CHAPITRE VI.

_Des maux de gorge, ou Esquinancies._

§. 97. La gorge est sujette à plusieurs maladies. L'une des plus

fréquentes & des plus dangereuses, c'est l'inflammation, qu'on appelle

ordinairement Esquinancie; qui est la même maladie, que l'inflammation

de poitrine; mais dans une partie différente; ce qui fait que les

symptomes sont fort différens. Ils varient même suivant les différentes

parties de la gorge qui sont enflammées.

§. 98. Les symptomes généraux de l'inflammation à la gorge sont, le

frisson, la chaleur, la fievre, le mal de tête, les urines rouges, la

difficulté, & quelquefois l'impossibilité d'avaler quoi que ce soit.

Mais si les parties les plus voisines de la glotte, c'est-à-dire, de

l'entrée du canal de la respiration, sont attaquées, il est très

difficile de respirer. Le malade sent de l'angoisse, des suffocations;

le mal gagne quelquefois la glotte, la trachée-artere, le poulmon, & la

maladie est promptement mortelle. L'inflammation des autres parties est

moins dangereuse, & elle l'est d'autant moins, que le mal est plus

extérieur. Quand l'inflammation est générale, & qu'elle occupe toutes

ces parties, & de plus, les amigdales, la luette, la base de la langue;

c'est une des maladies les plus dangereuses, & les plus horribles. Le

visage est enflé & enflammé; tout l'intérieur de la gorge l'est

également; le malade n'avale quoi que ce soit; il respire avec une peine

& une angoisse, qui, jointes à l'engorgement du cerveau, le jettent dans

une espece de délire furieux; la langue enfle & sort de la bouche; les

narines sont dilatées pour respirer; tout le col, jusques au-dessus de

la poitrine, est d'un gonflement prodigieux; le pouls est fréquent &

très foible, & souvent intermittent; le malade n'a point de forces, &

meurt ordinairement le second ou le troisieme jour.

§. 99. Quelquefois le mal quitte les parties intérieures, & se jette à

l'extérieur; la peau du col & de la poitrine rougit & devient

douloureuse, & le malade se sent mieux. D'autres fois le mal quitte la

gorge, mais c'est pour se porter au cerveau, ou sur le poulmon. L'un &

l'autre de ces deux derniers cas sont mortels, quand on n'a pas

sur-le-champ de très bons secours, qui sont même très souvent inutiles.

§. 100. L'espece la plus fréquente est celle qui attaque les amigdales &

la luette. Le mal commence ordinairement par une des amigdales, qui

devient grosse, rouge, douloureuse, & ne permet d'avaler qu'avec une

très grande peine. Quelquefois le mal se borne à un seul côté; mais plus

ordinairement il passe à la luette, & de là, à l'autre amigdale. Si le

mal n'est pas grave, la premiere est ordinairement mieux, quand la

seconde est attaquée. Lorsqu'elles le sont toutes deux ensemble, la

douleur & le malaise sont très considérables, le malade ne peut avaler

qu'avec la plus grande peine; & la sensibilité est si grande, que j'ai

vu des femmes avoir des convulsions. L'on est même quelquefois plusieurs

heures sans pouvoir rien prendre; tout le dessus de la bouche, le fonds

du palais, un peu de la base de la langue sont legerement rouges.

Plusieurs malades avalent le liquide plus difficilement que le solide,

parceque le liquide a besoin de plus d'action de la part des muscles

pour être dirigé. La salive est encore plus pénible que les autres

liquides; parcequ'elle est un peu visqueuse, & coule moins aisément.

Cette difficulté à l'avaler, jointe à la quantité qu'il s'en forme,

produit ce crachement presque continuel, qui incommode beaucoup quelques

malades; d'autant plus que l'intérieur des joues, les côtés & le bout de

la langue, & les levres s'écorchent souvent. Cela les empêche aussi de

dormir; mais ce n'est pas un mal; le sommeil est peu utile dans les

maladies fievreuses. J'ai vu souvent que ceux qui avoient cru leur gorge

presqu'entierement guerie le soir, y avoient très mal après quelques

heures de sommeil.

La fievre, dans cette espece, est quelquefois très forte, & le frisson

dure souvent plusieurs heures; il est suivi d'une chaleur considérable,

& d'un violent mal de tête, accompagné quelquefois d'assoupissement. Il

y a ordinairement assez de fievre le soir; mais quelquefois très peu, &

même point le matin.

Un leger commencement de mal de gorge précede souvent le frisson; mais

plus ordinairement, il ne se manifeste qu'après, en même tems que la

chaleur.

Le col est quelquefois un peu enflé, & plusieurs malades se plaignent

d'une douleur assez vive dans l'oreille, du côté le plus malade. J'ai

rarement vu qu'on en eût dans les deux.

§. 101. Ou l'inflammation se dissipe peu à peu, ou il se forme un abcès

dans la partie qui étoit la plus attaquée. Il n'est jamais arrivé, au

moins je l'ignore, que cette espece bien conduite se terminât par la

gangrene, ou par le durcissement; mais j'ai été témoin, que l'un &

l'autre arrivent, quand on veut forcer les sueurs dans le commencement

par des remedes chauds.

Il est aussi très rare qu'il se fasse ces transports facheux sur le

poulmon, comme dans l'espece des §. 98, 99. Il est vrai qu'il n'arrive

pas fréquemment non plus que le mal se jette au-dehors, comme dans la

même espece.

§. 102. Le traitement de l'esquinancie est, aussi bien que celui de

toutes les autres maladies inflammatoires, le même que celui de

l'inflammation de poitrine.

L'on met d'abord au regime §. 29; & dans l'espece (§. 98) il faut faire

quatre ou cinq saignées dans peu d'heures, & quelquefois on est obligé

d'y revenir. Quand elle est au degré le plus considérable, tous les

remedes sont le plus souvent inutiles; mais il faut les tenter. L'on

doit donner autant qu'il est possible, des boissons Nº. 2 & 4. Mais

comme souvent la quantité qu'ils en peuvent avaler, est très petite, il

faut donner des lavemens Nº. 5, de trois en trois heures, & mettre trois

fois par jour, pendant une demi heure, les jambes dans l'eau tiede.

§. 103. Les ventouses scarifiées, appliquées autour du col, après deux

ou trois saignées, sont souvent extrêmement utiles. Dans des cas presque

désespérés, quand le col est extrêmement gonflé, une ou deux incisions

profondes, faites avec un rasoir, sur cette enflure extérieure, ont

sauvé le malade.

§. 104. Dans l'espece (§. 100) il faut très souvent en venir à la

saignée; & il ne faut jamais l'omettre quand on trouve le pouls dur &

plein. Il est très important de la faire d'abord; c'est le seul moyen de

prévenir l'abcès, qui se forme avec une grande facilité, si l'on la

différe seulement de quelques heures. Quelquefois il faut la réiterer.

Il est rarement nécessaire d'en faire trois.

Souvent le mal est assez leger pour pouvoir guérir sans saignées,

moyennant beaucoup de menagement; mais ceux qui ne sont ni maîtres de

leurs tems, ni en situation d'être soignés, doivent, sans hésiter, faire

d'abord une saignée, qui emporte souvent le mal; surtout, si après

l'avoir faite, le malade boit beaucoup d'infusion Nº. 2.

Il suffit, dans cette espece, de prendre un bain de jambes, & un

lavement par jour. On prend l'un le matin, & l'autre le soir. Outre les

remedes généraux de l'inflammation, on en applique de particuliers sur

le mal, dans l'une & l'autre espece. Les meilleurs sont, 1. des

cataplasmes émolliens Nº. 9. sur tout le col. L'on vante beaucoup le

cataplasme de nid d'hirondelles. Je ne le blâme pas; mais il est

certainement moins efficace que tous ceux que j'indique. 2. Des

gargarismes Nº. 19. L'on peut en faire plusieurs, qui ont à-peu-près les

mêmes propriétés, & la même efficace. Ceux que j'indique, sont ceux qui

m'ont le mieux réussi; & ils sont très simples. 3. La vapeur de l'eau

chaude, comme dans le §. 52; l'on doit réiterer la vapeur, cinq ou six

fois jour; avoir toujours un cataplasme, & se gargariser très souvent.

Il y a des personnes, sans parler des enfans, qui ne savent pas se

gargariser; la douleur rend même la chose difficile. Alors, au lieu de

gargarismes, on peut injecter la même liqueur Nº. 19, avec une petite

seringue. L'injection va bien plus avant que le gargarisme, & elle fait

souvent cracher une quantité considérable de matieres glaireuses,

épaissies au fond de la gorge; ce qui soulage sensiblement le malade. Il

faut les réitérer souvent. L'on peut commodément employer à cet usage,

une de ces petites seringues de sureau, que tous les enfans de village

savent faire.

§. 105. Quand le mal peut se guerir sans suppuration, la fievre, le mal

de tête, la chaleur dans la gorge, la douleur en avalant, commencent à

diminuer dès le quatrieme jour; quelquefois déja le troisieme, souvent

seulement le cinquieme, & cette diminution augmente à grands pas; & au

bout de deux, trois ou quatre jours, le malade est très bien. Il y en a

cependant quelques-uns, qui conservent une très legere douleur,

seulement d'un côté, pendant quatre ou cinq jours, mais sans fievre, &

sans mal-aise.

§. 106. Quelquefois la fievre, & ses accidens diminuent après la saignée

& les autres remedes, sans qu'il survienne d'amandement dans la gorge,

ni de signes de suppuration. Dans ces cas, il faut insister

principalement sur les gargarismes & les vapeurs §. 104; & si l'on peut

avoir un Chirurgien un peu adroit, il faut qu'il fasse une scarification

sur les amigdales malades. Il en sort une certaine quantité de sang, &

ce remede soulage très promptement presque tous ceux qui l'emploient.

§. 107. Si l'inflammation ne se résout pas, mais qu'il se forme un

abcès, ce qui arrive presque toujours si l'on a négligé les commencemens

du mal; alors les accidens de la fievre continuent, quoiqu'un peu moins

fortement après le quatrieme jour; la gorge reste rouge, mais cependant

d'un rouge un peu moins vif; l'on conserve une douleur, mais plus sourde

& accompagnée quelquefois de pulsations; d'autres fois il n'y en a

point, ce dont il est bon d'être averti; le pouls devient ordinairement

un peu plus mol, & le cinquieme ou le sixieme jour, quelquefois plutôt,

l'abcès est prêt à s'ouvrir. On le connoît par une petite tumeur blanche

& molle, quand on ouvre la bouche, qui paroit ordinairement au centre de

l'inflammation. L'abcès se creve de lui-même, ou s'il ne s'ouvre pas, il

faut l'ouvrir; ce qu'on fait en assujettissant fortement une lancette au

bout d'un petit bâton, & l'enveloppant toute, excepté la pointe de la

longueur d'un quart ou d'un tiers de pouce, avec un linge doux. L'on

perce l'abcès avec la pointe de cette lancette. Au moment où l'abcès

s'ouvre, la bouche est inondée d'un pus d'un gout & d'une odeur

insoutenables. Il faut se gargariser avec le gargarisme détersif Nº. 19.

L'on est quelquefois surpris de la quantité de pus qui sort de l'abcès.

Il ne s'en forme ordinairement qu'un: j'en ai cependant vu quelquefois

deux.

§. 108. Il arrive, & ce cas n'est même pas rare, que le pus ne s'amasse

pas précisément dans l'endroit où paroissoit la forte inflammation, mais

dans quelque partie plus cachée; de façon que la facilité d'avaler

revient presqu'entierement, la fievre diminue, le malade dort. L'on se

persuade que l'on est gueri, & qu'il ne reste que les incommodités de la

convalescence. Quand on n'est pas Medecin ou Chirurgien, il est aisé de

s'y tromper. Voici les signes qui peuvent faire juger qu'il y a un

abcès. Une inquiétude, & un mal-aise général, une douleur dans toute la

bouche, quelques frissons de tems en tems, souvent des chaleurs vives &

passageres, un pouls assez mou sans être naturel, un sentiment

d'épaisseur & de pesanteur dans la langue, de petits boutons blancs sur

les gencives, sur l'intérieur des joues, sur l'intérieur & l'extérieur

des levres, un gout & une odeur désagréables.

§. 109. Dans ces cas, il faut tenir souvent dans la bouche du lait, ou

de l'eau, tiedes; recevoir la vapeur d'eau chaude, mettre autour du col

des émolliens; tous ces secours disposent l'abcès à s'ouvrir. Il faut

aussi chercher avec le doigt l'endroit où il est; & alors le Chirurgien

peut aisément l'ouvrir. Il m'est arrivé une fois qu'il s'en perça un

sous mon doigt, sans que je fisse aucun effort pour cela. On peut

injecter de l'eau tiede par la bouche, ou par les narines, un peu

fortement; cela occasionne quelquefois une espece de toux, ou des

efforts qui le font ouvrir. J'en ai vu s'ouvrir en riant. L'on ne doit

au reste point être inquiet de l'évenement. Je ne sache point d'exemple,

qu'on soit mort d'une esquinancie, dès que la suppuration est formée, ni

peut-être même, dès qu'elle a commencé à se former.

§. 110. Les glaires, dont la gorge est remplie, & l'inflammation même de

cette partie, qui, en irritant, produit le même effet que quand on porte

le doigt, ou quelqu'autre corps, au fond de la gorge, font que le malade

se plaint d'envies continuelles de vomir. Il faut être sur ses gardes, &

ne pas croire que ce mal de coeur vienne d'embarras d'estomac, & exige

un émétique. Ce seroit une grande faute, souvent, que d'en donner un; il

peut, quand l'inflammation est forte, la rendre mortelle; ou l'on est

obligé de faire une saignée pendant qu'il agit, pour diminuer sa

violence; & cette imprudence laisse souvent le malade, lors même qu'il

guerit, dans un état de langueur pendant long-tems. Il y a cependant

quelques maux de gorge avec fievre, dans lesquels on peut faire vomir;

mais c'est quand il n'y a point d'inflammation, ou quand on l'a

dissipée, & qu'il reste des matieres putrides dans les premieres voies.

J'en parlerai.

§. 111. L'on voit souvent, dans ce pays, une maladie différente des maux

de gorge dont je viens de parler, mais qui, comme eux, fait qu'on avalle

difficilement. On l'appelle en françois les _oreillons_, & assez

généralement, les _ourles_. C'est un engorgement des glandes qui servent

à former la salive, & surtout des deux grosses, qui sont entre l'oreille

& la machoire, qu'on appelle _parotides_, & des deux qui sont dessous la

machoire, qu'on appelle _maxillaires_: elles se gonflent

considérablement, & empêchent non-seulement d'avaler, mais même d'ouvrir

la bouche; parceque les mouvemens sont très douloureux. Les enfans y

sont beaucoup plus exposés que les grandes personnes. Comme

ordinairement il n'y a pas de fievre, il ne faut point de remede. Il

suffit de tenir les parties malades à l'abri du grand air, & d'y

appliquer, si l'on veut, quelque cataplasme; de diminuer beaucoup la

quantité de ses alimens, de se priver de viande & de vin, & de faire un

usage abondant de quelque liqueur chaude, qui délaie les humeurs &

rétablisse la transpiration. Je me gueris de ce mal, il y a sept ans, en

ne buvant, pendant quatre jours, que du thé de melisse, auquel je

joignis un quart de lait, & très peu de pain. Le même regime m'a gueri

souvent de legers maux de gorge.

§. 112. Il y a eu ici, ce printems, une quantité étonnante de maux de

gorge, de deux especes. Les uns, dont je ne dirai rien, étoient des maux

de gorge ordinaires, tels que je les ai décrits. Sans avoir rien de

particulier, ils ont été fréquens parmi les adultes, & ont très bien

gueri par la méthode que j'ai proposée. Les autres, dont je dirai

quelque chose, parceque je sais qu'ils ont regné dans quelques villages,

& qu'ils y ont fait du ravage, attaquoient aussi les adultes, mais

surtout les enfans, depuis l'âge d'un an, même au dessous, jusques à

douze ou treize.

Les premiers symptomes étoient, comme dans les maux ordinaires, le

frisson, la chaleur, l'abbattement, le mal de tête, le mal de gorge:

mais ce qui les distinguoit; c'est 1. que, souvent les malades avoient

de la toux, & un peu d'oppression. 2. Le pouls étoit plus vite, mais

moins dur & moins fort, qu'il ne l'est ordinairement dans les maux de

gorge. 3. Ils avoient une chaleur acre, seche, & une grande inquiétude.

4. Ils crachoient moins qu'on ne crache ordinairement dans le mal de

gorge, & avoient la langue très seche. 5. Quoiqu'ils eussent de la peine

à avaler, cependant ce n'est pas ce qui les incommodoit le plus, & ils

pouvoient boire suffisamment. 6. Le gonflement & la rougeur des

amigdales, de la luette, & du fond du palais, n'étant que peu

considérables, mais les glandes parotides & maxillaires, & surtout les

premieres, étant extrêmement gonflées, & enflammées, la douleur dont ils

se plaignoient le plus, étoit cette douleur extérieure. 7. Quand le mal

étoit grave, tout le col se gonfloit; & quelquefois même les vaisseaux

qui rapportent le sang du cerveau étant gênés, les malades avoient de

l'assoupissement & du délire. 8. Les redoublemens de la fievre étoient

assez irreguliers. 9. Les urines n'étoient pas aussi enflammées que dans

les autres maux de gorge. 10. La saignée & les autres remedes ne les

soulageoient pas aussi promptement, & le mal étoit plus long. 11. Il ne

venoit pas à suppuration, comme les autres especes, mais quelquefois les

amigdales s'ulceroient. 12. Presque tous les enfans, & un très grand

nombre d'adultes poussoient, ou dès le premier jour, ou seulement les

jours suivans, jusques au sixieme, une ébullition, qui, chez

quelques-uns, ressembloit assez à la rougeole; mais d'une couleur moins

vive, & sans aucune élevation. Elle commençoit au visage, au bras, de-là

aux jambes, aux cuisses, au corps, & se retiroit peu-à-peu, au bout de

deux ou trois jours, dans le même ordre qu'elle avoit observé en

poussant. D'autres, en très petit nombre (je n'en ai vu que cinq),

éprouvoient tous des accidens plus graves avant l'éruption, & poussoient

le vrai pourpre ou milliaire blanc. 13. Quand ces ébullitions avoient

poussé, ils se trouvoient ordinairement mieux. La derniere duroit

quatre, cinq, ou six jours, & se terminoit souvent par des sueurs. Ceux

qui ne les ont pas eues, & c'est le cas de plusieurs adultes, n'ont pu

se guerir que par des sueurs abondantes sur la fin: car au commencement

elles étoient inutiles, & même nuisibles. 14. J'ai vu quelques

personnes, chez lesquelles le mal de gorge s'est dissipé entierement,

sans qu'il eût rien poussé, & sans suer; mais qui restoient dans une

inquiétude & dans une angoisse très fortes, avec un pouls vite & petit.

Je leur ordonnois une boisson sudorifique: alors l'éruption, ou les

sueurs venant, elles se trouvoient bien. 15. Soit qu'elles aient eu

l'ébullition ou qu'ils ne l'aient pas eue, tous ont perdu la premiere

peau par grandes écailles, dans tout le corps; tant ce venin, qui devoit

s'évacuer par la peau, avoit d'âcreté. 16. Un grand nombre éprouvoient

un changement singulier dans la voix, différent de celui des maux de

gorge ordinaires; l'intérieur des narines étoit extrêmement sec. L'on a

eu plus de peine à se remettre qu'après les maux de gorge ordinaires; &

si l'on se négligeoit dans la convalescence, surtout si l'on s'exposoit

trop tôt au froid, il survenoit une rechûte, ou différens accidens, tels

que de l'oppression, un gonflement de ventre, différentes enflures, de

la langueur, du dégout, des écoulemens derriere les oreilles, de la

toux, de l'enroueüre. 17. J'ai été appellé pour des enfans, & même

quelques jeunes gens, qui, au bout de quelques semaines étoient tombés

dans une enflure générale de tout le corps, avec une forte oppression, &

une diminution considérable dans les urines, qui étoient rouges &

troubles; ils étoient aussi dans un état singulier d'indifférence pour

tout. Je les ai tous gueris avec des vesicatoires, & la poudre Nº. 24.

Ce remede commençoit par les faire vomir; il survenoit ensuite des

urines, & surtout des sueurs abondantes, qui les guerissoient. Deux

seuls, d'un mauvais temperamment, & un peu rachitiques ou noués, après

avoir été rétablis pendant quelques jours, sont retombés, & ont péri.

§. 113. Chez les adultes, j'ai employé la saignée, & les rafraichissans,

tant qu'il y avoit inflammation; ensuite il falloit évacuer les

premieres voies, & après cela faire suer doucement. Les poudres Nº. 24

ont souvent produit, avec grand succès, l'un & l'autre effet. Dans

d'autres cas, j'ai employé l'ipécacuana Nº. 34. Dans quelques sujets, il

n'y avoit pas de symptomes inflammatoires, & le mal dépendoit uniquement

d'embarras putrides dans les premieres voies; quelques malades même

rendoient des vers: alors je n'ai point fait de saignées; mais le remede

vomitif produisoit, dans le commencement, un excellent effet, & tous les

symptomes diminuoient sensiblement; la sueur survenoit naturellement, &

le malade guerissoit au bout de quelques jours. Il y a eu quelques

endroits, dans lesquels il n'y avoit aucun caractere d'inflammation, &

où il ne falloit aucune saignée; celles qu'on faisoit réussissoient mal.

Je n'ai point fait saigner d'enfans. Les vesicatoires, après

l'évacuation des premieres voies, & beaucoup de délayans, étoient leurs

remedes. Une simple infusion de sureau & de tilleul a fait beaucoup de

bien à ceux qui en ont bû abondamment. Je sais qu'il est mort, dans

quelques villages, un grand nombre de malades, avec une enflure de col

prodigieuse. Il en est aussi mort quelques uns en ville; entr'autres une

fille de vingt ans, qui n'avoit pris que des sudorifiques chauds, & du

vin rouge, & qui mourut dès le quatrieme jour, avec des suffocations

violentes, & perdant beaucoup de sang par le nez. Du grand nombre que

j'ai vû, il n'en est mort que deux. L'un étoit une petite fille de dix

mois; elle avoit eu l'ébullition qui rentra tout-à-coup. Ce fut alors

qu'on m'appella. Il s'étoit fait un dépôt sur la poitrine; rien ne put

la sauver. L'autre étoit un garçon robuste, de dix-sept à dix-huit ans,

chez lequel la maladie s'annonça d'abord assez violemment. Elle se calma

cependant; & la fievre étant presque entierement finie, les sueurs qui

commençoient à venir, l'auroient gueri; mais il ne voulut jamais les

soutenir, & se mettoit à chaque instant nud. Il se fit tout-à-coup un

dépôt sur le poulmon, qui l'emporta trente heures après. Je n'ai jamais

vu mourir avec une peau aussi seche. Le vomitif chez lui n'avoit fait

que peu d'effet, & avoit procuré une diarrhée. Sa mauvaise façon de se

conduire paroit avoir été la cause de sa mort. C'est un exemple.

§. 114. Je me suis étendu sur cette maladie, parcequ'il pourroit arriver

qu'elle se répandît dans d'autres endroits[12]; & il est utile qu'on

soit prévenu de ses caracteres, & du traitement, qui a autant de rapport

avec celui des fievres putrides, dont je parlerai plus bas, qu'avec

celui des maladies inflammatoires, dont j'ai parlé. Dans quelques

personnes, le mal de gorge a été un symptome de fievre putride, plutôt

que la maladie principale.

[12] Cette description convient à la maladie connue en France & en

Angleterre, où elle a été épidémique, sous le nom de mal de gorge

malin, ulceré ou gangreneux: Huxham qui l'a si bien décrite, la

regarde comme une fievre maligne & pestilentielle.

§. 115. Les maux de gorge sont, pour bien des personnes, une maladie

habituelle, qui revient toutes les années, & même plus souvent. On les

prévient par les mêmes moyens que j'ai indiqués §. 95, pour prévenir les

pleurésies habituelles[13].

[13] Et en garantissant du froid le cou & la tête pendant le jour &

surtout la nuit.

Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes · 第 35 / 157 题