[Illustration: _Le Chou cou hou._]
Cette chouette africaine est bien propre encore à remplir le très-petit
intervalle qui paroissoit séparer le choucou des chouettes; sa queue,
plus longue qu'elle ne l'est ordinairement dans les oiseaux de ce
genre, est à peu près aussi étagée que dans le choucou. Sa tête est
également moins grosse; son bec est de même d'une petite structure
et se trouve presque entièrement caché dans les plumes poileuses qui
environnent sa base et couvrent absolument les narines. Son corps,
moins ramassé et plus svelte que celui des chouettes, est encore un
caractère qui, joint à ceux dont nous venons de faire mention, font
tenir à cet oiseau le milieu entre l'espèce précédente et les autres
chouettes dont nous avons encore à parler.
Le Choucouhou est à peu près de la grosseur de notre moyen-duc; mais
il est cependant plus alongé, et ses pieds sont aussi plus longs. Ses
aîles pliées s'étendent aux trois quarts de la longueur de la queue;
les tarses et les doigts sont couverts de plumes soyeuses très-déliées;
le bec et les ongles sont d'un brun-noir et les yeux d'un jaune de
topase foncé. La gorge est ornée d'une espèce de collier ou plaque
blanche. Le reste du plumage est agréablement varié en dessus de
brun de différentes teintes, lequel, en se dégradant insensiblement
du ton le plus foncé au ton le plus clair, se trouve plus ou moins
varié de blanc. La poitrine et le dessous du corps portent les mêmes
couleurs; mais elles sont plus régulièrement distribuées en une rayûre
festonnée, dont le fond blanchit à mesure qu'il s'approche du ventre et
des jambes. Les plumes soyeuses qui couvrent les tarses et les doigts
jusque sur les ongles, sont d'un gris blanchâtre. La queue est en
dessous rayée de brun-noir et de blanc roussi; en dessus le blanc est
plus pur et le brun moins foncé. Je renvoie mon lecteur à la figure que
j'ai publiée de cet oiseau. Elle lui donnera une idée plus parfaite de
ses couleurs et de leurs distributions, qu'une énumération exacte des
différentes nuances de son plumage, dont un long détail seroit d'autant
plus ennuyeux à lire que l'oiseau seroit plus exactement décrit.
Je n'ai rencontré le Choucouhou que dans le voisinage de la
rivière d'Orange et chez les Grands Namaquois, pays où je l'ai vu
très-fréquemment. Quoique cette espèce de chouette ne se montre que
durant la nuit, je l'ai apperçue plusieurs fois étant à la chasse dans
le bois, et j'ai remarqué même qu'elle voloit très-bien en plein jour
et pendant la clarté du soleil; mais pour l'appercevoir il falloit,
ou qu'un coup de fusil l'eut fait lever, ou qu'on s'approchât de
l'arbre sur lequel elle étoit perchée. Je doute cependant que cette
chouette chasse dans d'autres momens que le soir ou au point du jour.
Car lorsqu'il m'arrivoit d'en rencontrer une en plein midi, tous les
petits oiseaux l'entouroient et se jetoient sur elle, en la poursuivant
jusqu'à ce qu'elle se fut cachée de nouveau; et elle ne leur faisoit
aucun mal. Elle paroissoit, au contraire, fuir à leur approche, et
s'éloigner d'eux sans chercher même à leur faire la moindre résistance;
seulement, de tems à autre, elle laissoit échapper un cri plaintif, à
peu près le même que celui que fait entendre notre effraie lorsqu'elle
vole le soir. Elle faisoit aussi un craquement de bec fort particulier
et qu'on entendoit d'assez loin.
Je n'ai pu rien apprendre de positif ni sur la ponte, ni sur la manière
dont cet oiseau construit son nid. La femelle est un peu plus forte que
le mâle; mais elle en diffère d'ailleurs très-peu par son plumage, qui
est seulement moins flambé de blanc. Ses yeux m'ont aussi paru d'un
jaune un peu moins foncé. Lorsque nous étions campés, et que nos feux
du soir étoient allumés, ces oiseaux venoient voler au-dessus de notre
camp, et quelquefois leurs cris lugubres nous empêchoient de dormir;
mais nous les tuions facilement à la clarté du feu ou de la lune.