--Oh! monseigneur, monseigneur, dit Bathilde en éclatant en sanglots,
vous voyez, tandis que je pensais à lui, il pensait à moi! N'ai-je pas
raison de l'aimer quand il m'aime tant!
--Oui, dit le régent, et je lui accorde sa demande: elle est juste.
Puisse cette grâce, comme il le dit, adoucir ses derniers moments!
--Monseigneur, monseigneur, s'écria la jeune fille, est-ce tout ce que
vous lui accordez?
--Vous voyez, dit le Régent, que lui-même se rend justice et ne demande
pas autre chose.
--Oh! c'est bien cruel! c'est bien affreux! Le revoir pour le perdre à
l'instant même. Monseigneur, monseigneur, sa vie! je vous en supplie, et
que je ne le revoie jamais! J'aime mieux cela.
--Mademoiselle, dit le régent d'un ton qui ne permettait pas de
réplique, et en écrivant quelques lignes sur un papier qu'il cacheta de
son sceau, voici une lettre pour monsieur de Launay, le gouverneur de la
Bastille, elle contient mes instructions à l'égard du condamné. Mon
capitaine des gardes va monter en voiture avec vous et veillera de ma
part à ce que ces instructions soient suivies.
--Oh! sa vie, monseigneur, sa vie! au nom du ciel, je vous en supplie à
genoux!
Le régent, sonna; un valet de chambre ouvrit la porte.
--Appelez monsieur le marquis de Lafare, dit le régent.
--Oh! monseigneur, vous êtes bien cruel! dit Bathilde en se relevant.
Alors, permettez-moi donc de mourir avec lui. Du moins nous ne serons
pas séparés, même sur l'échafaud. Du moins nous ne nous quitterons pas,
même dans la tombe!
--Monsieur de Lafare, dit le régent, accompagnez mademoiselle à la
Bastille. Voici une lettre pour monsieur de Launay; vous en prendrez
connaissance avec lui, et vous veillerez à ce que les ordres qu'elle
renferme soient exécutés de point en point.
Puis, sans écouter le dernier cri de désespoir de Bathilde, le duc
d'Orléans ouvrit la porte d'un cabinet et disparut.