Pierre I'er fut le véritable fondateur de l'État monténégrin; ferme,
patient, habile, doué en même temps d'une douceur d'apôtre et d'un
courage de héros, ce vladika soutint son pays dans les crises de tout
genre qu'il eut à subir pendant les cinquante années de son règne.
Son neveu, qu'il avait choisi pour successeur, fut salué du titre de
vladika par tous les chefs réunis sur la colline d'Ivo le Noir; il prit
le nom de Pierre II, et partit en 1833 pour recevoir à Saint-Pétersbourg
la consécration épiscopale. Il n'était que diacre quand son oncle
mourut. Pendant ces trois années, il défendit son pays contre de
nouvelles entreprises des Turcs. La nécessité où se trouvait le sultan
de réprimer la révolte du vice-roi d'Égypte, le força de rappeler son
vizir du Monténégro, et de diriger son armée sur la Syrie.
Le pouvoir, longtemps partagé entre le gouvernement civil et l'évêque,
avait fini par appartenir complètement à ce dernier. Un parti se forma
pour reconstituer l'État sur ses anciennes bases, et ressusciter la
charge de gouverneur. Ce parti fut battu, et Pierre II, libre pour le
moment de toute complication intérieure et extérieure, put mettre la
dernière main à l'œuvre de la réforme du pays entreprise par son oncle
Pierre Ier.
Pierre II exerça jusqu'en 1838, une dictature pacifique sur ses
concitoyens époque à laquelle le législateur dut faire place au
guerrier.