Au sud-quart-est, est un cimetière, et à sa droite des bassi

Produced by Mireille Harmelin, Christine P. Travers and

the Online Distributed Proofreading Team at

https://www.pgdp.net (This file was produced from images

generously made available by the Bibliothèque nationale

de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)

[Notes au lecteur de ce ficher digital: Les corrections de l'errata ont

été intégrées dans le texte. L'orthographe a été modernisée.]

HISTOIRE MÉDICALE

DE L'ARMÉE

D'ORIENT,

PAR

LE MÉDECIN EN CHEF R. DESGENETTES.

SECONDE PARTIE.

Cherchons à tirer des malheurs de la guerre quelque avantage pour

le genre humain.

PRINGLE, _Maladies des armées._

À PARIS,

Chez CROULLEBOIS, libraire de la Société de médecine, rue des Mathurins,

nº 398,

Et chez BOSSANGE, MASSON, et BESSON, rue de Tournon.

An X.--M.DCCCII.

HISTOIRE MÉDICALE

DE L'ARMÉE

D'ORIENT.

THE FRENCH REVOLUTION RESEARCH COLLECTION

LES ARCHIVES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

MAXWELL Headington Hill Hall, Oxford OX3 0BW, UK

ERRATA.

On est invité avant de lire cet ouvrage à faire les corrections

suivantes:

PREMIÈRE PARTIE.

Page 75, Lig. 17, _Au lieu de_ avec avantage sur des jeunes gens,

_lisez_ avec avantage des jeunes gens.

Page 139, Lig. 12, _Au lieu de_ officiers en chef, _lisez_ officiers

de santé en chef.

Page 170, Lig. 4, _Au lieu de_ sevices, _lisez_ services.

Page 174, Lig. 23, _Au lieu de_ eoutenant, _lisez_ soutenant.

Page 175, Lig. 19, _Au lieu de<_ fructidor fructidor, _lisez_

fructidor.

Page 220, Lig. 21, _Au lieu de_ 388, _lisez_ 380.

SECONDE PARTIE.

Page 6, Lig. 11, _Au lieu de_ allèguent, _lisez_ allègent.

Page 8, Lig. 3, _Au lieu de_ esimable, _lisez_ estimable.

Page 17, Lig. 4, _Au lieu de_ de Ménoufyéz, _lisez_ du Ménoufyèh.

Page 19, Lig. 24, _Au lieu de_ enchnatements, _lisez_ enchantements.

Page 90, Lig. 3, _Au lieu de_ révulsif, _lisez_ révulsifs.

Page 105, Lig. 1, _Au lieu de_ comprimées, _lisez_ comprimés.

TABLE DES MATIÈRES.

PREMIÈRE PARTIE.

_RAPPORT adressé au conseil de santé des armées, par le citoyen_

DESGENETTES.

SECONDE PARTIE.

_Lettre circulaire du citoyen_ DESGENETTES _aux médecins de l'armée

d'Orient sur la rédaction de la topographie physique et médicale de

l'Égypte._

_Notice sur l'ophtalmie régnante, par le citoyen_ BRUANT, _médecin

ordinaire de l'armée._

_Notice sur la topographie de Ménoùf, dans le Delta, par le citoyen_

CARRIÉ, _médecin ordinaire de l'armée._

_Observations sur les maladies, et en particulier la dysenterie, qui

ont régné en fructidor an VI dans l'armée d'Orient, par le citoyen_

BRUANT, _médecin ordinaire de l'armée._

_Notice sur l'emploi de l'huile dans la peste, par le citoyen_

DESGENETTES.

_Extrait des observations du citoyen_ CÉRÉSOLE, _médecin ordinaire de

l'armée, dans un voyage, sur la rive occidentale du Nil, du Kaire à

Syouth._

_Notes sur les maladies qui ont régné en frimaire an VII, recueillies

dans l'hôpital militaire du vieux Kaire, par le citoyen_ BARBÈS,

_médecin ordinaire de l'armée._

_Topographie physique et médicale du vieux Kaire, par le citoyen_

RENATI, _médecin ordinaire de l'armée._

_Essai sur la topographie physique et médicale de Damiette, suivi

d'observations sur les maladies qui ont régné dans cette place pendant

le premier semestre de l'an VII, par le citoyen_ SAVARESI, _médecin

ordinaire de l'armée._

_Description et traitement de l'ophtalmie d'Égypte, par le citoyen_

SAVARESI, _médecin ordinaire de l'armée._

_Notice sur la topographie physique et médicale de Ssalehhyéh, par le

citoyen_ SAVARESI, _médecin ordinaire de l'armée._

_Notice sur la topographie physique et médicale de Belbeys, par le

citoyen_ VAUTIER, _médecin ordinaire de l'armée._

_Notice sur la topographie physique et médicale de Rosette, par le

citoyen L._ FRANK, _médecin ordinaire de l'armée._

_Notes pour servir à la topographie physique et médicale d'Alexandrie,

par le citoyen_ SALZE, _médecin ordinaire de l'armée_.

_Observations météorologiques communiquées par le citoyen_ NOUET,

_membre de l'institut d'Égypte_.

_Observations sur la pesanteur de l'air, la direction des vents, et

l'état du ciel, communiquées par le citoyen_ COUTELLE, _membre de la

commission des arts_.

_Tables nécrologiques du Kaire, les années VII, VIII, et IX, publiées

par le citoyen_ DESGENETTES.

_Procès-verbal d'une réunion des officiers de santé, à Rosette, le 4

thermidor an IX_.

LETTRE CIRCULAIRE

du citoyen DESGENETTES

_Aux médecins de l'armée d'Orient_

Au quartier général du Kaire, le 25 thermidor an VI.

L'armée, citoyens, après plusieurs batailles, plusieurs combats, et

les marches les plus pénibles à travers les déserts, commence enfin à

goûter quelques moments de repos depuis son arrivée en Égypte. Sa

prodigieuse activité a comprimé jusqu'ici le germe des maladies qui

vont se développer, et du traitement desquelles il faut nous occuper.

La saison où nous sommes a, comme toutes les autres, sa constitution

propre et ses maladies; ce sont les diarrhées et la dysenterie que

nous avons le plus à redouter; l'ophtalmie, endémique en Égypte,

commence à s'y joindre avec une progression rapide.

Cette dernière maladie est quelquefois simple ou idiopathique; elle

rentre alors dans la classe des inflammations ordinaires et locales,

et elle se traite de même.

D'autres fois elle est concomitante ou symptomatique des diarrhées et

des dysenteries, et elle survient surtout dans le cas de suppression

de ces flux, qu'il faut alors rappeler par des minoratifs.

Peut-être aussi dans quelques circonstances l'ophtalmie

deviendra-t-elle une crise des diarrhées et de la dysenterie.

Au reste l'æthiologie des diverses espèces d'ophthalmies est simple;

elle s'explique par cet axiome de la théorie des fluxions: «partout où

il existe un point d'irritation, là les humeurs affluent.»

En m'entretenant avec vous, citoyens sur nos devoirs, et les moyens de

nous rendre le plus utiles possible à l'armée, je ne puis trop vous

recommander la lecture de Prosper Alpin (_De medicinâ AEgyptiorum_).>

Cet estimable ouvrage peut devenir pour chacun de nous le sujet d'un

beau travail; il consisterait à en faire des extraits, où, en mettant

de côté une diction trop verbeuse et des théories surannées, on

conserverait seulement tout ce qui tient à l'observation et aux grands

aperçus pratiques; ces extraits deviendraient en quelque sorte le

texte d'un commentaire où nous consignerions les choses intéressantes

que nous serons à même d'observer journellement.

Le même auteur a encore écrit un bel ouvrage (_Rerum AEgyptiarum Libri

IV_), qui renferme une foule de détails intéressants sur l'histoire

naturelle et civile, les moeurs, les arts, et qui pourrait devenir

l'objet d'un travail semblable à celui que je vous ai conseillé de

faire sur sa médecine.

Nos fonctions aux armées ne se bornent point à traiter les maladies;

nous devons constamment surveiller tout ce qui peut assurer la santé

des militaires; et nos devoirs sur ce point sont suffisamment

détaillés par les lois et les règlements qui en sont explicatifs.

Mais, pour appliquer convenablement les principes de l'hygiène, et

pour trouver des médicaments efficaces dans un pays nouveau pour nous,

il est indispensable d'en rédiger soigneusement la topographie. C'est

ce qui m'engage à vous offrir ici un plan uniforme qui vous sera utile

pour classer vos observations: vous reconnaîtrez facilement qu'aux

localités près, ce plan est emprunté de celui que des mains plus

habiles tracèrent pour étudier la France physique et médicale.

1°. Indiquer la nature du sol du pays qu'on veut faire connaître.

2°. La longitude et la latitude, l'exposition en général.

3°. Quels sont les vents dominants.

4°. Quelles sont les principales qualités physiques des eaux du Nil,

des puits, et des citernes; leur influence sur la végétation, et sur

la santé des hommes et des animaux.

5°. Quels sont les arbres, les arbustes, et les autres plantes,

particulièrement potagères, ou médicinales qui croissent dans les

lieux décrits.

6°. Quels sont les grains que l'on cultive; comment les cultive-t-on;

quelles sont leurs maladies.

7°. Examiner soigneusement et indiquer les nombreuses substances

médicamenteuses que le commerce de l'Asie verse dans l'Afrique, et en

particulier dans l'Égypte.

8°. Quels sont les animaux de toutes les classes qui sont particuliers

à l'Égypte et étrangers à l'Europe; réunir le plus de notions

possibles sur les maladies de ceux des animaux domestiques qui

allègent et partagent les travaux de l'homme.

9°. Enfin faire connaître le tempérament général des habitants, leurs

aliments, leurs boissons, leurs vêtements, la construction de leurs

maisons, leurs occupations, leurs habitudes, et leurs moeurs; les

maladies les plus ordinaires aux enfants, aux hommes, aux filles et

aux femmes; leurs méthodes habituelles de traitement; à quelle époque

finit et commence la menstruation; la fécondité est-elle considérable?

quel est le terme ordinaire de la vie?

L'Égypte passe pour avoir été le berceau de la médecine comme celui du

reste des connaissances humaines; mais, il faut l'avouer, l'histoire

de l'origine de notre art est assez incertaine, et toujours obscure.

Chez les Égyptiens elle est environnée d'une foule de superstitions

ridicules, et la raison ne peut s'arrêter que sur l'établissement des

corporations de médecins dont les règlements assez connus supposent

un corps de doctrine qui avait dû être sanctionné par des succès. Mais

l'époque à laquelle on a pu avoir en Égypte des connaissances étendues

en médecine est celle où, après l'incendie de la bibliothèque

d'Alexandrie, les khalyfes rallumèrent à Antioche, à Hharrân, à

Baghdâd, le flambeau des lettres, en leur accordant une protection

signalée. Hhonaïn traduisit alors en arabe les versions syriaques des

médecins grecs; et c'est en marchant depuis sur ses traces, que, dans

des temps postérieurs et en d'autres lieux, Rhazès, Aboul-Kasis,

Avicenne, A'ly-A'bbâs, Mesuéh, Aven-Zoar, et Averroès, tous médecins

arabes, consacrèrent la même doctrine dans de nombreux écrits qui sont

encore révérés de l'Orient. Une grande connaissance de leurs modèles,

et le progrès des lumières ne permettent plus de placer ces écrivains

parmi nos législateurs; mais nous leur avons l'obligation d'avoir

conservé la médecine des Grecs: et c'est en cela que consiste leur

vraie gloire, quoiqu'ils aient aussi celle d'avoir perfectionné la

chirurgie, et créé en quelque sorte la pharmacie par l'application de

la chimie qu'ils cultivèrent avec succès. On ne leur fera plus un

mérite, à la fin du dix-huitième siècle, d'avoir introduit une foule

de médicaments dont le luxe est encore plus dangereux qu'il n'est

vain.

Il doit exister, et j'ai déjà entrevu en Égypte des traces de cette

ancienne science. Étudiez donc soigneusement la pratique du pays,

quelque peu estimable que cet empirisme puisse vous paraître d'abord:

il faut le connaître pour avoir droit de le juger. Soyons aussi bien

convaincus que, dans un climat nouveau, et même partout, les moins

instruits peuvent nous apprendre des choses utiles.

Notre profession vous fournira d'ailleurs, citoyens, de fréquentes

occasions d'observer qui ne se présentent point aux autres hommes. Les

Orientaux, malgré leurs préjugés, ont toujours témoigné aux médecins

de l'Europe une grande confiance; c'est ce qui a souvent engagé des

voyageurs étrangers à notre art, mais dont l'esprit était cultivé par

les sciences, à se servir près d'eux de ce titre comme d'une utile

recommandation. Les services que vous leurs rendrez seront beaucoup

plus marquants; ils vous procureront sûrement en échange les

renseignements que nous sommes avides de recueillir: car il faut

croire, pour l'honneur du coeur humain, que les bienfaits excitent

quelquefois la reconnaissance.

_Le médecin en chef de l'armée_,

R. DESGENETTES.

NOTICE

_Sur l'ophtalmie régnante_,

Par le citoyen BRUANT, médecin ordinaire de l'armée.

Au quartier-général du Kaire, le 15 fructidor an VI.

Tous les voyageurs médecins qui ont écrit sur l'Égypte ont parlé de

l'ophtalmie d'une manière vague et incomplète: cependant cette

maladie, toujours incommode a souvent des suites fâcheuses, et la

plupart des cécités si fréquentes en Égypte ne reconnaissent pas

d'autre cause.

Dans l'ophtalmie qui afflige actuellement l'armée nous n'avons pu

puiser dans aucune source des connaissances capables de régler notre

conduite. L'état actuel du malade, les circonstances antécédentes,

quelquefois même seulement les indications (_a juvantibus et

loedentibus_) ont jusqu'ici déterminé le traitement que nous avons

employé.

La plupart des malades attaqués d'ophtalmie nous viennent des postes

avancés et des camps; tous ont été plus ou moins exposés à l'action

réunie de la chaleur et d'une trop grande clarté, qu'on peut regarder

ici comme une des principales causes de cette maladie. À celle-ci

viennent s'en joindre d'autres non moins puissantes, parmi lesquelles

on doit principalement ranger, d'après Prosper Alpin, cette poussière

brûlante, nitreuse, que le vent soulève sans cesse dans l'atmosphère.

Toutes ces causes agissent en établissant vers le globe de l'oeil un

centre d'irritation, et par conséquent de fluxion. Comme leur action

n'éprouve guère d'interruption, la maladie qui en est le résultat

règne dans tous les temps de l'année, et principalement pendant les

trois mois qui précèdent le débordement du Nil, époque où les travaux

de la campagne occupent davantage le peuple, et l'exposent plus

directement à l'influence des causes dont j'ai déjà parlé. Voilà

pourquoi l'ophtalmie est maintenant assez rare parmi les habitants du

pays, tandis qu'elle attaque un grand nombre de nos militaires qui

soutiennent des marches pénibles, ou qui vivent dans des camps plus ou

moins désavantageusement placés.

Le plus grand nombre des ophtalmies que nous avons à traiter tient à

des causes locales de ce genre: il en est pourtant qui en

reconnaissent de plus générales, et, par exemple, nous en avons

observé qui dépendaient bien évidemment d'un amas de saburres

bilieuses dans les premières voies. Cette espèce n'est pas toujours

facile à reconnaître; souvent les signes qui indiquent la gastricité

sont très obscurs, et ne se développent librement qu'après

l'application du premier émétique: ce qui la distingue néanmoins d'une

manière assez sûre, c'est un mal de tête plus ou moins vague, une soif

plus ou moins prononcée, la teinte jaunâtre de la langue et de la

partie enflammée.

Enfin, parmi les ophtalmies qui se sont présentées à nous, il en est

une troisième espèce qui ne peut pas se ranger dans les deux premières

classes: celle-ci attaque surtout les personnes délicates, celles qui

sont affaiblies par de longues maladies, les convalescents, qu'elle

retient souvent très longtemps dans nos hôpitaux; dans cette espèce

les symptômes inflammatoires sont peu prononcés, l'engorgement est

presque nul; mais on y remarque beaucoup de phénomènes nerveux; tel

est un spasme violent de la paupière, du globe de l'oeil, et de ses

annexes, qui cause la sécrétion et l'excrétion d'une quantité

considérable de larmes; l'oeil est très impressionnable à la lumière,

et les paupières sont fortement rapprochées l'une contre l'autre.

Ces différences, comme on le sent, modifient beaucoup le diagnostic de

cette maladie; cependant, en général, elle survient tout-à-coup et

dans l'état de la plus parfaite santé; elle commence par une douleur

vive à l'oeil, accompagnée de larmoiements; le malade supporte

difficilement la lumière; bientôt après les vaisseaux qui tapissent

la conjonctive s'engorgent, et rendent les mouvements de la paupière

sur l'oeil difficiles et douloureux: la maladie faisant des progrès,

la conjonctive se boursoufle; elle s'élève au-dessus de la cornée

transparente, qui paraît comme dans une espèce d'enfoncement: les deux

paupières ne tardent pas à participer au gonflement et à

l'inflammation, et leurs mouvements sont interrompus. Enfin les

symptômes diminuent peu à peu d'intensité, le gonflement de la

paupière se dissipe, et l'oeil s'ouvre: il paraît alors recouvert

d'une matière blanchâtre, parfaitement semblable au pus, qui se

ramasse continuellement vers le grand angle, surtout pendant la nuit,

ce qui fait que le matin les yeux ne s'ouvrent qu'avec difficulté; peu

à peu l'oeil prend une teinte pourprée, et revient à sa couleur

naturelle.

Dans le fort de la maladie le malade éprouve souvent dans toute la

tête des douleurs violentes qui quelquefois se bornent à l'arcade

sourcilière. Le pouls est un peu élevé, l'oeil est toujours d'une

sensibilité plus ou moins grande; les rayons du soleil font sur lui

une impression douloureuse, et la faculté de voir est augmentée, comme

il arrive dans la plupart des états pathologiques de cet organe qui

tiennent à une irritation vive: mais vers le déclin le malade ne voit

les objets que d'une manière confuse et comme à travers un nuage; il

éprouve en outre plusieurs des symptômes qui accompagnent l'amaurosis

commençant.

La durée de l'ophtalmie varie depuis huit jusqu'à trente jours, et

même plus; ce qui dépend des complications qu'elle subit, et des

accidents qui peuvent en être la suite. Les plus ordinaires sont la

faiblesse et le trouble de la vue, et quelquefois de petits ulcères

sur toute l'étendue de la cornée opaque.

L'objet peut-être le plus important dans l'étude de cette maladie

serait la recherche des moyens capables de la prévenir; mais il est

presque impossible de soustraire le corps à l'action des causes

extérieures sous l'influence desquelles il est obligé de vivre

continuellement; on peut seulement en modérer l'impression d'une

manière avantageuse. Quels que soient les moyens qu'on propose pour

remplir cet objet, il importe que le soldat soit tenu de les mettre en

usage d'après un ordre exprès; et pour cela il faut que ces moyens

soient simples, faciles, et tellement liés avec son service, qu'il ne

lui soit pas possible d'en négliger ou d'en oublier l'emploi. Parmi

les remèdes prophylactiques utiles on peut ranger les lotions

fréquentes faites avec l'eau froide: j'en ai obtenu les plus heureux

effets dans l'ophtalmie commençante; et je ne doute pas qu'elles ne

réussissent à plus forte raison pour prévenir cette maladie. La

facilité dans l'exécution que ce moyen présente doit le faire

préférer à la plupart des autres, à qui d'ailleurs il ne cède en rien

par son efficacité.

La maladie dont nous parlons se guérit assez souvent par les seules

forces de la nature et sans le secours de l'art; on peut même dire

avec vérité que rien ne s'oppose plus à sa guérison que le trop grand

nombre de remèdes, principalement d'applications externes. Quelques

malades ont été soulagés par une éruption survenue vers les tempes;

d'autres, et c'est le plus grand nombre, par un léger flux

diarrhoïque: c'est pour me conformer à ces vues de la nature, que je

tâche d'entretenir la liberté du ventre pendant tout le cours de la

maladie, en administrant quelques tisanes laxatives, par exemple celle

de tamarins, ou autre semblable.

Le traitement a varié suivant les différentes espèces d'ophtalmies que

nous avons observées: je vais le tracer en peu de mots. Lorsque la

maladie est locale et que l'inflammation n'est qu'imminente, nous

employons avec succès les lotions froides dont j'ai parlé, et les

révulsifs de toute espèce. La saignée générale devrait être sous ce

rapport de la plus grande utilité; mais le caractère bilieux prononcé

de la plupart des maladies qui se présentent à nous nous empêche de la

mettre en usage: elle est d'ailleurs fortement contre-indiquée chez

nos militaires affaiblis par les travaux d'une longue guerre.

Les saignées locales, que nous n'avons pu administrer jusqu'ici,

pourraient l'être d'une manière plus sûre et non moins avantageuse; du

moins avons-nous en notre faveur l'exemple des habitants du pays qui

les pratiquent avec succès au grand angle de l'oeil: dans cette

maladie elles modéreraient du moins la violence des symptômes, lorsque

l'inflammation est pleinement établie, et qu'elle doit nécessairement

parcourir toutes ses périodes. Jusqu'ici nous nous sommes bornés à

éloigner de l'oeil toutes causes irritantes, et surtout la lumière.

Lorsque les douleurs sont très vives, nous appliquons quelques

substances émollientes, mais avec ménagement, parce que le relâchement

qu'elles introduisent rend l'engorgement très opiniâtre, et retarde

beaucoup la guérison. L'application d'un vésicatoire derrière la nuque

est d'ailleurs plus avantageuse dans ce cas, surtout lorsque la

douleur n'est pas bornée à l'oeil, et qu'elle occupe la plus grande

partie de la tête. Dès que l'inflammation commence à diminuer

d'intensité, nous en venons à l'usage des collyres résolutifs que nous

rendons de plus en plus forts, et avec lesquels nous achevons la cure.

Lorsqu'on a reconnu par les signes ordinaires que l'ophtalmie est

gastrique, il faut en venir le plus tôt possible aux évacuants. J'ai

déjà observé que le premier émétique n'avait souvent d'autre effet

que de rendre la gastricité plus manifeste: il est donc nécessaire,

pour obtenir le succès qu'on en attend, d'en administrer un second;

souvent même on est obligé d'évacuer par le bas; et alors je fais

ajouter avec avantage aux purgatifs que je prescris quelques grains de

jalap. Cette observation se renouvelle chaque jour dans les maladies

gastriques avec affection d'un organe particulier; elles exigent les

évacuants les plus énergiques, à moins que la nature de l'organe ne

les contre-indique. Dans l'ophtalmie dont il est ici question la

gastricité n'est quelquefois qu'un symptôme qui complique la maladie

principale, et celle-ci suit son cours ordinaire après la destruction

de la première: on doit alors employer le traitement indiqué plus

haut.

Dans la troisième espèce d'ophtalmie que j'ai décrite, à l'usage des

fortifiants à l'intérieur je mêle celui des antispasmodiques externes:

je n'en ai pas employé de plus puissants que les vésicatoires, qui

doivent donc jouer dans ce cas le principal rôle, tandis que dans

l'ophtalmie, essentiellement inflammatoire, leur utilité n'est

qu'indirecte. Leur succès est plus complet lorsqu'on les applique

derrière les deux oreilles: c'est aussi cet endroit que choisissent

les Égyptiens lorsqu'ils ont recours au feu dans les ophtalmies

anciennes et les autres maux d'yeux invétérés.

NOTICE.

_Sur la topographie de Ménoùf, dans le Delta._

Par le citoyen CARRIÉ, médecin ordinaire de l'armée.

Ménoùf, capitale de Ménoùfyéz, est situé sur le bord d'un canal

autrefois navigable, mais qui a cessé de l'être, parce que l'on a été

obligé de faire une forte digue à trois lieues de distance de cette

ville, pour retenir les eaux qui s'y jetaient en trop grande

abondance, et qui nuisaient par là à l'arrosement des terres sur la

branche de Damiette. Ce canal baigne les murs de Ménoùf du midi à

l'ouest.

Ménoùf est mal bâti: on n'y voit que de très petites maisons: les rues

sont mal percées, comme dans toute l'Égypte; il y a comparativement

peu de ruines.

Autour des murs de la ville, il y a en quelque sorte une autre

enceinte de monticules formés de débris et de terres transportées, et

qui limitent tellement la vue, qu'à l'est et à l'ouest on n'aperçoit

rien au-delà avant de les avoir dépassés.

En arrivant par la porte du Midi, on trouve un canal où l'eau

croupit, et qui n'est distant de celui dont j'ai parlé ci-dessus que

de deux ou trois toises; cet intervalle sert de chemin pour se rendre

dans la plaine. Vient ensuite un santon situé sur une élévation au bas

de laquelle, et tout près du grand canal, il y a une vieille mosquée.

À la droite de ladite porte, en gagnant l'est, il y a plusieurs

bassins destinés à faire rouir le lin, et dont le voisinage est aussi

désagréable qu'il est peu sûr.

Au sud-quart-est, est un cimetière, et à sa droite des bassins

destinés à l'usage ci-dessus énoncé. À l'est on trouve encore de

semblables bassins totalement dégradés et abandonnés, et remplis en

partie d'eau stagnante.

Le nord n'offre rien de remarquable; on y aperçoit seulement, à côté

d'un mauvais puits un petit bois de palmiers, qui paraît par sa

position avoir fait partie d'un jardin dont les autres arbres ont

disparu depuis notre arrivée, pour servir de combustible.

Le long de l'ouest à quelque distance de la ville, coule le canal de

Ménoùf, qui s'en écarte toujours à mesure qu'il se rapproche du nord:

on y remarque encore un cimetière et les ruines d'une vieille mosquée

qui renferme dans son enceinte des santons épars, environnés de

quelques arbres.

Au sud-quart-ouest, est un autre bois de palmiers; il a aussi quelques

santons.

On ne voit point de jardins dans Ménoùf et aux environs, tandis qu'il

y en a dans tous les villages circonvoisins: ainsi tous les fruits qui

s'y vendent, excepté les dattes et quelques herbes potagères, viennent

de l'extérieur.

Les grains qui se récoltent dans la campagne voisine sont le froment,

l'orge, le maïs, qu'ils nomment _dourah_, les fèves, les lentilles, et

les lupins: je n'en ai point observé d'autres. Le maïs, qui est la

seule récolte que j'y aie vue, vient dans l'espace de soixante-dix à

quatre-vingt jours.

On y sème des pastèques, des concombres et des melons, mais en petite

quantité.

Les animaux qui servent à la culture sont les boeufs, les buffles, les

chameaux, les chevaux, et les ânes. Les chevaux sont les moins

employés à cet usage.

Ménoùf est environné d'eau pendant l'inondation du Nil; mais elle y

séjourne peu de temps, si ce n'est dans les lieux que j'ai indiqués.

C'est sans doute pour cela que cette ville est assez saine, surtout

dans la partie du nord. Il faut aussi remarquer qu'elle se trouve à

l'abri des vents méridionaux, et qu'elle est rafraîchie par ceux du

nord et du nord-ouest.

La population n'est que de quatre à cinq mille habitants, quoiqu'on la

porte communément à plus du double.

Les maladies régnantes sont en général les mêmes que celles qui

affligent le reste de l'Égypte. La peste, suivant ce que m'ont

rapporté plusieurs habitants, n'exerce pas de grands ravages; elle

enlève peu de monde, et on ne compta que quarante morts l'année

dernière: souvent le nombre est moins considérable.

Les moeurs, les usages, la manière de vivre des habitants de Ménoùf,

ne m'ont présenté aucunes particularités, ou bien je n'ai pas été à

même de les observer.

L'eau du Nil est la boisson ordinaire.

Les hommes qui cultivent la terre sont secs et robustes, les hommes

qui exercent des métiers sédentaires, les tisserands surtout, qui sont

très nombreux, sont gras. On fait, mal à propos, dans ces contrées,

beaucoup de cas de l'embonpoint même excessif.

Les enfants, jusqu'à l'âge de cinq à six ans, sont maigres et

languissants; ils ont le teint pâle ou jaunâtre, la figure quelquefois

bouffie, le ventre tuméfié; ce qui provient de l'engorgement des

glandes mésentériques. On doit attribuer cet état à la nourriture

indigeste que les mères leur donnent pendant leur allaitement, et

après qu'elles les ont sevrés. Ce mauvais régime est une des causes

remarquables de la grande mortalité des enfants, qui serait vraiment

effrayante, et menacerait d'affaiblissement et d'extinction la

population entière, sans l'extrême fécondité des mères, d'où il

résulte une balance encore prépondérante en faveur de la vie. Ceux qui

répandraient en Égypte des principes sages sur l'éducation physique

des enfants, et qui parviendraient à pouvoir les faire adopter et

réduire en pratique, rendraient un grand service à l'espèce humaine.

Je ne parlerai point de la constitution physique et morale des femmes

et des filles: ce sont les êtres qu'on peut et que l'on permet le

moins d'observer dans ce pays.

OBSERVATIONS

_Sur les maladies, et en particulier la Dysenterie, qui ont régné en

fructidor an 6 dans l'armée d'Orient, par le citoyen BRUANT, médecin

ordinaire de l'armée._

Au quartier-général du Kaire, le 9 vendémiaire an 7.

La température de fructidor a été très uniforme, chaude et sèche

pendant le jour, humide et fraîche pendant la nuit, il s'élevait à

midi un vent frais, qui modérait un peu la chaleur du jour; ce vent

augmentait insensiblement aux approches de la nuit, diminuait vers le

matin, et cessait entièrement sur les dix heures, époque de la

journée la plus insupportable. La chaleur ne s'est guère élevée

au-delà du vingt-huitième degré du thermomètre de Réaumur, et elle est

descendue au-dessous du vingtième: des brouillards obscurcissaient

quelquefois le soleil à son lever, mais ils se dissipaient bientôt

après.

Les maladies du mois précédent étaient les ophtalmies, les diarrhées,

et la dysenterie: cette dernière a paru plutôt qu'elle n'a coutume de

le faire en Europe; elle a continué durant la plus grande partie de

fructidor, et ce n'est que vers la fin de ce mois qu'elle a commencé à

faire place aux fièvres rémittentes et intermittentes d'automne: ainsi

les maladies de cette saison se sont en général montrées de très bonne

heure.

La dysenterie étant la maladie qui a le plus fixé notre attention par

la rapidité de ses progrès, c'est sur elle que doivent rouler

principalement ces observations.

Cette maladie, sans produire de grands ravages, a pourtant régné dans

la plupart des corps armés. La division qui nous a fourni le plus de

malades est celle qui, sous les ordres du général Dugua, était aux

environs de Manssourah, et qui a beaucoup souffert des intempéries du

climat, et de la saison. Elle a poursuivi l'ennemi jusqu'à l'entrée du

désert, et, dans les marches forcées qu'elle a faites sur un sol

brûlant, elle a souvent manqué des choses nécessaires à la vie:

obligée ensuite de revenir sur ses pas, et de traverser des lieux déjà

inondés par le Nil, elle a été exposée fréquemment à l'action de la

chaleur et de l'humidité, que l'on regarde avec raison comme l'une des

principales causes éloignées de la dysenterie.

Les militaires qui ont été casernés de bonne heure se sont peu

ressentis de la maladie régnante; elle n'a guère attaqué que ceux qui

se sont exposés sans précaution à l'humidité de l'air pendant la nuit,

ou à d'autres causes capables de supprimer la transpiration: les mêmes

causes l'ont produite chez des convalescents de fièvres

intermittentes. Ces deux maladies se succédaient néanmoins quelquefois

chez le même individu sans cause apparente.

La dysenterie n'a pas été maligne et contagieuse dans l'hôpital n° 1

du Kaire, établi dans la vaste et belle maison d'Ibrahim-bey, sur la

place Berket-êl-Fyl, dont j'ai partagé le service avec mes collègues

Garros, Barbès, et Claris, quoique cet établissement eût été longtemps

encombré de malades privés de beaucoup de choses utiles dans leur

situation.

La maladie dont nous parlons était ordinairement accompagnée d'une

fièvre gastrique, bilieuse, qui reparaissait sous toutes les formes

dans les diverses affections que l'on remarquait dans le même temps.

La dysenterie, sur le rapport des malades, était ordinairement

précédée d'une diarrhée légère; quelquefois elle s'annonçait par un

frisson suivi de chaleur, et, à l'époque où la sueur doit paraître,

cette excrétion était remplacée par des selles abondantes. Le malade

ne tardait pas à éprouver des tranchées plus ou moins vives, et le

jour suivant, lorsqu'il se présentait à la selle, il rendait avec

douleur une petite quantité de matières, tantôt visqueuses, tantôt

aqueuses; mais comme elles étaient rarement sanguinolentes dès le

premier abord, il restait dans l'inaction, et ne cherchait du

soulagement que lorsque le sang paraissait dans les excrétions

alvines. Outre ce symptôme, pour l'ordinaire très opiniâtre, le malade

se plaignait encore d'une douleur plus ou moins vive, selon que son

siège était plus ou moins bas. Cette douleur, sans occuper la même

place chez tous les individus, était néanmoins presque toujours fixée

à une partie du colon. Les selles, toujours fréquentes et peu

abondantes, ne soulageaient point; sujettes à présenter des variations

infinies dans leur couleur et dans leur consistance, le plus souvent

elles ne se moulaient qu'après la guérison parfaite. Lorsque le malade

entrait dans l'hôpital, il était plus ou moins affaibli; la peau était

aride, le pouls ordinairement petit et débile, la respiration

quelquefois gênée, et la bouche constamment mauvaise: nul appétit; un

sédiment jaunâtre couvrait la langue, et semblait en quelque sorte se

séparer de cet organe lorsque la turgescence était prononcée. Tous ces

symptômes diminuaient d'intensité après les premières évacuations;

mais la faiblesse persistait le plus souvent, même après la

disparition des phénomènes caractéristiques de la maladie, et rendait

les rechutes très fréquentes par le désordre qu'elle apportait dans

l'exercice des fonctions, et surtout de la digestion.

Tels sont à peu près les principaux symptômes qui se présentaient dans

le cours de cette maladie, avec différents degrés d'intensité dans ses

diverses périodes. Sa durée était très incertaine, et dépendait d'une

infinité de circonstances inutiles à détailler. Lorsqu'elle était

traitée à temps, elle guérissait beaucoup plus promptement; la

négligence des moyens curatifs amenait un état de langueur, dans

lequel il était peu permis de compter sur les mouvements critiques:

aussi les crises qui en étaient le résultat ne produisaient presque

jamais la solution complète de la maladie; il fallait des crises

répétées à des intervalles plus ou moins éloignés, et dirigées, tantôt

vers le même organe, tantôt vers un organe différent. L'ophtalmie

apportait toujours un soulagement marqué, lorsqu'elle survenait dans

les dysenteries de long cours: les douleurs des yeux, et celles du

bas-ventre, se remplaçaient mutuellement; mais les dernières

reparaissaient pour l'ordinaire après la cessation des premières, à

moins que l'on ne parvînt à seconder avantageusement ces mouvements

salutaires; et les moyens les plus efficaces pour cela étaient, comme

dans toutes les maladies bilieuses, ceux qui favorisent l'excrétion

cutanée. Au défaut des sueurs, les urines pouvaient devenir critiques;

et je n'ai jamais vu leur évacuation augmenter sans qu'elle n'apportât

un changement heureux dans l'état du malade: mais cette crise n'était

ni plus sûre ni plus complète que les autres.

Les signes d'une terminaison heureuse et prompte étaient la

disparition, ou au moins une diminution notable des principaux

symptômes, après l'application des premiers remèdes. Les symptômes qui

dépendent de la gastricité cédaient ordinairement les premiers; le

malade reprenait peu à peu l'appétit et les forces; les selles

devenaient rares, mais abondantes; et ce signe, joint à la cessation

des douleurs du bas-ventre, annonçait une santé prochaine. En effet,

le malade, n'étant plus fatigué par ces étreintes continuelles, par

ces envies fréquentes et inutiles d'aller à la selle, passait les

nuits dans le repos, et se réparait de jour en jour: l'action seule

des intestins suffisait pour expulser les restes impurs qui altéraient

encore la consistance et la couleur des matières rendues par les

selles.

Lorsqu'après les premières évacuations on n'apercevait aucun

changement dans l'état du malade, on devait augurer que la maladie

serait longue: alors quelle série de chances on avait à courir! que

d'obstacles à surmonter! que d'incommodités à éprouver pour parvenir à

la guérison! D'ailleurs, cette maladie, sans être bien dangereuse par

elle-même, pouvait le devenir à raison de cet affaiblissement général,

qui augmentait quelquefois dans une progression rapide, et laissait le

corps ouvert à toutes les impressions. Les intestins, après des

efforts trop longtemps continués, perdaient enfin leur ton naturel; le

mucus qui les revêt d'ordinaire n'existait plus, et la membrane

veloutée, altérée en différents endroits, les exposait sans défense à

l'action d'une cause irritante qui n'était pas encore détruite. Alors

se manifestaient, quoiqu'heureusement les exemples en aient été fort

rares, tous les signes d'une inflammation gangréneuse, et avec eux une

série de phénomènes alarmants, dont la réunion faisait toujours

désespérer du salut du malade. L'abattement et la maigreur devenaient

extrêmes; la peau était sèche et rude, le pouls petit, quoiqu'un peu

dur, la voix grêle et coupée; la langue était aride et raboteuse; de

profonds sillons régnaient dans toute son étendue, et quelquefois elle

adhérait aux parties voisines. À tous ces symptômes venaient se

joindre une soif inextinguible, des ardeurs d'entrailles, un ténesme

violent, des selles écumeuses et fluides; et l'on pouvait prédire une

mort prochaine lorsque le malade était pris d'un léger délire, que le

pouls devenait intermittent, qu'il survenait des aphtes dans

l'intérieur de la bouche, et surtout lorsque le ventre s'affaissait,

que les excrétions alvines sortaient involontairement, et rendaient

une odeur cadavéreuse. J'ai vu tous ces symptômes se présenter pendant

ce mois chez deux hommes, dont la maladie fut mortelle; l'un d'eux fut

de plus attaqué, deux jours avant de mourir, d'un hoquet convulsif, et

rendit par le vomissement un nombre assez considérable de vers.

Ce petit nombre de cas excepté, le pronostic de la dysenterie n'était

pas pour l'ordinaire fâcheux; aussi elle a fait peu de ravages. On

peut l'attribuer à plusieurs causes; une des principales est cette

diarrhée salutaire qui, dans le principe, régnait en même temps que la

dysenterie. Au premier coup d'oeil on serait porté à croire que la

diarrhée pouvait elle-même produire la dysenterie, parce qu'en effet

on la voyait survenir souvent quelques jours avant son apparition;

mais elle pouvait tout au plus en devenir la cause occasionnelle, et

le plus souvent au contraire elle la prévenait. Parmi les

circonstances heureuses qui ont contribué à diminuer le danger de la

dysenterie, on ne doit pas oublier l'impuissance dans laquelle se

trouvaient en général les malades d'abuser des spiritueux. Les

auteurs sont remplis d'observations sur les funestes effets de ces

boissons, et nous en avons nous-mêmes tous les jours des exemples. Mon

collègue et ami Carrié me rapportait encore dernièrement que deux

hommes robustes étaient morts sous ses yeux le troisième jour d'une

dysenterie bénigne, pour s'être gorgés d'eau-de-vie.

Dans toutes les maladies, l'indication principale à remplir est de

combattre la cause matérielle à laquelle elle doit son existence. La

dysenterie dont je viens de parler était, ainsi qu'on l'a vu,

entretenue par un état gastrique; et comme cet état se montrait

constamment, quoiqu'avec des modifications, à différentes époques, on

ne pouvait en aucun temps se dispenser d'employer les moyens propres à

évacuer les premières voies: seulement on devait apporter quelque

attention dans le choix de ces remèdes. Il n'était pas indifférent

d'employer dans le commencement les vomitifs ou les purgatifs: ces

derniers rendaient toujours la maladie longue, et difficile à guérir,

lorsque l'on n'avait pas soin de faire précéder l'usage des premiers.

L'ipécacuanha administré seul était alors suivi du plus heureux

succès: vers le milieu de la maladie, il fallait lui joindre quelque

substance capable de mener par le bas; et sur la fin les purgatifs

suffisaient quelquefois pour compléter la guérison, surtout lorsque le

malade était entré à l'hôpital peu de jours après l'invasion de la

maladie. La nature nous a elle-même indiqué cette marche en dirigeant

suivant ses fins des remèdes opposés, à tel point que j'ai vu nombre

de fois les vomitifs ne produire que des selles, lorsque la saison

était avancée.

Les variations étonnantes que l'on remarquait dans l'action des

évacuants venaient en partie du lieu où la maladie avait son siège:

comme dans le plus grand nombre de cas elle attaquait en même temps

l'estomac et les intestins, je vais rappeler en peu de mots le

traitement que j'employais alors.

Le jour de son arrivée à l'hôpital, le malade prenait un vomitif, pour

peu que la turgescence fût marquée. Je ne m'inquiétais pas du temps

qui s'était écoulé depuis l'invasion de la maladie, et j'ai donné des

vomitifs avec avantage au dix-huitième ou vingtième jour après

l'invasion: il suffisait que la faiblesse ne fût pas considérable;

encore ai-je eu lieu de me convaincre que l'on ne devait pas se

laisser arrêter par cette contre-indication, et que ce remède, loin

d'abattre les forces, les relevait au contraire. Lorsque l'effet du

premier vomitif n'était pas complet, j'en ai administré un second; et

quoique je fusse convaincu que les remèdes héroïques ne doivent être

administrés qu'avec la plus grande réserve, je ne craignais pas les

suites de l'affaiblissement général qu'ils produisent. Le lendemain,

je purgeais le malade, et je mesurais les effets de cette médecine sur

le soulagement qu'elle procurait. Rarement mes espérances étaient

trompées: non seulement tous les symptômes de gastricité

disparaissaient, mais encore les douleurs du bas-ventre diminuaient

notablement. Après un jour de repos, pendant lequel le malade était à

l'usage d'une tisane délayante, je prescrivais un minoratif, composé

avec la rhubarbe et le tartrite acidule de potasse, ou bien avec le

sulfate de magnésie, qui, répété deux ou trois fois, terminait la

maladie: pour l'accélérer encore, je faisais prendre quelque léger

tonique; celui qui m'a le mieux réussi est l'ipécacuanha administré

seul comme altérant, ou combiné avec la rhubarbe.

Lorsque, malgré ce traitement simple, que je variais de mille

manières, et que je répétais quelquefois en entier, suivant l'exigence

des cas, les principaux symptômes de la dysenterie persistaient, il

fallait en venir à l'usage des opiates. Si je les ai souvent trouvés

fort au-dessous de mes espérances, je dois avancer aussi qu'ils ont

rendu des services dans les anciennes dysenteries, réduites à l'état

nerveux. Je ne tardai pas cependant à m'apercevoir qu'aussitôt après

leur usage le ventre se resserrait, et que le malade éprouvait des

malaises, de la chaleur, et des anxiétés précordiales, qui duraient

jusqu'à ce que la liberté du ventre fût rétablie. Pour éviter ces

inconvénients qui retardaient la guérison, je joignis à l'emploi des

narcotiques les délayants, et les légers eccoprotiques. Administrés de

cette manière, les opiates apaisaient souvent les douleurs des

intestins, sans s'opposer jamais à l'utile évacuation des matières

fécales.

On voit que les évacuants jouaient le principal rôle dans le

traitement de la dysenterie, et qu'ils trouvaient leur application

dans tous les temps de la maladie. Aucun remède ne combattait plus

efficacement les épiphénomènes qui se montraient quelquefois pendant

sa durée, et ceux même qui paraissaient le plus les contre-indiquer.

Les ardeurs d'urine, occasionnées par la constriction plus ou moins

forte des intestins, cédaient pour l'ordinaire à l'usage des

minoratifs.

Un malade entra à l'hôpital; il se plaignait, outre la dysenterie,

d'une oppression considérable avec crachement de sang: la couleur de

ce fluide et les circonstances qui accompagnaient son évacuation

faisaient assez voir qu'il venait de l'estomac; plusieurs signes

évidents, et la gastricité, indiquaient aussi que l'oppression avait

la même origine. Le malade ne prit le premier jour qu'une légère

tisane; le lendemain j'ordonnai un vomitif, et cette fois je crus

utile de faire prendre un parégorique après l'action de ce remède: il

éprouva des évacuations abondantes par haut et par bas, et fut très

soulagé; l'oppression et le crachement de sang diminuèrent; une

médecine les fit cesser entièrement, et la maladie guérit plutôt que

je ne l'aurais pensé.

Il s'est pourtant présenté des cas où les évacuants donnés dans le

principe auraient produit le plus grand mal: ces cas étaient ceux où

la dysenterie était jointe à une fièvre bilieuse, générale, ou

putride; ils ne se sont montrés que rarement. J'observai dans l'un

d'eux des signes de malignité: le malade était dans un délire sourd et

tranquille; l'abattement était extrême, la peau brûlante; un enduit

noirâtre revêtait les dents, et la langue et les déjections étaient

très fétides, et de couleur brune. Pour relever un peu les forces, et

donner prise aux remèdes que je voulais mettre en usage, je fis

appliquer les vésicatoires aux jambes; j'en vins ensuite au quinquina,

que je donnai à petites doses souvent répétées, car c'est la meilleure

manière de l'administrer dans les fièvres continues qui exigent son

emploi; je lui joignis un peu de tartrite acidule de potasse, et le

malade prit pour boisson ordinaire la limonade affaiblie. Le troisième

jour le délire cessa, la langue commença à se nettoyer de son enduit

noirâtre, et les signes de saburre à se montrer: je prescrivis alors

un minoratif, et j'achevai la cure en mêlant l'usage des évacuants à

celui des acides et du quinquina, que je ne discontinuai qu'après que

la convalescence fut très avancée. Il ne fallait pas encore perdre de

vue le malade, à cause du danger des rechutes; ainsi il fallait encore

éviter les variations de température, les excès dans le régime, et les

passions violentes de l'âme: on devait aussi avoir attention de ne

faire reprendre aux convalescents leur service que lorsqu'ils étaient

parfaitement en état de le supporter.

Le traitement le mieux entendu n'était pas toujours suivi de succès.

La dysenterie résistait quelquefois à tous les remèdes, soit que le

malade fût entré trop tard à l'hôpital, ou pour toute autre cause. Les

symptômes qui se montraient alors étaient une fièvre lente, des

douleurs au bas ventre plus vives la nuit que le jour, des selles

tantôt glaireuses ou aqueuses, tantôt tout à fait sanguines, une

débilité et une maigreur considérables.

Ce serait empiéter sur l'histoire des maladies du mois suivant, que

d'entrer dans de grands détails sur les avantages qui sont résultés

des diverses méthodes dont on s'est servi pour combattre ces

dysenteries opiniâtres: jusqu'ici nulle n'a eu de succès complet; ce

n'est qu'en les variant à l'infini, en les combinant les unes avec les

autres, qu'on a pu en retirer quelque utilité. Celle pourtant qui a le

mieux réussi, et à laquelle on a presque toujours été forcé de

revenir, est un mélange de toniques et de doux évacuants. Lorsque la

douleur et l'irritation étaient considérables, on pouvait en même

temps mettre en usage les narcotiques et les tisanes mucilagineuses:

les lavements adoucissants convenaient aussi sous ce rapport, car ils

n'ont jamais mérité de constituer une partie essentielle du

traitement: nul moyen n'était peut-être plus infidèle; les symptômes

qu'ils calmaient pour le moment ne tardaient pas à reparaître avec

plus d'intensité. Un remède qui m'a réussi quelquefois, et qui est

conforme à l'esprit de la méthode dont je viens de parler, c'est un

mélange d'opium et d'ipécacuanha. Lorsque la dysenterie dégénérait en

quelque sorte en habitude, et n'offrait plus qu'un état nerveux, les

vésicatoires appliqués aux jambes réussissaient souvent à détourner

les mouvements vicieusement dirigés sur les intestins.

Il a paru différentes maladies dans le même temps que la dysenterie,

mais elles participaient toutes plus ou moins de son caractère: les

fièvres intermittentes, qui ont été les plus communes, avaient surtout

avec elle la plus grande analogie; le traitement qu'elles exigeaient

était le même. En effet, le type nerveux était si peu prononcé, qu'il

cédait la plupart du temps à quelques légers antispasmodiques, sans

qu'il fût nécessaire d'en venir au quinquina. Il s'est aussi présenté

quelques cas de scorbut: ils avaient quelques-uns des caractères de la

dysenterie putride, et les remèdes que j'ai employés dans cette

dernière maladie m'ont été d'un grand secours dans l'autre, en les

combinant de diverses manières avec les spécifiques appropriés.

Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 2 · 第 1 / 9 段