IV

Et maintenant résumons-nous.

Les propagateurs du _Silphium cyrenaïcum_ affirmaient que cette

ombellifère n’avait rien de commun avec le _Thapsia garganica_, ils le

prenaient même de très-haut avec ceux qui soutenaient l’opinion

contraire ;

_Or, il est démontré aujourd’hui, par les matériaux rapportés de la

Cyrénaïque, que les deux ombellifères sont une seule et même plante._

Le Dr Laval avait présenté les graines de son _Thapsia Silphium_ comme

différentes de celles du _Thapsia garganica_ ;

[Illustration :Silphium cyrenaïcum du Dr Laval. Thapsia garganica.]

_Or, elles sont absolument identiques ; elles présentent les mêmes

variations de formes que dans le Thapsia garganica._

Le Dr Laval avait prétendu ensuite que les feuilles de sa plante

n’étaient pas entièrement semblables à celles du _Thapsia garganica_.

_Or, il suffit de jeter les yeux sur les échantillons du Muséum, et

aussi sur les dessins que nous donnons ci-dessous et page 35 pour

constater combien son assertion était peu fondée._

[Illustration : Silphium cyrenaïcum.]

Tout récemment, le compagnon de voyage du Dr Laval décrivait, après lui,

la racine du _Silphium cyrenaïcum_, et affirmait qu’elle était

absolument différente de celle du _Thapsia garganica_ ; il ajoutait,

avec une assurance digne d’un meilleur sort, que là était surtout le

caractère distinctif ;

_Or, en comparant les racines que M. Daveau a rapportées de la

Cyrénaïque, avec celles du Thapsia garganica, on constate qu’elles sont

entièrement semblables_ (voir pages 18 et 19).

L’auteur des brochures écrivait, après le Dr Laval, que les racines de

leur plante étaient _traçantes_, et donnaient naissance à une nouvelle

souche, lorsque ces racines rencontraient la surface du sol.

[Illustration : Thapsia garganica]

_Or, M. Daveau affirme,_ de visu, _que rien n’est moins exact ; il

soutient que ce mode de multiplication, qu’on disait être le seul pour

cette plante, est matériellement impossible, et il en a donné la raison_

(voir pages 17 et 50).

Le Dr Laval assurait que la reproduction de la plante ne pouvait se

faire par les graines, parce qu’elles étaient _toutes_ détruites par un

insecte de l’ordre des hémiptères ;

_Or, ce fait que nous repoussions à priori avec tous les botanistes, est

nié par M. Daveau de la façon la plus positive ; il affirme que la

reproduction de la plante se fait par la graine, et qu’elle ne peut se

faire autrement._

« Les _graines_, dit M. Daveau, tantôt lisses, tantôt ondulées, qui sont

d’un jaune soufre avant leur complète maturité, prennent, lorsqu’elles

sont mûres, une teinte plus foncée au centre, avec les ailes de couleur

paille. Ces graines sont, dans certaines régions, autour de Dernah par

exemple, attaquées _partiellement_ par le _Pentatoma lineata_, insecte

de l’ordre des hémiptères ; mais, à mesure qu’on s’élève au-dessus du

niveau de la mer, en se rapprochant du Guégueb ou des ruines de Cyrène

(aujourd’hui Grennah), ces insectes disparaissent en grande partie, et

le plus grand nombre des ombelles sont intactes. _C’est donc par le

semis que se fait la reproduction_, et c’est le seul mode de

multiplication naturelle du Thapsia de la Cyrénaïque[12]. »

Ainsi donc, autant d’assertions, autant d’erreurs.

MM. Laval et son compagnon de voyage qui ne montraient ni les _tiges_,

ni les _feuilles_, ni les _racines_, reprochaient aux savants d’avoir

résolu le problème sur la seule inspection des graines. Aujourd’hui, le

problème a été examiné sur place par M. Daveau, et à Paris, par les

botanistes, _avec toutes les pièces sous les yeux_, et la solution est

absolument la même.

Il est donc désormais acquis que le _Silphium cyrenaïcum_ n’est pas du

tout le _Silphion_ des anciens, et qu’il est tout simplement le _Thapsia

garganica_.

Quant au fameux _Silphion_ des Grecs, il reste toujours plongé dans

cette espèce d’obscurité mystique qui caractérise tout ce qui appartient

à l’histoire de l’antiquité païenne.

Il importait de ne pas laisser s’accréditer plus longtemps une erreur

profondément regrettable. En rapportant de la Cyrénaïque la plante qui

était invisible à Paris, M. Daveau a donc rendu, nous le répétons, un

véritable service à la science et à l’humanité.

Les débats sont clos. La légende s’évanouit, et la vérité scientifique

reprend enfin ses droits. Notre but est atteint.

* * * * *

La vérité sur le prétendu Silphion de la Cyrénaïque · 第 5 / 9 题