LES TOMBEAUX

Les Égyptiens composaient l'homme de plusieurs êtres différents, dont

chacun avait ses fonctions et sa vie propre. C'était d'abord le corps,

puis le double (ka), qui est le second exemplaire du corps en une

matière moins dense que la matière corporelle, une projection colorée,

mais aérienne de l'individu, le reproduisant trait pour trait, enfant,

s'il s'agissait d'un enfant, femme s'il s'agissait d'une femme, homme

s'il s'agissait d'un homme. Après le double venait l'âme (bi, baï), que

l'imagination populaire se représentait sous la figure d'un oiseau, et

après l'âme, le lumineux (khou), parcelle de flamme détachée du feu

divin. Aucun de ces éléments n'était impérissable par nature; mais,

livrés à eux-mêmes, ils n'auraient pas tardé à se dissoudre et l'homme à

mourir une seconde fois, c'est-à-dire à tomber dans le néant. La piété

des survivants avait trouvé le moyen d'empêcher qu'il en fût ainsi. Par

l'embaumement, elle suspendait pour les siècles la décomposition des

corps; par la prière et par l'offrande, elle sauvait le double, l'âme et

le lumineux de la seconde mort, et elle leur procurait ce qui leur était

nécessaire à prolonger leur existence. Le double ne quittait jamais le

lieu où reposait la momie. L'âme et le lumineux s'en éloignaient pour

suivre les dieux, mais y revenaient sans cesse, comme un voyageur qui

rentre au logis après une absence. Le tombeau était donc une maison, la

_maison éternelle_ du mort, au prix de laquelle les maisons de cette

terre sont des hôtelleries, et le plan sur lequel il était établi

répondait fidèlement à la conception que l'on se faisait de l'autre

vie. Il devait renfermer les appartements privés de l'âme, où nul vivant

ne pouvait pénétrer sans sacrilège, passé le jour de l'enterrement, les

salles d'audience du double, où les prêtres et les amis venaient

apporter leurs souhaits et leurs offrandes, et, entre les deux, des

couloirs plus ou moins longs. La manière dont ces trois parties étaient

disposées variait beaucoup selon les époques, les localités, la nature

du terrain, la condition et le caprice de chaque individu. Souvent les

pièces accessibles au public étaient bâties au-dessus du sol et

formaient un édifice isolé. Souvent encore, elles étaient creusées

entièrement dans le flanc d'une montagne avec le reste du tombeau.

Souvent enfin, le réduit où la momie reposait et le couloir étaient dans

un endroit, tandis qu'elles s'élevaient au loin dans la plaine. Mais, si

l'on remarque des variantes nombreuses dans les détails et dans le

groupement des parties, le principe est toujours le même: la tombe est

un logis, dont l'agencement doit favoriser le bien-être et assurer la

perpétuité du mort.

L'archéologie égyptienne · 第 16 / 35 题