ma nouvelle, que je n'y puis ne tallier, ne roigner, ne mettre, ne
oster. Il est vray que au Quesnoy vint une belle fille naguères au
prevost se complaindre de force et violance en elle perpetrée et commise
par le vouloir desordonné d'un jeune compaignon. Ceste complaincte au
prevost faicte, le compaignon encusé de ce crime fut en l'heure prins et
saisi; et, au dict du commun peuple, ne valoit guères mieulx que pendu
au gibet, ou sans sa teste au vent sur une roe enmy les champs faire les
monstres. La fille, voyant et sentant celuy dont elle se doutoit
emprisonné, poursuyvoit roiddement le prevost qu'il luy en feist
justice, et de ce que, oultre son gré et vouloir, violantement et par
force on l'a deshonorée. Et le prevost, homme discret et sage et en
justice trèsexpert, fist assembler les hommes et puis manda le
prisonnier. Etainçois qu'il le feist venir devant les hommes desjà tout
prest pour le juger, s'il confessoit par geheyne ou aultrement l'orrible
cas dont il estoit chargé, parla à luy à part, et si le conjura de dire
la vérité. «Véez cy telle femme, dist-il, qui de vous se complaint de
force. Est-il ainsi? L'avez vous efforcée? Gardez que vous diez vérité,
car, si vous faillez, vous estes mort; mais si vous dictes vray, on vous
fera grace.--Par ma foy, monseigneur le prevost, dist le prisonnier, je
ne veil pas nyer ne celer que je ne l'aye pieça requise de son amour. Et
de fait, avant hier, après pluseurs parolles, je la ruay sur ung lict
pour faire ce que vous savez, et luy levay robe et chemise, et mon
furon, qui jamais n'avoit hanté larrier, ne savoit trouver la douyère de
son conin, si ne faisoit qu'aller çà et la; mais elle, par sa
courtoisie, luy dressa le chemin, et à ses propres mains le bouta tout
dedans. Je croy trop bien qu'il ne partit pas sans proye, mais qu'il y
eust entré à force, par mon serement, non eust.--Est-il ainsi? dit le
prevost.--Oy, par mon serement, dit le bon compaignon.--Or bien,
dist-il, nous en ferons trèsbien.» Après ces parolles, le prevost se
vient mettre en siège pontifical à dextre et environné de ses hommes, et
le bon compaignon fut mis et assis sur le petit banc ou parquet, ce
voyant tout le peuple et celle qui l'accusoit. «Or ça, m'amye, dit le
prevost, que demandez vous à ce prisonnier?--Monseigneur le prevost,
dit-elle, je me plains à vous de la force que il m'a violée oultre mon
gré et ma volunté, et malgré moy, dont je vous demande justice.--Que
respondez vous, mon amy? dit le prevost au prisonnier.--Monseigneur,
dist-il, je vous ay jà dit comment il en va, et je ne pense pas qu'elle
dye au contraire.--M'amie, dit le prevost, regardez bien que vous dictes
et que vous faictes de vous plaindre de force. C'est grant chose. Véez
cy qu'il dit qu'il ne vous fist oncques force, mesmes avez esté
consentant et pou près requerant de ce qu'il a fait; et qu'il soit vray,
vous mesmes adressastes et mistes son furon, qui s'esbatoit à l'entour
de vostre duyere, à voz deux mains ou à tout l'une, tout dedens la
duyere de vostre connin, laquelle chose il n'eust peu faire sans ceste
vostre ayde; et si vous y eussez tant pou soit resisté, jamais n'en fust
venu à bout. Si son furon a fourragé l'ostel, il n'en peut mais, car,
dès adonc qu'il est par eries ou duyere, il est hors de son
chastoy.--Ha! monseigneur le prevost, dist la fille plainctive, comment
l'entendez vous? Il est vray, je ne le veille pas nyer, que voirement je
prins son furon et le boutay en ma duyere, mais pour quoy fut ce? Par
mon serement, monseigneur, il avoit la teste tant roidde et le museau
tant dur, que je sçay tout de vray qu'il m'eust fait ung grant pertus,
ou deux ou trois, ou ventre, si je ne l'eusse bien à haste bouté en
celuy qui y estoit davantage; et véez là pourquoy je le feiz.» Pensez
qu'il y eust grand risée, après la conclusion de ce procès, de ceulx de
la justice et de tous les assistens. Et fut le compaignon delivré,
promettant de retourner à ses journées quand sommé en seroit. Et la
fille s'en alla bien courroussée qu'on ne pendoit bien en haste et bien
hault celuy qui avoit pendu à ses basses fourches. Mais ce courroux, ne
sa roidde poursuite, ne dura guères, car, à ce qu'on me dist, tantost
après par bons moyens la paix entre eulx si fut trouvée; et fut
abandonnée au bon compaignon garenne, connin et duyere, toutesfoiz et
quantes que chasser y vouldroit.
LA XXVIe NOUVELLE.
PAR MONSEIGNEUR DE FOQUESSOLES, DE LA CHAMBRE DE MONSEIGNEUR.