CHAPITRE X.

Sam Weller, honoré d'une mission d'amour, s'occupe de l'exécuter. On

verra plus loin avec quel succès.

Durant toute la journée subséquente, Sam tint ses yeux constamment fixés

sur M. Winkle, déterminé à ne point le perdre de vue avant d'avoir reçu

de nouvelles instructions. Quelque désagréable que fût pour le

prisonnier cette grande vigilance, il pensa qu'il valait mieux la

supporter que de s'exposer à être emporté de vive force; car le fidèle

serviteur lui avait plus d'une fois fait entendre que le strict

sentiment de ses devoirs le forcerait à adopter cette ligne de conduite.

Il est même probable que Sam aurait fini par assoupir tous ses

scrupules, en ramenant à Bath M. Winkle, pieds et poings liés, si la

prompte attention donnée par M. Pickwick au billet remis par Dowler,

n'avait point rendu inutile, cette manière de procéder. En un mot, à

huit heures du soir, M. Pickwick, lui-même entra dans le café de l'hôtel

du Buisson, et avec un sourire dit à Sam enchanté, qu'il s'était

très-bien comporté et n'avait pas besoin de monter la garde davantage.

«J'ai pensé, continua M. Pickwick, en s'adressant à M. Winkle, pendant

que Sam le débarrassait de sa redingote et de son cache-nez, j'ai pensé

que je ferais mieux de venir moi-même, m'assurer que vos vues sur cette

jeune personne sont honorables et sérieuses, avant de consentir à ce que

Sam soit employé dans cette affaire.

--Tout à fait honorables et sérieuses, répliqua M. Winkle avec grande

énergie, je vous l'assure du fond de mon coeur, de toute mon âme.

--Rappelez-vous, reprit M. Pickwick, avec un regard humide,

rappelez-vous que nous l'avons rencontrée chez notre excellent ami

Wardle. Ce serait bien mal reconnaître son hospitalité, que de traiter

avec légèreté les affections de sa jeune amie. Je ne le permettrais pas,

monsieur; je ne le permettrais pas.

--Je n'ai certainement pas cette idée-là, s'écria chaleureusement M.

Winkle. J'ai réfléchi pendant longtemps, et je sens que mon bonheur est

tout entier en elle.

--Voilà ce que j'appelle mettre tous ses oeufs dans le même panier,»

interrompit Sam avec un agréable sourire.

M. Winkle prit un air sérieux à cette observation, et M. Pickwick irrité

engagea son serviteur à ne pas badiner avec un des meilleurs sentiments

de notre nature.

«Certainement, monsieur, répondit Sam, mais il y en a tant de ces

meilleurs-là, que je ne m'y reconnais jamais, quand on m'en parle.»

Cet incident terminé, M. Winkle raconta ce qui s'était passé entre lui

et M. Ben Allen, relativement à Arabelle. Il dit que son but actuel

était d'avoir une entrevue avec la jeune personne, et de lui faire un

aveu formel de sa passion. Enfin il déclara que le lieu de sa détention

lui paraissait être quelque part aux environs des Dunes, ce qui semblait

résulter de certaines insinuations obscures dudit Ben Allen; mais

c'était tout ce qu'il avait pu apprendre ou soupçonner.

Malgré l'inanité de ces renseignements il fut décidé que Sam partirait

le lendemain, pour une expédition de découverte. Il fut convenu aussi

que M. Pickwick et M. Winkle, qui avaient moins de confiance dans leur

habileté, se promèneraient pendant ce temps dans la ville et entreraient

_par hasard_, chez M. Bob Sawyer, dans l'espérance d'apprendre quelque

chose sur la jeune lady.

En conséquence, Sam se mit en quête le lendemain matin, sans être

aucunement découragé par les difficultés qui l'attendaient. Il marcha de

rue en rue, nous allions presque dire de coteau en coteau, mais c'est

toute montée jusqu'à Clifton. Durant tout ce temps il ne vit rien, il ne

rencontra personne qui pût jeter la moindre lumière sur son entreprise.

Il eut de nombreux colloques avec des grooms qui faisaient prendre l'air

à des chevaux sur la route, avec des nourrices qui faisaient prendre

l'air à des enfants sur le pas de la porte: mais il ne put rien tirer ni

des uns ni des autres qui eût le rapport le plus éloigné avec l'objet de

son habile enquête. Il y avait dans force maisons, force jeunes ladies,

dont le plus grand nombre étaient violemment soupçonnées par les

domestiques mâles ou femelles d'être profondément attachées à

quelqu'un, ou parfaitement disposées à s'attacher au premier venu, si

l'occasion s'en présentait; mais comme aucune de ces jeunes ladies

n'était miss Arabelle Allen, ces renseignements laissaient Sam

précisément aussi instruit qu'il l'était auparavant.

Il poursuivit sa route à travers les Dunes, en luttant contre un vent

violent, et, chemin faisant, il se demandait si, dans ce pays, il était

toujours nécessaire de tenir son chapeau des deux mains. Enfin il arriva

dans un endroit ombragé, où se trouvaient répandues plusieurs petites

villas, d'une apparence tranquille et retirée. Au fond d'une longue

impasse, devant une porte d'écurie, un groom, en veste du matin,

s'occupait à flâner, en société d'une pelle et d'une brouette; moyennant

quoi, il se persuadait apparemment à lui-même qu'il faisait quelque

chose d'utile. Nous ferons remarquer, en passant, que nous avons

rarement vu un groom auprès d'une écurie, qui, dans ses moments de

laisser aller, ne fût pas plus ou moins victime de cette singulière

illusion.

Sam pensa qu'il pourrait parler avec ce groom, aussi bien qu'avec tout

autre, et cela d'autant plus, qu'il était fatigué de marcher, et qu'il y

avait une bonne grosse pierre, juste en face de la porte. Il se dandina

donc jusqu'au fond de la ruelle, et, s'asseyant sur la pierre, ouvrit la

conversation avec l'admirable aisance qui le caractérisait.

«Bonsoir, vieux, dit-il.

--Vous voulez dire bonjour? répliqua le groom, en jetant à Sam un regard

rechigné.

--Vous avez raison, vieux, je voulais dire bonjour. Comment vous va?

--Eh! je ne me sens guère mieux, depuis que vous êtes là.

--C'est drôle, vous paraissez pourtant de bien bonne humeur, vous avez

la mine si guillerette que ça réjouit le coeur de vous voir.»

À cette plaisanterie, le groom rechigné parut plus rechigné encore, mais

non pas suffisamment pour produire quelque impression sur Sam. Celui-ci

lui demanda immédiatement, et avec un air de grand intérêt, si le nom de

son maître n'était pas un certain M. Walker.

«Non, répondit le groom.

--Ni Brown, je suppose.

--Non.

--Ni Wilson.

--Non.

--Eh! bien alors, je me suis trompé et il n'a pas l'honneur de ma

connaissance, comme je me l'étais d'abord figuré.»

Cependant le groom, ayant rentré sa brouette, s'apprêtait à fermer la

porte.

«Ne restez pas à l'air pour moi, lui cria Sam. Où il y a de la gêne, il

n'y a pas de plaisir. Je vous excuserai, mon vieux.

--Je vous casserais bien la tête pour un liard, dit le groom rechigné en

fermant une moitié de la porte.

--Peux pas la céder pour si peu, rétorqua Sam, ça vaudrait au moins tous

vos gages jusqu'à la fin de vos jours, et encore ça serait trop bon

marché. Mes compliments chez vous. Dites qu'on ne m'attende pas pour

dîner, et qu'on ne mette rien de côté pour moi, parce que ce serait

froid avant que je revienne.»

En réponse à ces compliments, le groom dont la bile s'échauffait,

grommela un désir indistinct d'endommager le crâne de quelqu'un.

Néanmoins il disparut sans exécuter sa menace, poussant la porte

derrière lui avec colère et sans faire attention à la tendre requête de

M. Weller, qui le suppliait de lui laisser une mèche de ses cheveux.

Sam était resté assis sur la pierre et continuait de méditer sur ce

qu'il avait à faire. Déjà il avait arrangé dans son esprit un plan, qui

consistait à frapper à toutes les portes, dans un rayon de cinq milles

autour de Bristol, les mettant l'une dans l'autre à cent cinquante ou

deux cents par jour, et comptant de cette manière arriver à découvrir

miss Arabelle Allen dans un temps donné, lorsque tout à coup le hasard

jeta entre ses mains, ce qu'il aurait pu chercher pendant toute une

année, sans le rencontrer.

Dans l'impasse où s'était installé Sam, ouvraient trois ou quatre

grilles appartenant à autant de maisons, qui, quoique détachées les unes

des autres, n'étaient cependant séparées que par leur jardin. Comme

ceux-ci étaient grands et bien plantés, non-seulement les maisons se

trouvaient écartées, mais la plupart étaient cachées par les arbres. Sam

était assis les yeux fixés sur la porte voisine de celle où avait

disparu le groom rechigné; il retournait profondément dans son esprit

les difficultés de sa présente entreprise, lorsqu'il vit la porte qu'il

regardait machinalement, s'ouvrir et laisser passer une servante qui

venait secouer dans la ruelle des descentes de lit.

M. Weller était si préoccupé de ses pensées, que très-probablement il

se serait contenté de lever la tête et de remarquer que la jeune

servante avait l'air très-gentille, si ses sentiments de galanterie

n'avaient pas été fortement remués, en voyant qu'il ne se trouvait là

personne pour aider la pauvrette, et que les tapis paraissaient bien

pesants pour ses mains délicates. Sam était un gentleman fort galant à

sa manière. Aussitôt qu'il eut remarqué cette circonstance, il quitta

brusquement sa pierre, et s'avançant vers la jeune fille: «Ma chère,

dit-il d'un ton respectueux, vous gâterez vos jolies proportions, si

vous secouez ces tapis là toute seule. Laissez-moi vous aider.»

La jeune bonne, qui avait modestement affecté de ne pas savoir qu'un

gentleman était si prêt d'elle, se retourna au discours de Sam, dans

l'intention (comme elle le dit plus tard elle-même) de refuser l'offre

d'un étranger, quand, au lieu de répondre, elle tressaillit, recula et

poussa un léger cri, qu'elle s'efforça vainement de retenir. Sam n'était

guère moins bouleversé: car dans la physionomie de la servante, à la

jolie tournure, il avait reconnu les traits de sa bien-aimée, la

gentille bonne de M. Nupkins.

«Ah! Mary, ma chère!

--Seigneur! M. Weller! comme vous effrayez les gens!»

Sam ne fit pas de réponse verbale à cette plainte, et nous ne pouvons

même pas dire précisément quelle réponse il fit. Seulement nous savons

qu'après un court silence, Mary s'écria: «Finissez donc, M. Weller!» et

que le chapeau de Sam était tombé quelques instants auparavant, d'après

quoi nous sommes disposés à imaginer qu'un baiser, ou même plusieurs,

avaient été échangés entre les deux parties.

«Pourquoi donc êtes-vous venu ici? demanda Mary quand la conversation,

ainsi interrompue, fut reprise.

--Vous voyez bien que je suis venu ici pour vous chercher ma chère,

répondit Sam, permettant pour une fois à sa passion de l'emporter sur sa

véracité.

--Et comment avez-vous su que j'étais ici? Qui peut vous avoir dit que

j'étais entrée chez d'autres maîtres à Ipswich, et qu'ensuite ils

étaient venus dans ce pays-ci? Qui donc a pu vous dire ça, M. Weller?

--Ah, oui! reprit Sam avec un regard malin, voilà la question: qui peut

me l'avoir dit?

--Ce n'est pas M. Muzzle, n'est-ce pas?

--Oh! non, répliqua Sam avec un branlement de tête solennel, ce n'est

pas lui.

--Il faut que ce soit la cuisinière?

--Nécessairement.

--Eh bien! qui est-ce qui se serait douté de ça!

--Pas moi, toujours, dit M. Weller. Mais Mary, ma chère (ici les

manières de Sam devinrent extrêmement tendres), Mary, ma chère, j'ai sur

les bras une autre affaire très-pressante. Il y a un ami de mon

gouverneur.... M. Winkle, vous vous en souvenez?

--Celui qui avait un habit vert? Oh, oui, je m'en souviens.

--Bon! Il est dans un horrible état d'amour, absolument confusionné, et

tout sens dessus dessous.

--Bah! s'écria Mary.

--Oui, poursuivit Sam; mais ça ne serait rien, si nous pouvions

seulement trouver la jeune lady.»

Ici, avec beaucoup de digressions sur la beauté personnelle de Mary, et

sur les indicibles tortures qu'il avait éprouvées pour son propre compte

depuis qu'il ne l'avait vue, Sam fit un récit fidèle de la situation

présente de M. Winkle.

«Par exemple, dit Mary, voilà qui est drôle!

--Bien sûr, reprit Sam; et moi, me voilà ici, marchant toujours comme le

juif errant (un personnage bien connu autrefois sur le _turf_, et que

vous connaissez peut-être, Mary, ma chère? qui avait fait la gageure de

marcher aussi longtemps que le temps et qui ne dort jamais), pour

chercher cette miss Arabelle Allen.

--Miss qui? demanda Mary avec grand étonnement.

--Miss Arabelle Allen.

--Bonté du ciel! s'écria Mary en montrant la porte que le groom rechigné

avait fermée après lui. Elle est là, dans cette maison. Voilà six

semaines qu'elle y reste. Leur femme de chambre m'a raconté tout cela

devant la buanderie un matin que toute la famille dormait encore.

--Quoi! la porte à côté de vous?

--Précisément.»

Sam se sentit tellement étourdi en apprenant cette nouvelle, qu'il se

trouva obligé de prendre la taille de la jolie bonne pour se soutenir,

et que plusieurs petits témoignages d'amour s'échangèrent entre eux,

avant qu'il fût suffisamment remis pour retourner au sujet de ses

recherches.

«Eh bien! reprit-il à la fin, si ça n'enfonce pas les combats de coq,

rien ne les enfoncera jamais, comme dit le lord maire quand le premier

secrétaire d'état proposa la santé de madame la mairesse après dîner.

Juste la porte après! Moi, qui ai reçu un message pour elle, et qui ai

déjà passé toute une journée, sans trouver moyen de le lui remettre!

--Ah! dit Mary, vous ne pouvez pas le lui donner maintenant. Elle ne se

promène dans le jardin que le soir, et seulement pendant quelques

minutes. Elle ne sort jamais sans la vieille lady.

Sam rumina durant quelques instants, et à la fin s'arrêta au plan

d'opérations que voici: il résolut de revenir à la brune, époque à

laquelle Arabelle faisait invariablement sa promenade, étant admis par

Mary dans le jardin de sa maison, il trouverait moyen d'escalader le

mur, au-dessous des branches pendantes d'un énorme poirier qui

l'empêcherait d'être aperçu de loin, puis, une fois là, il délivrerait

son message et tâcherait d'obtenir, en faveur de M. Winkle, une entrevue

pour le lendemain à la même heure. Ayant conclu ces arrangements fort

rapidement, il aida Mary à secouer ses tapis durant si longtemps

négligés.

Ce n'est pas une chose aussi innocente qu'on se l'imagine, que de

secouer ces petits tapis; ou du moins, s'il n'y a pas grand mal à les

secouer, il est fort dangereux de les plier. Tant qu'on ne fait que

secouer, tant que les deux parties sont séparées par toute la longueur

du tapis, c'est un amusement aussi moral qu'il soit possible d'en

inventer. Mais quand on commence à plier, et quand la distance diminue

d'une moitié à un quart, puis à un huitième, puis à un seizième, puis à

un trente-deuxième, si le tapis est assez long, cela devient extrêmement

périlleux. Nous ne savons pas au juste combien de tapis furent repliés

dans cette occasion, mais nous pouvons nous permettre d'assurer qu'à

chaque tapis Sam embrassa la jolie femme de chambre.

Les adieux terminés, M. Weller alla se régaler, avec modération, à la

taverne la plus voisine. Il ne revint dans l'impasse qu'à la brune, fut

introduit dans le jardin par Mary, et, ayant reçu d'elle plusieurs

admonestations concernant la sûreté de ses membres et de son cou, il

monta dans le poirier et attendit l'arrivée d'Arabelle.

Il attendit si longtemps, sans la voir venir, qu'il commençait à

craindre de ne rien voir du tout, lorsqu'il entendit sur le sable un

léger bruit de pas, et, immédiatement après, aperçut Arabelle elle-même,

qui marchait d'un air pensif dans le jardin. Lorsqu'elle fut arrivée

presque au-dessous du poirier, Sam, qui désirait lui indiquer doucement

sa présence, commença à faire diverses rumeurs diaboliques, semblables à

celles qui seraient sans doute, naturelles à une personne attaquée à la

fois, dès son enfance, d'une esquinancie, du croup et de la coqueluche.

La jeune lady jeta un regard effrayé vers le lieu d'où partaient ces

horribles sons, et ses alarmes n'étant nullement diminuées en voyant un

homme parmi les branches, elle se serait certainement enfuie et aurait

alarmé la maison, si, fort heureusement, la peur ne l'avait pas privée

de tous mouvements et ne l'avait pas forcée à s'asseoir sur un banc, qui

par bonheur se trouvait là.

«La voilà qui s'en va, se disait Sam tout perplexe. Quelle vexation que

ces jeunes créatures veulent toujours s'évanouir mal à propos! Eh! jeune

lady.... miss carabin.... Mme Winkle, tranquillisez-vous!»

Était-ce le nom magique de M. Winkle? ou la fraîcheur de l'air? ou

quelque souvenir de la voix de Sam, qui ranima Arabelle? cela est peu

important à savoir. Elle releva la tête et demanda d'une voix

languissante:

«Qui est là? que me voulez-vous?

--Chut! répondit Sam en se hissant sur le mur et en s'y blottissant dans

le moindre espace possible; ça n'est que moi, miss, ça n'est que moi.

--Le domestique de M. Pickwick? s'écria Arabelle avec vivacité.

--Lui-même, miss. Voilà M. Winkle qu'est tout à fait estomaqué de

désespoir.

--Ah! fit Arabelle en s'approchant plus près du mur.

--Hélas! oui, poursuivit Sam. Nous avons cru qu'il faudrait lui mettre

la camisole de force la nuit dernière. Il n'a fait que rêver toute la

journée, et il jure que, s'il ne vous voit pas demain soir, il veut

être.... il veut qu'il lui arrive quelque chose de désagréable!

--Oh non! non, M. Weller! s'écria Arabelle en joignant les mains.

--C'est là ce qu'il dit, miss, répliqua Sam froidement. C'est un homme

d'honneur, miss, et, dans mon opinion, il le fera comme il dit. Il a

tout appris du vilain magot en lunettes.

--Mon frère! s'écria Arabelle à qui la description de Sam rappelait des

souvenirs de famille.

--Je ne sais pas trop lequel est votre frère, miss. Est-ce le plus

malpropre des deux?

--Oui, oui, M. Weller! Continuez, dépêchez-vous, je vous prie.

--Eh bien! miss, il a tout appris par lui, et c'est l'opinion du

gouverneur que, si vous ne le voyez pas très-promptement, le carabin

dont nous venons de parler recevra assez de plomb dans la tête, pour la

détériorer, si on veut jamais la conserver dans de l'esprit de vin.

--Oh! ciel! que puis-je faire pour prévenir ces épouvantables querelles?

--C'est la supposition d'un attachement antérieur qui est la cause de

tout, miss. Vous feriez mieux de le voir.

--Mais où? comment? s'écria Arabelle. Je ne puis quitter la maison toute

seule, mon frère est si peu raisonnable, si injuste! Je sais combien il

peut paraître étrange que je vous parle ainsi, M. Weller, mais je suis

malheureuse, bien malheureuse!...»

Ici la pauvre Arabelle se mit à pleurer amèrement, et Sam devint

chevaleresque.

«C'est possible que ça ait l'air étrange, reprit-il avec une grande

véhémence, mais tout ce que je puis dire, c'est que je suis disposé à

faire l'impossible pour arranger les affaires, et si ça peut être utile

de jeter soit l'un soit l'autre des carabins par la fenêtre, je suis

votre homme.» En disant ceci, et pour intimer son empressement de se

mettre à l'ouvrage, Sam releva ses parements d'habit, au hasard imminent

de tomber du haut en bas du mur, pendant cette manifestation.

Quelque flatteuse que fût cette profession de dévouement, Arabelle

refusa obstinément d'y avoir recours, au grand étonnement de l'héroïque

valet. Pendant quelque temps elle refusa, tout aussi courageusement,

d'accorder à M. Winkle l'entrevue demandée par Sam d'une manière si

pathétique; mais à la fin, et lorsque la conversation menaçait d'être

interrompue par l'arrivée intempestive d'un tiers, elle lui donna

rapidement à entendre, avec beaucoup d'expressions de gratitude, qu'il

ne serait pas impossible qu'elle se trouvât dans le jardin le lendemain,

une heure plus tard. Sam comprit parfaitement la chose; et Arabelle, lui

ayant accordé un de ses plus doux sourires, s'éloigna d'un pas leste et

gracieux, laissant M. Weller dans une vive admiration de ses charmes,

tant spirituels que corporels.

Descendu sans encombre de sa muraille, Sam n'oublia pas de dévouer

quelques minutes à ses propres affaires, dans le même département; puis

il retourna directement à l'hôtel du Buisson, où son absence prolongée

avait occasionné beaucoup de suppositions et quelques alarmes.

«Il faudra que nous soyons très-prudents, dit M. Pickwick après avoir

écouté attentivement le récit de Sam: non dans notre propre intérêt,

mais dans celui de la jeune lady. Il faudra que nous soyons

très-prudents.

--Nous? s'écria M. Winkle avec une emphase marquée.»

Le ton de cette observation arracha à M. Pickwick un coup d'oeil

d'indignation momentanée, mais qui fut remplacé presque aussitôt par son

expression de bienveillance accoutumée, lorsqu'il répondit: «Oui,

_nous_, monsieur! Je vous accompagnerai.

--Vous? s'écria M. Winkle.

--Moi, reprit M. Pickwick d'un ton doux. En vous accordant cette

entrevue, la jeune lady a fait une démarche naturelle, peut-être, mais

très-imprudente. Si je m'y trouve présent, moi qui suis un ami commun,

et assez vieux pour être le père de l'un et de l'autre, la voix de la

calomnie ne pourra jamais s'élever contre elle, par la suite.»

En parlant ainsi, la contenance de M. Pickwick s'illumina d'une honnête

satisfaction de sa propre prévoyance.

M. Winkle fut touché de cette preuve délicate de respect donnée par M.

Pickwick à sa jeune protégée. Il saisit la main du philosophe avec un

sentiment qui tenait de la vénération.

«Vous y viendrez? lui dit-il.

--Oui, répliqua M. Pickwick. Sam, vous préparerez mon paletot et mon

châle, et vous aurez soin de faire venir une voiture à la porte, demain

soir un peu avant l'heure nécessaire, afin que nous soyons sûrs

d'arriver à temps.»

Sam toucha son chapeau en signe d'obéissance et se retira pour faire les

préparatifs de l'expédition.

La voiture fut ponctuelle à l'heure désignée, et après avoir installé M.

Pickwick et M. Winkle dans l'intérieur, Sam se plaça sur le siége à côté

du cocher. Ils descendirent comme ils étaient convenus, à environ un

quart de mille du lieu du rendez-vous, et, ordonnant au cocher

d'attendre leur retour, firent le reste du chemin à pied.

C'est dans cette période de leur entreprise que M. Pickwick, avec

plusieurs sourires et divers autres signes d'un grand contentement

intérieur, tira d'une de ses poches une lanterne sourde dont il s'était

pourvu spécialement pour cette occasion. Tout en marchant, il en

expliquait à M. Winkle la grande beauté mécanique, à l'immense surprise

du peu de passants qu'ils rencontraient.

«Je m'en serais mieux trouvé si j'avais eu quelque chose de la sorte

dans ma dernière expédition nocturne, au jardin de la pension, eh! eh!

Sam? dit-il en se tournant avec bonne humeur vers son domestique qui

marchait derrière lui.

--Très-jolies choses quand on connaît la manière de s'en servir,

monsieur. Mais si on ne veut pas être vu, je crois qu'elles sont plus

utiles quand la chandelle est éteinte.»

M. Pickwick fut apparemment frappé de la remarque de Sam, car il mit la

lanterne dans sa poche, et ils continuèrent à marcher en silence.

«Par ici, monsieur, murmura Sam. Laissez-moi vous conduire. Voici la

ruelle, monsieur.»

Ils entrèrent dans la ruelle, et comme elle était passablement noire, M.

Pickwick, pour voir le chemin, tira deux ou trois fois sa lanterne, et

jeta devant eux une petite échappée de lumière fort brillante d'environ

un pied de diamètre. C'était extrêmement joli à regarder; mais cela ne

semblait avoir d'autre effet que de rendre plus obscures les ténèbres

environnantes.

À la fin, ils arrivèrent à la grosse pierre, sur laquelle Sam fit

asseoir son maître et M. Winkle, tandis qu'il allait faire une

reconnaissance, et s'assurer que Mary les attendait.

Après une absence de huit ou dix minutes, Sam revint dire que la porte

était ouverte et que tout paraissait tranquille. M. Pickwick et M.

Winkle, le suivant d'un pas léger, se trouvèrent bientôt dans le jardin,

et là tout le monde se prit à dire: Chut! chut! un assez grand nombre de

fois; mais cela étant fait, personne ne sembla plus avoir une idée

distincte de ce qu'il fallait faire ensuite.

«Miss Allen est-elle déjà dans le jardin, Mary? demanda M. Winkle fort

agité.

--Je n'en sais rien, monsieur, répondit la jolie bonne. La meilleure

chose à faire, c'est que M. Weller vous donne un coup d'épaule dans

l'arbre, et peut-être que monsieur Pickwick aura la bonté de voir si

personne ne vient dans la ruelle pendant que je monterai la garde à

l'autre bout du jardin. Seigneur! qu'est-ce que cela?

--Cette satanée lanterne causera notre malheur à tous! s'écria Sam

aigrement. Prenez garde à ce que vous faites, monsieur; vous envoyez un

tremblement de lumière, droit dans la fenêtre du parloir.

--Pas possible!... dit M. Pickwick, en détournant brusquement sa

lanterne. Je ne l'ai pas fait exprès.

--Maintenant, vous illuminez la maison voisine, monsieur.

--Bonté divine!... s'écria M. Pickwick en se détournant encore.

--Voilà que vous éclairez l'écurie, et l'on croira que le feu y est.

Fermez la cloison, monsieur; est-ce que vous ne pouvez pas?

--C'est la lanterne la plus extraordinaire que j'aie jamais rencontrez

dans toute ma vie! s'écria M. Pickwick, grandement abasourdi par les

effets pyrotechniques qu'il avait produits sans le vouloir. Je n'ai

jamais vu de réflecteur si puissant.

--Il sera trop puissant pour nous, si vous le tenez flambant de cette

manière ici, monsieur, répliqua Sam, comme M. Pickwick, après d'autres

efforts inutiles, parvenait à fermer la coulisse. J'entends les pas de

la jeune lady, monsieur Winkle, monsieur, oup là!

--Arrêtez, arrêtez!... dit M. Pickwick. Je veux lui parler d'abord;

aidez-moi, Sam.

--Doucement, monsieur, répondit Sam en plantant sa tête contre le mur et

faisant une plate-forme de son dos. Montez sur ce pot de fleur ici,

monsieur. Allons maintenant, oup!

--J'ai peur de vous blesser, Sam.

--Ne vous inquiétez pas, monsieur. Aidez-le à monter, monsieur Winkle.

Allons, monsieur, allons! voilà le moment.»

Sam parlait encore, et déjà M. Pickwick était parvenu à lui grimper sur

le dos, par des efforts presque surnaturels chez un gentleman de son âge

et de son poids. Ensuite Sam se redressa doucement, et M. Pickwick,

s'accrochant au sommet du mur, tandis que M. Winkle le poussait par les

jambes, ils parvinrent de cette façon à amener ses lunettes juste au

niveau du chaperon.

«Ma chère, dit M. Pickwick, en regardant par-dessus le mur et en

apercevant de l'autre côté Arabelle, n'ayez pas peur ma chère, c'est

seulement moi.

--Oh! je vous en supplie, monsieur Pickwick, allez-vous-en! Dites-leur

de s'en aller; je suis si effrayée! Cher monsieur Pickwick, ne restez

pas là; vous allez tomber et vous tuer, j'en suis sûre.

--Allons, ma chère enfant, ne vous alarmez pas, reprit M. Pickwick d'un

ton encourageant. Il n'y a pas le plus petit danger, je vous assure.

Tenez-vous ferme, Sam, continua-t-il en regardant en bas.

--Tout va bien, monsieur, répliqua Sam. Cependant ne soyez pas plus long

qu'il ne faut, si ça vous est égal; vous êtes un brin pesant, monsieur.

--Encore un seul instant, Sam. Je désirais seulement vous apprendre, ma

chère, que je n'aurais pas permis à mon jeune ami de vous voir de cette

manière clandestine, si la situation dans laquelle vous êtes placée lui

avait laissé une autre alternative. Mais, de peur que l'inconvenance de

cette démarche ne vous causât quelque déplaisir, j'ai voulu vous faire

savoir que je suis présent. Voila tout, ma chère.

--En vérité, monsieur Pickwick, je vous suis très-obligée pour votre

bonté et votre prévoyance, répondit Arabelle en essuyant ses larmes avec

son mouchoir.»

Elle en aurait dit bien davantage, sans doute, si la tête de M. Pickwick

n'avait pas soudainement disparu, en conséquence d'un faux pas qu'il

avait fait sur l'épaule de Sam, et grâce auquel il se trouva tout à coup

sur la terre. Cependant il fut remis sur ses pieds en un moment, et,

disant à M. Winkle de se hâter de terminer son entrevue, il courut au

bout de la ruelle pour monter la garde avec tout le courage et l'ardeur

d'un jeune homme. M. Winkle, inspiré par l'occasion, fut sur le mur en

un clin d'oeil; il s'y arrêta néanmoins pour engager Sam à prendre soin

de son maître.

«Soyez tranquille, monsieur, je m'en charge.

--Où est-il, que fait-il, Sam?

--Dieu bénisse ses vieilles guêtres! répliqua Sam en regardant vers la

porte du jardin. Il monte la garde dans la ruelle avec sa lanterne

sourde, comme un aimable Mandrin. Je n'ai jamais vu une si charmante

créature de mes jours. Dieu me sauve! si je n'imagine pas que son coeur

doit être venu au monde vingt-cinq ans après son corps, pour le moins.»

M. Winkle n'était pas resté pour entendre l'éloge de son ami; il s'était

précipité à bas du mur, il s'était jeté aux pieds d'Arabelle, et

plaidait la sincérité de sa passion avec une éloquence digne de M.

Pickwick lui-même.

Pendant que ces choses se passaient en plein air, un gentleman d'un

certain âge, et fort distingué dans les sciences, était assis dans sa

bibliothèque, deux ou trois maisons plus loin et s'occupait à écrire un

traité philosophique, adoucissant de temps en temps son gosier et son

travail avec un verre de Bordeaux, qui résidait à côté de lui dans une

bouteille vénérable. Pendant les agonies de la composition, le savant

gentleman regardait quelquefois le tapis, quelquefois le plafond,

quelquefois la muraille; et quand ni le tapis, ni le plafond, ni la

muraille ne lui donnaient le degré nécessaire d'inspiration, il

regardait par la fenêtre.

Dans une de ces défaillances de l'invention, notre savant observait avec

abstraction les ténèbres extérieures, lorsqu'il fut étrangement surpris

en remarquant une lumière très-brillante qui glissait dans les airs, à

une petite distance du sol, et qui s'évanouit presque instantanément. Au

bout de quelques secondes, le phénomène s'était répété, non pas une

fois, ni deux, mais plusieurs.

À la fin, le savant déposa sa plume, et commença à chercher quelle

pouvait être la cause naturelle de ces apparences.

Ce m'étaient point des météores, elles luisaient trop bas; ce n'étaient

pas des vers luisants, elles brillaient trop haut. Ce n'étaient point

des feux follets, ce n'étaient point des mouches phosphoriques, ce

n'étaient point des feux d'artifice; que pouvait-ce donc être? Quelque

jeu de la nature, étonnant, extraordinaire, qu'aucun philosophe n'avait

jamais vu auparavant; quelque chose que lui seul était destiné à

découvrir, et qui, recueilli par lui pour le bénéfice de la postérité,

devait immortaliser son nom. Plein de ces idées, le savant saisit de

nouveau sa plume, et confia au papier la description exacte et

minutieuse de ces apparitions sans exemple, avec la date, le jour,

l'heure, la minute, la seconde précise où elles avaient été visibles.

C'étaient les premiers matériaux d'un volumineux traité, plein de

grandes recherches et de science profonde, qui devait étonner toutes les

sociétés météorologiques des contrées civilisées.

Enivré par la contemplation de sa future grandeur, le savant se renversa

dans son fauteuil. La mystérieuse lumière reparut, plus brillante que

jamais, dansant, en apparence, du haut en bas de la ruelle, passant d'un

côté à l'autre, et se mouvant dans une orbite aussi excentrique que

celle des comètes elles-mêmes.

Le savant était garçon: ne pouvant appeler sa femme pour l'étonner, il

tira la sonnette et fit venir son domestique. «Pruffie, lui dit-il, il y

a cette nuit dans l'air quelque chose de bien extraordinaire. Avez-vous

vu cela? Et il montrait, par la fenêtre, les rayons lumineux qui

venaient de reparaître.

--Oui, monsieur.

--Et qu'en pensez-vous, Pruffie?

--Ce que j'en pense, monsieur?

--Oui. Vous avez été élevé à la campagne; savez-vous quelle est la cause

de ces lumières?»

La savant attendait en souriant une réponse négative.

«Monsieur, dit-il à la fin, j'imagine que ce sont des voleurs.

--Vous êtes un sot! Vous pouvez retourner en bas.

--Merci, monsieur, répondit Pruffie; et il s'en alla.»

Cependant le savant était cruellement tourmenté par l'idée que son

profond traité serait infailliblement perdu pour le monde, si

l'hypothèse de l'ingénieux M. Pruffie n'était pas étouffée dès sa

naissance. Il mit donc son chapeau et descendit doucement dans son

jardin, déterminé à étudier à fond le météore.

Or, quelque temps avant que le savant fût descendu dans son jardin, M.

Pickwick, croyant entendre venir quelqu'un, avait couru jusqu'au fond de

la ruelle, le plus vite qu'il avait pu, pour communiquer une fausse

alerte, et, dans sa course rapide, avait de temps en temps tiré la

coulisse de sa lanterne sourde pour éviter de tomber dans le fossé.

Aussitôt que cette alerte eut été donnée, M. Winkle regrimpa sur son

mur, Arabelle courut dans sa maison, la porte du jardin fut fermée, et

nos trois aventuriers s'en revenaient, de leur mieux, le long de la

ruelle, quand ils furent effrayés par le bruit que faisait le savant en

ouvrant la porte de son jardin.

«Halte! murmura Sam, qui marchait en avant, bien entendu. Montrez la

lumière juste une seconde, monsieur.»

M. Pickwick fit ce qui lui était demandé, et Sam voyant une tête d'homme

qui s'avançait avec précaution, à environ deux pieds de la sienne, lui

donna de son poing fermé une légère tape qui lui fit sonner le creux

contre la grille; puis, ayant accompli cet exploit avec grande

promptitude et dextérité, il prit M. Pickwick sur son dos et suivit M.

Winkle le long de la ruelle, avec une rapidité véritablement étonnante,

vu le poids dont il était chargé.

«Monsieur, demanda-t-il à son maître, quand il fut arrivé au bout,

avez-vous repris votre respire?

--Tout à fait... tout à fait maintenant, répliqua M. Pickwick.

--Allons! pour lors, reprit Sam en remettant le philosophe sur ses

pieds, venez entre nous, monsieur; pas plus d'un demi-mille à courir.

Imaginez que vous gagnez un prix, et en route!»

Ainsi encouragé, M. Pickwick fit le meilleur usage possible de ses

jambes, et l'on peut assurer avec confiance que jamais une paire de

guêtres noires n'arpenta le terrain plus lestement que ne le firent les

guêtres de M. Pickwick dans cette occasion mémorable.

La voiture attendait, les chevaux étaient frais, la route bonne et le

cocher bien disposé. Toute la troupe arriva saine et sauve à l'hôtel

avant que M. Pickwick eût eu le temps de reprendre haleine.

«Entrez tout de suite, monsieur, dit Sam en aidant son maître à

descendre. Ne restez pas une seconde dans la rue après cet exercice ici.

Je vous demande pardon, monsieur, continua-t-il, en touchant son

chapeau, à M. Winkle qui descendait de la voiture. J'espère qui n'y a

pas d'attachement antérieur?»

M. Winkle serra la main de son humble ami, et lui dit à l'oreille: «Tout

va bien, Sam; parfaitement bien!»

À cette annonce, M. Weller, en signe d'intelligence, frappa trois coups

distincts sur son nez, sourit, cligna de l'oeil, et monta l'escalier,

avec une physionomie qui exprimait la satisfaction la plus vive.

Quant au savant gentleman de la ruelle, il démontra, dans un admirable

traité, que ces étonnantes lumières étaient des effets de l'électricité,

et il le prouva clairement, en détaillant comment un éclair éblouissant

avait dansé devant ses yeux, lorsqu'il avait mis la tête hors de sa

porte, et comment il avait reçu un choc qui l'avait étourdi pendant un

grand quart d'heure. Grâce à cette démonstration, qui charma toutes les

sociétés savantes de l'univers, il fut toujours considéré, depuis lors,

comme une des lumières de la science.

Aventures de Monsieur Pickwick, Vol. II · 第 33 / 73 题