Jeudi 1er décembre.
Il paraît que sir Archibald Falkland est mort. C'est madame Érizian,
rencontrée par hasard ce matin dans Péra, qui m'apprend cette
nouvelle, Sir Archibald Falkland est mort. Avant-hier, il était parti,
dit-on, pour San Stéphano, où il avait affaire. Mais il n'y est point
arrivé.... Et hier on a trouvé son cadavre dans le grand cimetière turc
qui est au delà des murs de Stamboul....
Il paraît que sir Archibald Falkland a été assassiné,--poignardé.--Sans
doute, par quelqu'un de ces malfaiteurs, qui toujours rôdent, au
crépuscule, à l'entour des portes de la ville.
Madame Érizian, debout au coin d'une rue, son parapluie fermé lui
servant de canne, me fournit quelques tragiques détails. Visiblement sa
tristesse n'est pas très profonde. Toutefois, le sang versé ne laisse
pas d'émouvoir ses nerfs arméniens:
--Il est sûr que ce coup de couteau arrive à point: la vie n'était plus
tenable pour notre pauvre petite Maria. En outre, ce Falkland.... je
n'en veux pas dire de mal à présent qu'il est mort; mais vous l'avez
connu, et, entre nous, ce n'est pas grand'chose à regretter. Ce qui
n'empêche qu'un meurtre a toujours je ne sais quoi d'horrible!
Elle frissonne. Et je me souviens du proverbe turc: Allah a fait le
lièvre....
N'importe. Voilà une vieille femme qui a beaucoup vu,--et beaucoup
retenu;--une vieille femme d'une vieille race subtile et déliée entre
toutes, sur qui maints préjugés ne mordent pas. Eh bien, cette femme-là
sait à merveille l'homme qu'était sir Archibald Falkland: loyalement
elle se félicite qu'on l'ait tué. Mais elle se détournerait de
l'assassin.