[Illustration: _Le Huhul._]
Cette charmante et nouvelle espèce de chouette appartient au nouveau
continent de l'Amérique méridionale, et se trouve à Cayenne, d'où je
l'ai reçue. Elle portoit au pied une petite notice ou étiquette, sur
laquelle se lisoit _Chouette de jour_: ce qui prouve qu'elle vole et
chasse en plein jour. A considérer la forme totale de cet oiseau,
on remarque qu'elle paroît encore plus se rapprocher des oiseaux de
proie de jour que la chouette africaine que j'ai nommée choucouhou.
Sa queue arrondie est fort longue, pour appartenir à une chouette. Sa
tête n'est pas très-grosse non plus, en même tems que le bec est plus
apparent que dans les chouettes ordinaires, puisque les narines sont
entièrement découvertes, et seulement ombragées par quelques poils
dirigés en avant. Tous ces caractères réunis, très-faciles à saisir,
sont autant de marques distinctives qui placent naturellement le Huhul
à côté du choucouhou d'Afrique, et même entre lui et le choucou,
puisqu'il chasse en plein jour, et que son bec saillit plus en avant et
ressemble davantage à celui des oiseaux de proie diurnes. Dans cette
espèce, les aîles pliées s'étendent un peu plus loin que le milieu de
la queue, dont la dimension surpasse les deux tiers de la longueur
totale de l'oiseau, qui approche de la taille de notre chouette
d'Europe. Le Huhul a le bec, les doigts et les serres d'un beau jaune.
Tout son plumage, sur un fond noirâtre, est richement coupé par des
écailles blanches, plus larges dans les parties inférieures et tout le
dessous du corps que sur le cou et sur le dos. Le sommet de la tête
est seulement ponctué de blanc. Les tarses sont couverts dans toute
leur longueur de petites plumes noires, parsemées de taches blanches.
Ces plumes, se terminant à la naissance des doigts de chaque côté, et
se prolongeant ensuite sur celui du milieu, forment à cet oiseau des
espèces de mitaines, telles qu'en portoient autrefois nos dames. Les
aîles sont d'un brun de café brûlé; les grandes pennes ont absolument
la même couleur, et les moyennes se terminent, ainsi que toutes les
petites couvertures des aîles, par une bordure blanche. La queue,
d'un brun noirâtre plus foncé que les aîles, est, comme je l'ai dit,
étagée: toutes les pennes qui la composent sont terminées de blanc et
rayées transversalement de trois bandes blanches; mais ces bandes, ne
correspondant point l'une à l'autre, donnent à cette queue l'air d'être
un beau marbre noir veiné largement de lignes blanches. N'ayant pas vu
cet oiseau vivant, nous ignorons absolument quelle est la couleur de
ses yeux: je les ai supposés jaunes, en attendant que nous en sachions
davantage. Je n'ai jamais vu que trois individus de cette espèce, qui
tous trois avoient été envoyés de Cayenne; mais il est probable qu'ils
habitent très-avant dans l'intérieur du pays. Il n'y a que quatre ou
cinq ans qu'ils nous ont été apportés pour la première fois, et il y a
déja long-tems que nous connoissons toutes les espèces des environs de
cette colonie.
On voit cet oiseau dans la superbe collection de M. Raye, à Amsterdam;
j'en ai un dans mon cabinet, et j'ai vu le troisième chez le citoyen
Desmoulins, peintre.