Et maintenant résumons-nous.
Les propagateurs du _Silphium cyrenaïcum_ affirmaient que cette
ombellifère n’avait rien de commun avec le _Thapsia garganica_, ils le
prenaient même de très-haut avec ceux qui soutenaient l’opinion
contraire ;
_Or, il est démontré aujourd’hui, par les matériaux rapportés de la
Cyrénaïque, que les deux ombellifères sont une seule et même plante._
Le Dr Laval avait présenté les graines de son _Thapsia Silphium_ comme
différentes de celles du _Thapsia garganica_ ;
[Illustration :Silphium cyrenaïcum du Dr Laval. Thapsia garganica.]
_Or, elles sont absolument identiques ; elles présentent les mêmes
variations de formes que dans le Thapsia garganica._
Le Dr Laval avait prétendu ensuite que les feuilles de sa plante
n’étaient pas entièrement semblables à celles du _Thapsia garganica_.
_Or, il suffit de jeter les yeux sur les échantillons du Muséum, et
aussi sur les dessins que nous donnons ci-dessous et page 35 pour
constater combien son assertion était peu fondée._
[Illustration : Silphium cyrenaïcum.]
Tout récemment, le compagnon de voyage du Dr Laval décrivait, après lui,
la racine du _Silphium cyrenaïcum_, et affirmait qu’elle était
absolument différente de celle du _Thapsia garganica_ ; il ajoutait,
avec une assurance digne d’un meilleur sort, que là était surtout le
caractère distinctif ;
_Or, en comparant les racines que M. Daveau a rapportées de la
Cyrénaïque, avec celles du Thapsia garganica, on constate qu’elles sont
entièrement semblables_ (voir pages 18 et 19).
L’auteur des brochures écrivait, après le Dr Laval, que les racines de
leur plante étaient _traçantes_, et donnaient naissance à une nouvelle
souche, lorsque ces racines rencontraient la surface du sol.
[Illustration : Thapsia garganica]
_Or, M. Daveau affirme,_ de visu, _que rien n’est moins exact ; il
soutient que ce mode de multiplication, qu’on disait être le seul pour
cette plante, est matériellement impossible, et il en a donné la raison_
(voir pages 17 et 50).
Le Dr Laval assurait que la reproduction de la plante ne pouvait se
faire par les graines, parce qu’elles étaient _toutes_ détruites par un
insecte de l’ordre des hémiptères ;
_Or, ce fait que nous repoussions à priori avec tous les botanistes, est
nié par M. Daveau de la façon la plus positive ; il affirme que la
reproduction de la plante se fait par la graine, et qu’elle ne peut se
faire autrement._
« Les _graines_, dit M. Daveau, tantôt lisses, tantôt ondulées, qui sont
d’un jaune soufre avant leur complète maturité, prennent, lorsqu’elles
sont mûres, une teinte plus foncée au centre, avec les ailes de couleur
paille. Ces graines sont, dans certaines régions, autour de Dernah par
exemple, attaquées _partiellement_ par le _Pentatoma lineata_, insecte
de l’ordre des hémiptères ; mais, à mesure qu’on s’élève au-dessus du
niveau de la mer, en se rapprochant du Guégueb ou des ruines de Cyrène
(aujourd’hui Grennah), ces insectes disparaissent en grande partie, et
le plus grand nombre des ombelles sont intactes. _C’est donc par le
semis que se fait la reproduction_, et c’est le seul mode de
multiplication naturelle du Thapsia de la Cyrénaïque[12]. »
Ainsi donc, autant d’assertions, autant d’erreurs.
MM. Laval et son compagnon de voyage qui ne montraient ni les _tiges_,
ni les _feuilles_, ni les _racines_, reprochaient aux savants d’avoir
résolu le problème sur la seule inspection des graines. Aujourd’hui, le
problème a été examiné sur place par M. Daveau, et à Paris, par les
botanistes, _avec toutes les pièces sous les yeux_, et la solution est
absolument la même.
Il est donc désormais acquis que le _Silphium cyrenaïcum_ n’est pas du
tout le _Silphion_ des anciens, et qu’il est tout simplement le _Thapsia
garganica_.
Quant au fameux _Silphion_ des Grecs, il reste toujours plongé dans
cette espèce d’obscurité mystique qui caractérise tout ce qui appartient
à l’histoire de l’antiquité païenne.
Il importait de ne pas laisser s’accréditer plus longtemps une erreur
profondément regrettable. En rapportant de la Cyrénaïque la plante qui
était invisible à Paris, M. Daveau a donc rendu, nous le répétons, un
véritable service à la science et à l’humanité.
Les débats sont clos. La légende s’évanouit, et la vérité scientifique
reprend enfin ses droits. Notre but est atteint.
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