Le duc d'Orléans arriva le lendemain de la bataille; il regretta Albert
comme on regrette un homme de coeur, mais, après tout, il était mort de
la mort du brave, il était mort au milieu d'une victoire, il était mort
sur le drapeau qu'il avait conquis: que pouvait demander de plus un
Français, un soldat, un gentilhomme?
Le duc d'Orléans voulut écrire de sa main à la pauvre veuve. Si quelque
chose pouvait consoler une femme de la mort de son mari, ce serait sans
doute une pareille lettre. Mais la pauvre Clarice ne vit qu'une chose,
c'est qu'elle n'avait plus d'époux et que sa Bathilde n'avait plus de
père.
À quatre heures, Buvat rentra de la Bibliothèque; on lui dit que Clarice
le demandait: il descendit aussitôt. La pauvre femme ne pleurait pas;
elle était atterrée, sans larmes, sans paroles; ses yeux étaient fixes
et caves comme ceux d'une folle. Quand Buvat entra, elle ne se tourna
pas vers lui, elle ne tourna pas la tête, elle se contenta d'étendre la
main de son côté et de lui présenter la lettre.
Buvat regarda à droite et à gauche d'un air tout hébété pour deviner de
quoi il était question; puis, voyant que rien ne pouvait diriger ses
conjectures, il reporta ses yeux sur le papier, et lut à haute voix:
«Madame, votre mari est mort pour la France et pour moi. Ni la France ni
moi ne pouvons vous rendre votre mari; mais souvenez-vous que si jamais
vous aviez besoin de quelque chose, nous sommes tous deux vos débiteurs.
Votre affectionné,