Les revenus du vladika se composent des fermes appelées _Ivan Begovina_,
et qui furent établies par Ivo. Ses revenus s'élèvent à la somme de 130
000 francs.
Il reçoit des tributs volontaires de la part des Monténégrins, qui,
après une expédition heureuse, rentrent chez eux chargés de butin.
Il prélève une part sur les pêches qui ont lieu sur le lac Skadar.
Tout cela lui constitue une liste civile qui, avec la pension qu'il
touche de la Russie, ne s'élève pas à un demi-million.
Il se fait au Monténégro un commerce d'importation en eaux-de-vie de
France, en aiguilles et en poudre de guerre. Dans ce pays, habité par
des gens presque sans cesse en guerre, il n'y a qu'une seule fabrique de
poudre dans la tribu des Rovtsi, et à peine en fabrique-t-elle assez
pour la consommation de ses membres.
Les marchandises sont transportées au Monténégro à dos de mulet; souvent
aussi il arrive que les femmes se chargent de ces transports. On
rencontre souvent sur la route, entre Kataro et Tsetinié, ces
infortunées créatures, accablées par un soleil ardent, sous les fardeaux
qu'elles portent, moyennant un ou deux centimes la livre.
Un arbrisseau à feuilles arrondies, appelé en italien _scotano_, forme
un des principaux objets d'exportation du pays. Il est d'un fréquent
usage dans la teinture et dans la préparation du cuir.
On exporte aussi en quantités assez considérables des poissons séchés
nommés _scoranze_, et le _caviar_, produit avec l'ovaire de ces
poissons.
La _castradine_ ou viande de chèvre fumée, le miel, la cire, le suif, la
laine, le bois à brûler, le gibier, complètent le tableau des
exportations du Monténégro.
Pour remettre ces objets aux marchands, le montagnard est obligé de
traverser les enceintes autrichiennes, où des garde-frontières le
forcent à déposer les armes et ne le perdent pas un seul instant de vue
pendant tout le temps qu'il met à conclure le marché.