d'excès, est immense.

L'opuscule dont nous rendons compte est terminé par les attestations

favorables des consuls de l'empire, et d'Angleterre à Smyrne, et

l'énumération des autorités publiques et de plusieurs hommes

recommandables, qui ont cherché à étendre cette méthode dans tous les

pays qui peuvent y prendre intérêt.

Nous n'avons rien oublié d'essentiel; nous nous sommes contentés

d'écarter toute théorie, pour ne présenter que des faits nombreux,

déjà garantis par de nombreux témoignages, et que nous soumettons de

nouveau à l'expérience.

* * * * *

(Cette notice a été répandue dans l'armée, signée seulement des

initiales R. D. G.)

EXTRAIT

_Des observations du citoyen CÉRÉSOLE, médecin ordinaire de l'armée,

dans un voyage, sur la rive occidentale du Nil, du Kaire à Syouth._

L'habitant du Saïd a le teint bronzé ou brun, les traits du visage

bien prononcés, les yeux noirs, petits, enfoncés, la prunelle

rétrécie, le regard fier; les muscles bien prononcés, dessinent

fortement les extrémités. Les traits de la femme sont plus adoucis,

les formes plus arrondies; mais elle n'a ni cet éclat de beauté, ni la

grâce européenne; un sein flasque et allongé, un ventre proéminent,

gâtent de bonne heure ce que leur taille pourrait avoir d'avantageux;

leurs yeux cependant sont expressifs, et leurs dents très blanches. À

mesure que l'on avance vers Syouth on découvre, dans la forme du nez

et des lèvres, la trace des liaisons contractées avec les habitants de

l'intérieur de l'Afrique.

Les tempéraments diffèrent selon l'âge et le sexe: les enfants sont en

général pituiteux, et par conséquent faibles, tandis que les adultes

de l'un et l'autre sexe, les hommes surtout sont sanguins et robustes.

Les facultés intellectuelles répondent à la souplesse et à l'activité

des organes; elles sont encore évidemment modifiées, ainsi que les

forces physiques, par la vie plus ou moins oisive, par les habitudes,

le voisinage ou l'éloignement du Nil, l'air plus ou moins pur qu'on

respire, enseveli avec les bestiaux dans les étables, ou errant en

liberté dans les campagnes.

On trouve ici la sobriété même au sein de l'abondance; les gens aisés

couvrent leur table de bon pain, de viandes, de poissons, d'oeufs, et

de légumes: les pauvres mangent des bouillies de farine du maïs, ou

des légumes. Le terme de la vie paraît être à peu près le même chez

les uns et les autres, quoiqu'ils mènent une vie bien différente: les

hommes commencent à perdre leurs forces vers cinquante ans, et sont

très vieux à soixante, à quelques exceptions près; les femmes

vieillissent, comme partout, beaucoup plus tôt.

La menstruation et la fécondité commencent de dix à douze ans, et

elles se terminent de trente-cinq à quarante, et jusqu'à quarante-cinq

ans. Les garçons de douze à quinze ans sont déjà très lascifs; ils

s'excitent même par des stimulants, et trouvent assez aisément dans la

complaisance de l'autre sexe de quoi satisfaire leurs besoins. C'est

peut-être pour cela que la masturbation, qui fait parmi nous tant de

ravages, leur paraît peu familière.

L'eau du Nil simple, clarifiée ou filtrée, est la boissons ordinaire;

mais les Égyptiens ne boivent pas toujours lorsqu'ils en éprouvent

l'envie; ils préfèrent de passer de l'eau dans leur bouche à plusieurs

reprises sans l'avaler: ils prétendent que cette eau, si salutaire

quand elle est prise avec modération, devient nuisible lorsqu'on en

boit excessivement, qu'elle cause des sueurs ou des urines trop

abondantes, qu'elle donne des cours de ventre, et affaiblit

considérablement. Ils font leurs délices de leurs sorbets, de l'eau de

réglisse, des pilules de chanvre, et de quelques confitures qui ne

trouveraient pas chez nous le même accueil.

Les enfants des deux sexes sont communément nus, de dix à douze ans,

dans les campagnes de Minyéh et de Syouth, et l'on s'aperçoit que,

dans les uns et les autres, les organes de la génération sont bien

développés; un habillement léger, de laine ou de coton, recouvre

ensuite leur peau endurcie et basanée: ils conservent d'ailleurs dans

leurs vêtements et leurs turbans les formes reçues dans la basse

Égypte.

Les hommes logent pêle-mêle, au rez-de-chaussée, avec les animaux

domestiques, et couchent seulement sur des nattes, quelquefois même

sur la terre, enveloppés dans leurs vêtements.

Le premier et seul étage, ou, pour mieux s'expliquer, le haut de leurs

habitations, est consacré aux pigeons et aux tourterelles, qui

abondent dans le Saïd.

Dans les villes il y a quelques maisons bien bâties; les riches ont

des harems, et se procurent les autres agréments de la vie: les

marchés sont remplis de boutiques étroites et obscures. En jetant les

yeux sur les outils et les travaux des artisans on les trouve

imparfaits et grossiers, quoique ceux qui s'en servent ou les

exécutent ne manquent pas d'adresse.

Les enfants dont les parents sont aisés apprennent à lire: les

négociants cophtes savent les premières opérations de l'arithmétique;

et ces connaissances bornées leur donnent toute leur influence.

Il y a des almées qui courent les rues accompagnées de musiciens.

On voit aussi beaucoup de santons, qui inspirent au peuple une grande

vénération.

Les cultivateurs, beaucoup plus respectables, et surtout plus utiles

que ces mystiques contemplatifs, sèment, labourent, arrosent les

plaines sablonneuses avec les eaux du Nil. La végétation y est belle

et rapide, et elle a de l'analogie avec la manière d'être des animaux.

Les vices des peuples policés sont répandus dans le Saïd; ils y sont

exaltés de manière à faire ressortir les maux que sèment partout et

l'ignorance et l'esclavage.

Il y a des femmes publiques qui arrêtent les passants aux portes de

Syouth; et on y connaît ce genre honteux de prostitution qui contrarie

le but de la nature et les admirables lois de la reproduction des

êtres.

Malgré la résignation au destin, qui fait regarder les maladies comme

un inévitable châtiment, les vieillards, et surtout les vieilles

femmes, distribuent des amulettes et des talismans pour tous les maux,

et surtout pour écarter la magie et les magiciens, qui, selon leur

opinion, causent tout ce qui n'est pas bien dans l'univers.

Leur médecine, si l'on peut appeler de ce nom un empirisme brut et

sans raisonnement, est composée d'une suite d'observations peu exactes

et sans aucune liaison entre elles. Les malades sont exposés dans les

rues, ou à la porte des mosquées; ils y étalent surtout le spectacle

dégoûtant et affligeant des maladies qui attaquent le système

absorbant et la peau, et forme cette classe nombreuse que les auteurs

de nosologie appellent cachexies. Soit que les maladies soient

invétérées, soit qu'elles soient aiguës ou récentes, on manifeste à

peu près la même indifférence sur leur terminaison.

Cependant les médecins étrangers inspirent aux habitants du Saïd

beaucoup de confiance; ils leur exposent volontiers leurs maux. C'est

ainsi que l'on apprend d'eux que, pour chasser les vers, on donne aux

enfants une décoction de graine de ricin; et pour calmer les

convulsions, une boisson d'huile de lin; que les nourrices (et ce fait

est intéressant) boivent souvent elles-mêmes le médicament qui doit

agir sur leurs nourrissons; que la consomption survient assez

communément à la suite des obstructions du bas-ventre; que la petite

vérole est dangereuse, et laisse beaucoup de faiblesse d'yeux et des

cécités. Le traitement de cette dernière maladie est diamétralement

opposé à ce que l'expérience nous a enseigné de salutaire; on enferme

soigneusement les malades, on les accable de couvertures, et on les

tient à un régime très échauffant. Puissent les habitants de ces

contrées adopter un jour la méthode plus naturelle qui a tellement

adouci dans l'Europe ce fléau naguère si redouté!

Les vices de conformation sont rares; peut-être cela tient-il à la

liberté dans laquelle on élève les enfants qu'on n'entoure jamais

d'aucuns liens.

À Minyéh je fus consulté pour une fille de quinze ans, chlorotique. Sa

mère et de vieilles femmes avaient mis vainement en usage, pour faire

paraître les règles, l'irritation mécanique, quelques drogues, et des

amulettes: je leur conseillai de l'eau chalibée; mais la répugnance

qu'ils témoignent quelquefois pour les médicaments tirés du règne

minéral, détournèrent la famille de l'employer.

J'eus presque toujours pour compagnon et pour aide dans mes recherches

un vieil empirique de Syouth, borgne et bavard, qui se vantait aux

yeux des siens de posséder des secrets merveilleux contre tous les

maux, qu'il dit avoir puisés dans le Coran, où ils ne sont

certainement pas, ou dans les inspirations du prophète, avec lequel il

est aussi fort douteux qu'il ait des relations.

La grossesse est accompagnée d'envie de vomir, et de désirs assez

déréglés. Les femmes avortent facilement l'été; elles souffrent plus

dans les dernières que dans les premières couches; elles souffriraient

plutôt la mort que de se laisser assister dans leurs couches par un

homme.

Si peu de temps après leur mariage les jeunes femmes ne sont pas

enceintes, elles implorent l'assistance des vieilles, qui leur

frottent l'intérieur des parties sexuelles qui peuvent être facilement

atteintes avec des liniments; elles leur donnent des poudres, dont

nous ne connaissons pas plus la nature, que la vertu des enchantements

qu'elles mettent aussi en usage. La stérilité est flétrie d'opprobre

dans la loi de Mahomet.

Dans les accidents hystériques des femmes on leur fait sentir la

fiente des chameaux, ou l'on en forme un cataplasme avec le lait

aigri, que l'on met sur les tempes, le creux de l'estomac, ou le

bas-ventre. Les femmes portent souvent au tombeau des chutes de vagin

et du rectum.

Dans la plupart des maladies internes les habitants du Saïd se

tiennent en repos, et se mettent à une diète végétale assez

scrupuleuse. Ils connaissent la faculté purgative de l'aloès, de la

casse, et des tamarins; mais ils ne savent pas le temps où il faut

administrer ces médicaments. Quelques uns mangent des tranches de

coing saupoudrées de poivre, pour arrêter le cours de ventre; d'autres

boivent du suc de citron pur. Les cachexies sont réputées incurables.

On couvre les cancers avec de la chaux en poudre. On applique des

animaux récemment tués et ouverts, sur la tête, le côté, et d'autres

parties, dans les douleurs récentes: les frictions, les bains chauds

et froids, sont fort en usage.

Dans les maladies des yeux, plusieurs se font raser la tête, et la

frottent ensuite avec du vinaigre; d'autres se colorent les paupières,

et appliquent sur la conjonctive un enduit noirâtre. On fait des

scarifications aux angles des yeux, on jette sur le globe de l'oeil

des poudres; mais l'eau simple, ou comme véhicule de quelque

médicament, est rejetée: on regarde tous les topiques liquides comme

dangereux.

Souvent on pratique la saignée avec une flamme semblable à celle des

maréchaux: on adapte à la surface de la peau la base d'un cône formé

par une corne de jeune taureau, percée également au sommet. En opérant

un mouvement de succion on produit l'effet des ventouses, et on

scarifie plus aisément les parties.

Le lait et le miel sont employés dans les maladies de poitrine. Le

tabac et le café sont regardés comme des apéritifs qui facilitent la

digestion.

J'ai vu un grand nombre de hernies de toutes les formes, et d'un

volume considérable, sans qu'on ait jamais songé à les contenir ou à

les soutenir.

J'administrai à Syouth, à un jeune homme, un vomitif indiqué. Pendant

son action l'alarme s'empara de tous les siens: on le croyait

empoisonné; mais le soulagement qui en fut la suite les réconcilia

avec ce moyen.

Dans les plaies d'armes à feu, on fait couler dans la blessure de

l'huile ou du beurre fondu; on applique ensuite sur les lèvres

quelques portions de chair récente d'un animal, qu'on a soin de

renouveler; on recouvre le tout de la peau d'un jeune animal, et on

abandonne le mal au repos et aux ressources de la nature.

On essaie de remettre les luxations, en employant des distensions très

violentes.

On abandonne à leur progrès les maladies vénériennes, la lèpre et

l'éléphantiasis.

Je n'ai pu réunir sur la peste les connaissances que j'aurais désiré

acquérir; cependant, d'après un grand nombre de relations, j'ai cru

pouvoir conclure que le mot peste, ou _koubéh_ en arabe, est une

dénomination générique appliquée aux maladies aiguës et très malignes.

On assure dans le Saïd que cette maladie y a toujours été apportée de

la basse Égypte.

La résignation des Musulmans au destin les a empêchés de se prémunir

contre ce cruel fléau. Les dogmes des anciens Égyptiens, qui voulaient

que la vie ne fût qu'un passage à une longue existence future, un

sommeil qui menait à un éternel réveil, paraissent s'être conservés

chez leurs descendants; et l'on en est presque convaincu, lorsque,

comparant les maisons et les tombeaux, on voit les morts constamment

mieux logés que les vivants.

NOTES

_Sur les maladies qui ont régné en frimaire an 7, recueillies dans

l'hôpital militaire du vieux Kaire; par le citoyen BARBÈS, médecin

ordinaire de l'armée d'Orient._

AU VIEUX KAIRE, LE 3 NIVÔSE AN VII.

Durant les deux premières décades de frimaire, même température dans

la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits que pendant le mois de

brumaire. Nous avons eu occasion de vérifier, jusqu'à un certain

point, l'observation faite avant nous que dans le mois de novembre et

le commencement de décembre on se brûle en Égypte le jour, tandis

qu'on s'y gèle la nuit: c'est après dix heures du matin jusqu'à deux

heures après midi que le soleil est réellement chaud, et le

refroidissement se fait sentir à une heure après minuit. Alors ceux

qui bivouaquent sont éveillés; ils se trouvent contraints de prendre

tous les moyens possibles pour se réchauffer: on dirait que de tous

côtés on s'est donné le mot pour recueillir des combustibles, et faire

des feux.

Peu à peu se forme un brouillard épais qu'on ne reconnaît qu'avec le

jour, qui procure un froid humide et pénétrant, et qui n'est

entièrement dissipé que deux heures après le lever du soleil.

Cependant, avant de parvenir à la fin du mois, nous avons eu quelques

jours un peu nébuleux; le brouillard s'est dissipé plus tard, et

l'humidité froide de la nuit s'est prolongée dans la matinée.

Nous en avons eu d'autres où quoique le brouillard fût à peine

sensible, le froid ne l'était pas moins; ils étaient le prélude du

changement de température qui a eu lieu la dernière décade du même

mois.

En effet, le vent du nord soufflait avec assez de constance, l'ardeur

du soleil diminuait progressivement, et l'humidité froide des nuits

prenait de plus en plus de l'empire.

Le 27, le vent sud-ouest amena quelques gouttes de pluie durant

plusieurs minutes.

C'était le même vent qui élevait des nuages de poussière le 30.

Nous manquions de tous les instruments de physique, et néanmoins nous

nous donnions bien de garde de nous livrer au découragement dans le

cours de nos observations journalières sur les qualités sensibles de

l'atmosphère, sachant que le père de la médecine ne les connaissait

pas, et que nous serions trop heureux s'il nous était possible de

marcher sur ses traces, malgré le progrès des sciences.

Qu'y a-t-il en effet des plus beau que les premiers aphorismes de la

section troisième? et les expériences des modernes ont-elles donné des

résultats plus utiles relativement à l'influence des saisons et aux

changements de température sur toutes les maladies, et principalement

sur les épidémies?

Nous ne nous sommes permis d'insérer cette remarque qu'en nous

proposant de restreindre celles sur les maladies que nous avons

traitées; elle atteste d'ailleurs d'une manière trop évidente la

correspondance des maladies régnantes avec la température de la

saison, pour que nous ayons pu la retrancher.

Tant que les chaleurs ont été fortes, les diverses fièvres, les

rhumatismes, ainsi que les nombreuses dysenteries, ont été gastriques

bilieuses; mais lorsque la fraîcheur des nuits l'a peu à peu emporté

sur la chaleur des jours, le caractère catarrhal s'est montré: enfin

le froid qui s'est, pour ainsi dire, fait sentir la dernière décade de

frimaire, a commencé à faire tomber les dysenteries qui paraissaient

devoir se perpétuer; et les maladies n'ont plus été purement

gastriques et catarrhales, mais déjà compliquées de phlogose, surtout

chez les jeunes gens.

Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 2 · 第 2 / 9 段