CHAPITRE XV.

_De la Fiévre ardente, ou chaude._

§. 212. Presque toutes les maladies dont j'ai parlé jusqu'à présent,

sont produites par l'inflammation du sang, jointe à l'inflammation

particuliere de quelque partie, ou à quelque venin qui doit s'évacuer.

Quand le sang s'enflamme sans qu'il y ait aucune partie particulierement

attaquée, il produit cette fiévre, qu'on appelle fiévre ardente ou

chaude.

§. 213. Les signes qui la font connoître sont la dureté du pouls & sa

plénitude plus considérables dans cette maladie que dans aucune autre,

une chaleur très forte, une grande soif, une sécheresse extraordinaire

des yeux, des narines, des lévres, de la langue, de la gorge, un violent

mal de tête, & quelquefois des rêveries dans le tems du redoublement,

qui est considérable tous les soirs; la respiration un peu gênée,

sur-tout dans le tems du redoublement, avec une toux de tems en tems,

sans point dans la poitrine & sans crachats, le ventre resserré, les

urines rouges chaudes, peu abondantes; quelques tressaillemens ou

soubresauts, surtout quand le malade s'endort, peu ou point de bon

sommeil, mais presque toujours une espece d'assoupissement qui rend les

malades assez peu sensibles à ce qui se passe au tour d'eux & à leur

propre état; quelquefois un peu de sueur, mais à l'ordinaire la peau

très séche; de la foiblesse; peu ou point de goût & d'odorat.

§. 214. Cette maladie est produite comme toutes les maladies

inflammatoires par les causes qui épaississent le sang & en augmentent

le mouvement, comme l'excès du travail, la trop grande chaleur, les

veilles, l'abus du vin ou des liqueurs, un air trop long-tems sec, des

excès en tout genre, des alimens échauffans.

§. 215. L'on doit mettre d'abord le malade au régime §. 29, & même ne

donner des alimens que de huit en huit heures, & quelquefois même

seulement deux fois par jour. L'on pourroit dans les cas graves s'en

passer tout-à-fait. L'on réitere les saignées jusqu'à ce que le pouls

s'amollisse. La premiere doit être considérable. On en fait une seconde

quatre heures après. Si le pouls s'amollit, on peut suspendre & n'y

revenir que quand il prendroit assez de dureté pour faire craindre de

nouveau le danger; mais s'il continue à être fort & dur, on fait dans le

même jour la troisieme saignée, qui souvent est la derniere. On donne

deux & même trois lavemens par jour Nº. 5. On baigne deux fois par jour

les jambes dans l'eau tiéde; on lave en même-tems les mains avec la même

eau; on met des linges ou des flanelles trempées dedans, sur la poitrine

& sur le ventre, & l'on fait boire très réguliérement le lait d'amande

Nº. 4, & la ptisane Nº. 7; le pauvre peut se tenir à cette derniere,

mais il faut en boire prodigieusement. Après les saignées, l'air frais &

la quantité de boisson font le salut du malade. Si après les saignées,

la fiévre continuoit à être très forte, il faut l'abattre en donnant de

la potion Nº. 10, une tasse toutes les heures, jusqu'à ce qu'elle ait

diminué, & ensuite de trois en trois heures, jusqu'à ce qu'elle soit

très modérée.

§. 216. Il survient souvent dans cette maladie des saignemens de nez,

qui sont très salutaires. Les premiers signes d'amandement sont

l'amollissement du pouls, qui ne perd cependant tout-à-fait sa dureté,

que quand la maladie est entiérement terminée; la diminution du mal de

tête, l'augmentation des urines, la diminution dans leur rougeur, un

commencement d'humidité sur la langue. Tous ces signes favorables vont

en augmentant, & entre le neuf & le quatorze il survient ordinairement

souvent après quelques heures d'orages, des selles beaucoup plus

abondantes, une grande quantité d'urine qui dépose un sédiment d'un

blanc roux au-dessus duquel l'urine reste très claire & d'une couleur

naturelle, & des sueurs plus ou moins abondantes. En même-tems les

narines & la bouche s'humectent; cette croûte séche & brune qui couvroit

la langue & que rien ne pouvoit enlever, se dissipe d'elle même. Le goût

revient, la soif diminue, la clarté des idées renaît, l'assoupissement

se dissipe, le sommeil & les forces reviennent. A cette époque il faut

donner la potion Nº. 22, & mettre le malade au régime des convalescens.

On peut au bout de huit ou dix jours redonner la même potion. Chez

quelques malades, les urines ne déposent jamais; mais ils guérissent

très bien sans cela.

§. 217. On juge que le mal empire, si le pouls reste dur & perd sa

force, si le cerveau est plus embarrassé, la respiration plus gênée; les

yeux, le nez, les lévres, la langue plus secs, la voix plus changée. Si

à ces symptômes se joignent le gonflement du ventre, la diminution des

urines, un délire continuel, l'angoisse, l'égarement des yeux, le mal

est presque desespéré, le malade n'a plus que quelques heures à vivre,

quand ses mains & ses doigts sont continuellement en mouvement, comme

pour chercher quelque chose sur ses draps; c'est ce qu'on appelle

_chasser aux mouches_.

Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes · 第 44 / 157 题