--Ouais! dit Buvat en relisant ce qu'il venait d'écrire. Qu'est-ce que
cela signifie? Il me semble qu'il serait prudent de lire la chose
entière avant d'aller plus loin.
Et il lut:
«Pour fournir à cette dépense, on doit compter au moins sur trois cent
mille livres le premier mois, et dans la suite cent mille livres par
mois payées exactement.»
--Payées exactement, murmura Buvat en s'interrompant. Il est évident que
ce n'est point par la France que ces paiements doivent être faits,
puisque la France est si gênée, que depuis cinq ans elle ne peut pas me
payer mes neuf cents livres d'appointements. Voyons! voyons! Et il
reprit:
«Cette dépense, qui cessera à la paix, met le roi catholique à même
d'agir sûrement en cas de guerre.
L'Espagne ne sera qu'une auxiliaire. L'armée de Philippe V est en
France.»
--Tiens, tiens, tiens! dit Buvat, et moi qui ne savais pas même qu'elle
eût passé la frontière.
«L'armée de Philippe V est en France: une tête d'environ dix mille
Espagnols est plus que suffisante avec la présence du roi.
Mais il faut compter d'enlever au moins la moitié de l'armée du duc
d'Orléans (Buvat tressaillit). C'est ici le point décisif, cela ne peut
s'exécuter sans argent. Une gratification de 100.000 livres est
nécessaire par bataillon et par escadron.
Vingt bataillons, c'est deux millions: avec cette somme on forme une
armée sûre: on détruit celle de l'ennemi.
Il est presque certain que les sujets les plus dévoués du roi d'Espagne
ne seront pas employés dans l'armée qui marchera contre lui, qu'ils se
dispersent dans les provinces: là ils agiront utilement; les revêtir
d'un caractère, s'ils n'en ont pas: dans ce cas, il est nécessaire que
Sa Majesté Catholique envoie des ordres en blanc que son ministre à
Paris puisse remplir.
Attendu la multiplicité des ordres à donner, il convient que
l'ambassadeur ait pouvoir de signer pour le roi d'Espagne.
Il convient encore que Sa Majesté Catholique signe ses ordres comme fils
de France: c'est là son titre.
Faire un fonds pour une armée de trente mille hommes que Sa Majesté
trouvera ferme, aguerrie et disciplinée.
Ce fonds, arrivé en France à la fin de mai ou au commencement de juin
doit être distribué immédiatement dans les capitales des provinces,
telles que Nantes, Bayonne, etc., etc.
Ne pas laisser sortir d'Espagne l'ambassadeur de France; sa présence
répondra de la sûreté de ceux qui se déclareront.»
--Sabre de bois! s'écria Buvat en se frottant les yeux, mais c'est une
conspiration! une conspiration contre la personne du régent et contre la
sûreté du royaume. Oh! oh!
Et Buvat tomba dans une méditation profonde.
En effet, la position était critique: Buvat mêlé à une conspiration!
Buvat chargé d'un secret d'État! Buvat tenant dans sa main peut-être le
sort des nations! Il n'en fallait pas tant pour jeter le brave homme
dans une étrange perplexité.
Aussi les secondes, les minutes, les heures s'écoulèrent sans que Buvat,
la tête renversée sur son fauteuil et ses gros yeux fixés au plafond,
fît le moindre mouvement. De temps en temps seulement une bouffée de
respiration bruyante sortait de sa poitrine, comme l'expression d'un
étonnement indéfini.
Dix heures, onze heures, minuit sonnèrent; Buvat pensa que la nuit
portait conseil, et se détermina enfin à se coucher; il va sans dire
qu'il était resté à l'endroit de sa copie où il s'était aperçu que
l'original prenait une tournure illicite.
Mais Buvat ne put dormir, le pauvre diable eut beau se tourner et se
retourner de tous côtés, à peine fermait-il les yeux, qu'il voyait le
malheureux plan de conspiration écrit en lettres de feu sur la muraille.
Une ou deux fois, vaincu par la fatigue, il sentit le sommeil venir;
mais à peine eut-il perdu connaissance, qu'il rêva, la première fois,
qu'il était arrêté par le guet comme complice de la conjuration; et la
seconde fois, qu'il était poignardé par les conjurés. La première fois,
Buvat se réveilla tout tremblant, et la seconde fois tout baigné de
sueur. Ces deux impressions avaient été si cruelles, que Buvat battit le
briquet, ralluma sa chandelle, et résolut d'attendre le jour sans plus
longtemps essayer de dormir.
Le jour vint; mais le jour, loin de chasser les fantômes de la nuit, ne
fit que leur donner une plus effrayante réalité. Au moindre bruit qui se
faisait dans la rue, Buvat tressaillait; on frappa à la porte de la rue,
et Buvat pensa s'évanouir. Nanette ouvrit la porte de la chambre, et
Buvat jeta un cri. Nanette accourut à lui et lui demanda ce qu'il avait,
mais Buvat se contenta de secouer la tête et de répondre en poussant un
soupir:
--Ah! ma pauvre Nanette, nous vivons dans un temps bien triste!
Et il s'arrêta aussitôt, craignant d'en avoir trop dit.
Buvat était trop préoccupé pour descendre déjeuner avec Bathilde;
d'ailleurs, il craignait que la jeune fille ne s'aperçut de son
inquiétude et ne lui en demandât la cause. Or, comme il ne savait rien
cacher à Bathilde, cette cause, il la lui eût dite, et Bathilde aussi
alors devenait complice. Il se fit donc monter son café sous prétexte
qu'il avait un surcroît de besogne et qu'il allait travailler tout en
déjeunant. Comme l'amour de Bathilde trouvait son compte à cette
absence, la pauvre amitié ne s'en plaignit point.
À dix heures moins quelques minutes, Buvat partit pour son bureau; si
ses craintes avaient été grandes chez lui, comme on le pense bien, une
fois dans la rue, elles se changèrent en terreur. À chaque carrefour, au
fond de chaque impasse, derrière chaque angle, il croyait voir des
exempts de police embusqués et attendant son passage pour lui mettre la
main sur le collet. Au coin de la place des Victoires un mousquetaire
déboucha, venant de la rue Pagevin, et Buvat fit en l'apercevant un tel
saut de côté, qu'il pensa se jeter sous les roues d'un carrosse qui
venait de la rue du Mail. Au commencement de la rue
Neuve-des-Petits-Champs, Buvat entendit marcher vivement derrière lui,
et Buvat se mit à courir sans tourner la tête jusqu'à la rue de
Richelieu, où il fut forcé de s'arrêter, vu que ses jambes, peu
habituées à ce surcroît d'excitation menaçaient de ne le point mener
plus loin; enfin, tant bien que mal, il arriva à la Bibliothèque, salua
jusqu'à terre le factionnaire qui montait la garde à la porte, et,
s'étant glissé vivement sous la galerie de droite, il prit le petit
escalier qui conduisait à la section des manuscrits, gagna son bureau,
et tomba épuisé sur son fauteuil de cuir, enferma dans son tiroir tout
le paquet du prince de Listhnay, qu'il avait apporté de peur que la
police ne fit une visite chez lui en son absence; et, reconnaissant
enfin qu'il était à peu près en sûreté, poussa un soupir, qui n'eût
point manqué de dénoncer Buvat à ses collègues comme en proie à une
grande agitation, si, selon son habitude, Buvat n'était point arrivé
avant tous ses collègues.
Buvat avait un principe, c'est qu'il n'y avait aucune préoccupation
particulière, que cette préoccupation fût gaie ou triste, qui dût
détourner un employé de son service. Or, il se mit à sa besogne, en
apparence, comme si rien ne s'était passé, mais, en réalité, dans un
état de perturbation morale impossible à décrire.
Cette besogne consistait comme d'habitude à classer et à étiqueter des
livres; le feu ayant pris quelques jours auparavant dans une des salles
de la Bibliothèque, on avait jeté pêle-mêle dans des tapis, et
transporté hors de la portée des flammes, trois ou quatre mille volumes,
qu'il s'agissait maintenant de réinstaller sur leurs rayons respectifs.
Or, comme c'était une besogne fort longue et surtout fort ennuyeuse,
Buvat en avait été chargé de préférence, et s'en était acquitté
jusque-là avec une intelligence et surtout une assiduité qui lui avaient
mérité l'éloge de ses supérieurs et la raillerie de ses collègues. Deux
ou trois cents volumes restaient donc seulement à classer et à ajouter à
la série de leurs confrères en langage, sens, moralité, et nous
pourrions même dire immoralité, car une des deux chambres déménagées
était remplie de volumes fort peu chastes, qui plus d'une fois avaient,
soit par leurs titres, soit par leurs dessins, fait rougir jusqu'au
blanc des yeux le pudique écrivain, qui au milieu de ces piles de romans
licencieux et de mémoires effrontés, parmi lesquels s'étaient égarés
quelques livres d'histoire, étonnés de se trouver en pareille compagnie,
semblait un autre Loth debout sur les ruines des vieilles cités
corrompues.
Malgré l'urgence du travail, Buvat resta quelques instants à se
remettre; mais à peine vit-il la porte s'ouvrir et un de ses collègues
entrer et prendre sa place, qu'instinctivement il se leva, saisit sa
plume, la trempa dans l'encre, et, faisant provision dans sa main gauche
d'un certain nombre de petits carrés de parchemin, s'achemina vers les
derniers volumes empilés les uns sur les autres ou gisants sur le
parquet, et prit, pour continuer son classement, le premier qui lui
tomba sous la main, tout en marmottant entre ses dents, comme il avait
l'habitude de le faire en pareille circonstance:
--Le Bréviaire des Amoureux, imprimé à Liège en 1712, chez... Pas de nom
d'imprimeur. Ah! mon Dieu! encore des nudités; mais quel amusement les
chrétiens peuvent-ils trouver à lire de pareils livres, et que l'on
ferait bien mieux de les faire brûler en Grève par la main du bourreau!
Par la main du bourreau! prrrouu! quel diable de nom ai-je prononcé là,
moi!... Mais aussi qu'est-ce que cela peut être que ce prince de
Listhnay qui me fait copier de pareilles choses? et ce jeune homme qui,
sous prétexte de me rendre service vient me faire faire connaissance
avec un pareil coquin! Allons, allons il ne s'agit pas de cela ici,
c'est égal, c'est bien agréable d'écrire sur du parchemin, la plume
glisse comme sur de la soie, les déliés sont fins, les pleins sont gras,
et véritablement on se mire dans son écriture. Passons à autre chose:
Angélique ou les Plaisirs secrets, avec gravures, et quelles gravures
encore! Londres. On devrait défendre à de pareils livres de passer la
frontière. D'ici à quelques jours nous allons en voir de belles sur la
frontière.
«S'assurer des places voisines des Pyrénées et des seigneurs qui font
leur résidence dans ces cantons.» Il faut espérer que les places ne se
laisseront pas prendre comme cela que diable! et il y a encore des
sujets fidèles en France. Allons, voilà que j'écris Bayonne au lieu de
Londres, et France au lieu d'Angleterre. Ah! maudit prince! voilà!
puisses-tu être pris pendu, écartelé. Mais si on le prend et qu'il me
dénonce! Sabre de bois! c'est possible.
--Eh bien! monsieur Buvat, dit le commis d'ordre, que faites-vous là les
bras croisés depuis cinq minutes, à rouler vos gros yeux effarés?
--Rien, monsieur Ducoudray, rien. Je rumine dans ma tête un nouveau mode
de classement.
--Un nouveau mode de classement? Qu'est-ce qu'un perturbateur comme
vous? Vous voulez donc faire une révolution, monsieur Buvat?
--Moi, une révolution? s'écria Buvat avec terreur. Une révolution!
Jamais, monsieur, au grand jamais! Dieu merci! on connaît mon dévouement
à monseigneur le régent, dévouement bien désintéressé, puisque depuis
cinq ans, comme vous le savez, on ne nous paie plus, et si un jour
j'avais le malheur d'être accusé d'une pareille chose, j'espère monsieur
que je trouverais des témoins, des amis qui répondraient de moi.
--C'est bien, c'est bien. En attendant, monsieur Buvat, continuez votre
besogne. Vous savez qu'elle est pressée; tous ces livres nous encombrent
notre bureau, et il faut que demain, à quatre heures au plus tard, ils
soient sur leurs rayons.
--Ils y seront, monsieur; ils y seront, quand je devrais passer la nuit.
--Il est bon enfant, le père Buvat, dit un employé qui était arrivé
depuis une demi-heure et qui n'avait pas encore fini de tailler sa
plume; il propose de passer la nuit depuis qu'il sait qu'il y a une
ordonnance qui défend de veiller de peur du feu; mais c'est égal ça fait
toujours du bien, on a l'air d'avoir de la bonne volonté, ça flatte les
chefs. Oh! câlin que tu es, va, père Buvat!
Buvat était trop habitué à de pareilles apostrophes pour s'en
inquiéter; aussi, ayant classé les deux premiers livres qu'il venait
d'inscrire et d'étiqueter, il en prit un troisième et continua.
--Bibi, ou Mémoires inédits de l'épagneul de mademoiselle de Champmeslé.
Peste! voici un livre qui doit être fort intéressant... Mademoiselle de
Champmeslé, une grande actrice! orné du portrait de la maîtresse de
l'auteur, une fort belle femme, ma foi! des cheveux magnifiques. Ce
chien a dû connaître M. Racine, et une foule d'autres grands, et s'il
dit la vérité, je le répète, ces mémoires doivent être fort curieux:--à
Paris, chez Barbin, 1604.... Ah!... Conjuration de M. de Cinq-Mars...
diable! diable!... j'ai entendu parler de cela: c'était un beau
gentilhomme qui était en correspondance avec l'Espagne.... Cette maudite
Espagne, qu'a-t-elle besoin de se mêler éternellement de nos affaires?
Il est vrai que cette fois-ci, il est dit que l'Espagne ne sera qu'une
auxiliaire; mais une auxiliaire qui s'empare de nos villes et qui
débauche nos soldats, cela ressemble beaucoup à une ennemie....
Conjuration de M. de Cinq-Mars, suivie de la relation de sa mort, et de
celle de M. de Thou, condamné pour non révélation, par un témoin
oculaire.... Pour non révélation.... Oh! là, là!... c'est juste... la loi
est positive... celui qui ne révèle pas est complice.... Ainsi, moi, par
exemple, moi, je suis complice du prince de Listhnay, et si on lui coupe
la tête, on me la coupera aussi... non, c'est-à-dire on se contentera de
me pendre, attendu que je ne suis pas noble.... Pendu!... c'est
impossible qu'on se porte à un tel excès à mon égard.... D'ailleurs, je
suis décidé, je déclarerai tout, mais en déclarant tout, je suis un
dénonciateur.... Un dénonciateur! fi donc! mais pendu... oh! oh!...
--Mais que diable avez-vous donc aujourd'hui, père Buvat? dit le
collègue du bonhomme en achevant de tailler sa plume; vous défaites
votre cravate. Est-ce qu'elle vous étrangle, par hasard? Eh bien! vous
ne vous gênez pas!
Ôtez votre habit, maintenant! à votre aise, père Buvat! à votre aise!
--Pardon, messieurs, dit Buvat; mais c'était sans y faire attention....
Machinalement.... Je n'avais pas l'intention de vous offenser.
--À la bonne heure!
Et Buvat, après avoir resserré sa cravate, classa la Conjuration de M.
de Cinq-Mars et étendit en tremblant la main vers un autre volume.
--Art de plumer la poule sans la faire crier. Ceci est sans doute un
livre de cuisine. Si j'avais le temps de m'occuper du ménage, je
copierais quelque bonne recette que je donnerais à Nanette pour ajouter
quelque chose à notre ordinaire des dimanches, car maintenant que
l'argent revient.... Oui, il revient, malheureusement il revient, et par
quelle source, mon Dieu! Oh! je le lui rendrai, son argent, et ses
papiers aussi, jusqu'à la dernière ligne. Oui, mais j'aurai beau les lui
rendre, il ne me rendra pas les miens, lui.... Plus de quarante pages de
mon écriture.... Et le cardinal de Richelieu qui ne demandait que cinq
lignes de la main d'un homme pour le faire pendre! Ils ont de quoi me
faire pendre cent fois, moi!... Et encore, c'est qu'il n'y aura pas
moyen de la nier, cette écriture, cette superbe écriture, elle est
connue, c'est bien la mienne.... Oh! les misérables! Ils ne savent donc
pas lire, qu'ils ont besoin de manifestes moulés! Et quand je pense que
lorsqu'on lira mes étiquettes et qu'on me demandera: «Oh! oh! quel est
l'employé qui a classé ces volumes?» On répondra: «Mais, vous savez
bien, c'est ce gueux de Buvat, qui était de la conspiration du prince de
Listhnay....» Voyons, ce n'est pas tout cela.
--Art de plumer la poule sans la faire crier. Paris, 1709, chez Comon,
rue du Bac, n° 110. Allons, voilà que je mets l'adresse du prince,
maintenant. Ah! ma parole d'honneur, ma tête se perd, je deviens fou!
Mais si j'allais tout déclarer, en refusant de nommer celui qui m'a
donné ces papiers à copier.... Oui, mais ils me forceront à tout dire,
ils ont des moyens pour cela. C'est incroyable comme je bats la
campagne. Allons, Buvat, mon ami, à ton affaire!
--Conspiration du chevalier Louis de Rohan. Ah çà! mais je ne tombe donc
que sur des conspirations! Qu'est-ce qu'il avait donc fait celui-là?...
Il avait voulu soulever la Normandie. Mais, je me rappelle, c'est ce
pauvre garçon qui a été exécuté en 1674, quatre années avant celle de ma
naissance. Ma mère l'a vu mourir. Pauvre garçon!... Elle m'a souvent
raconté cela. Ô mon Dieu! qui est-ce qui lui aurait dit à ma pauvre
mère!... Et puis on en a pendu un autre en même temps, un grand maigre
habillé tout en noir. Comment s'appelait-il donc?... Ah! bien, j'ai le
livre là!... je suis bien bête!... Ah! oui, Van den Enden. C'est cela.
Copie d'un plan de gouvernement trouvé dans les papiers de monsieur de
Rohan et entièrement écrit de la main de Van den Enden. Ah! mon Dieu!...
Eh bien! c'est justement mon affaire: pendu! pour avoir copié un plan....
Oh! là, là! J'ai le ventre qui se retourne.
--Procès-verbal de torture de François-Affinius Van den Enden.
Miséricorde! si on allait lire un jour à la fin de la conjuration du
prince de Listhnay: Procès-verbal de torture de Jean Buvat. Ouf! «L'an
mil six cent soixante-quatorze, etc.: nous, Claude Bazin, chevalier de
Bezons, et Auguste-Robert de Pomereu, nous sommes transportés au château
de la Bastille, assistés de Louis Le Mazier, conseiller et secrétaire du
roi, etc., etc., et, étant dans une des tours d'icelui château, avons
fait mander et venir Francois-Affinius Van den Enden, condamné à mort
par ledit arrêt, et à être appliqué à la question ordinaire et
extraordinaire, et après serment fait par lui de dire la vérité, lui
avons remontré qu'il n'avait pas tout dit ce qu'il savait des
conspirations et desseins de révolte des sieurs Rohan et Latréaumont.
À répondu qu'il avait dit tout ce qu'il savait, et qu'étranger à la
conspiration et n'ayant fait qu'en copier différentes pièces, il ne
pouvait en dire davantage.