M. Sawyer inclina la tête.

«Et vous aussi, monsieur,» ajouta Pott en s'adressant à M. Ben Allen.

Celui-ci reconnut l'agréable imputation.

--Et vous êtes tous les deux profondément imbus de ces principes bleus,

que j'ai promis aux peuples de ce royaume de défendre et de maintenir

tant que je vivrai?

--Hé! hé! quant à cela, je n'en sais trop rien, répliqua Bob, je

suis....

--Pas un jaune, n'est-ce pas? monsieur Pickwick, interrompit l'éditeur

en reculant sa chaise. Votre ami n'est pas un jaune, monsieur.

--Non, non, répliqua Bob. Je suis une espèce de tartan écossais, à

présent; un composé de toutes les couleurs.

--Un vacillateur, dit Pott d'une voix solennelle; un vacillateur! Ah!

monsieur, si vous pouviez lire une série de huit articles, qui ont paru

dans _la Gazette d'Eatanswill_, j'ose dire que vous ne seriez pas

longtemps sans asseoir vos opinions sur une base ferme et solide.

--Et moi, j'ose dire que je deviendrais tout bleu, avant d'être arrivé à

la fin,» rétorqua Bob.

M. Pott le regarda d'un air soupçonneux, pendant quelques minutes, puis

se tournant vers M. Pickwick: «Vous avez lu, sans doute, les articles

littéraires qui ont paru par intervalles, depuis trois mois, dans _la

Gazette d'Eatanswill_, et qui ont excité une attention si générale

et.... et je puis le dire, une admiration si universelle.

--Eh! mais, répliqua M. Pickwick, légèrement embarrassé par cette

question, le fait est que j'ai été tellement occupé, d'une autre

manière, que je n'ai réellement pas eu la possibilité de les parcourir.

--Il faut les lire, monsieur, dit l'éditeur d'un air sévère.

--Oui, certainement.

--Ils ont paru sous la forme d'une critique très-détaillée d'un ouvrage

sur la métaphysique chinoise.

--Ah! très-bien.... Ces articles sont de vous? j'espère.

--Ils sont de mon critique, monsieur, répliqua Pott avec grande dignité.

--Un sujet bien abstrait, à ce qu'il semble?

--Tout à fait, répondit Pott, avec l'air profond d'un sage. Il a fait,

sous ma direction, des études préparatoires. D'après mon avis, il s'est

aidé, pour cela, de l'_Encyclopédie britannique_.

--En vérité? Je ne savais pas que cet excellent ouvrage contînt quelque

chose sur la métaphysique chinoise.

--Monsieur, continua Pott, en posant sa main sur le genou de M.

Pickwick et en regardant autour de lui avec un sourire de supériorité

intellectuelle, il a lu, pour la métaphysique, à la lettre M; et pour la

Chine, à la lettre C; et il a amalgamé les fruits de cette double

lecture, monsieur!»

Les traits de M. Pott rayonnèrent de tant de grandeur additionnelle, au

souvenir de la puissance de génie et des trésors de science déployés

dans le docte travail en question, qu'il s'écoula quelques minutes avant

que M. Pickwick eût la hardiesse de recommencer la conversation.

Pourtant la contenance de l'éditeur étant retombée graduellement dans

son expression ordinaire de suprématie morale, notre philosophe se

hasarda à lui dire: «Me sera-t-il permis de demander quel grand objet

vous a amené si loin de votre maison?

--L'objet qui me guide et qui m'anime toujours, dans mes gigantesques

travaux, répliqua Pott avec un sourire; le bien de mon pays.

--Je supposais, effectivement, que c'était quelque mission politique.

--Oui, monsieur, vous aviez raison, répondit Pott. Puis, se courbant

vers M. Pickwick, il lui murmura à l'oreille d'une voix creuse et lente:

Il doit y avoir demain soir un bal jaune à Birmingham.

--En vérité! s'écria M. Pickwick.

--Oui, monsieur; et un souper jaune!

--Est-il possible?»

Pott affirma le fait par un signe majestueux.

Quoique M. Pickwick fit semblant d'être atterré par cette communication,

il était si peu versé dans la politique locale, qu'il ne pouvait pas

comprendre suffisamment l'importance de l'affreuse conspiration dont il

était question. M. Pott s'en aperçut, et tirant le dernier numéro de _la

Gazette d'Eatanswill_, lui lut avec solemnité le paragraphe suivant:

Aventures de Monsieur Pickwick, Vol. II · 第 52 / 73 题