M. et Mme Belvidera joignirent les mains:

--Enfant! enfant que vous êtes!

Et, l'imagination lui revenant tout en prenant coup sur coup plusieurs

petits verres de marsala, il ne vit plus de raison de s'arrêter dans le

chemin de mensonge où on l'avait innocemment introduit.

--Et, dit-il, vous ne devineriez pas la personne qui a tenu cette

gageure contre moi?

Il cherchait encore, à part lui, la personne qu'il pourrait bien nommer.

--Oh! dit Mme Belvidera, je ne vois guère que madame de Chandoyseau

qui soit assez...

--Chut! fit-il, il suffit, madame; vous avez trouvé!... Mais, je vous en

prie, ne lui infligez aucun blâme: elle a pris la chose en riant et je

suis le seul coupable.

Un mouvement se produisit dans la salle où ils étaient et l'on aperçut,

au milieu de plusieurs personnes qui le soutenaient, un jeune homme

affreusement pâle, les vêtements désordonnés et mouillés, les cheveux

trempés. On le poussait comme malgré lui, on l'emmenait.

--Ah! dit Mme Belvidera que Gabriel interrogeait des yeux, c'est

abominable! Il vient de perdre sa jeune femme, une petite princesse

hongroise; c'étaient de nouveaux mariés, arrivés ici ce matin. Elle a

été enlevée de la barque par le premier coup de vent: elle riait,

paraît-il, en se mirant dans l'eau calme... Cet ouragan est arrivé tout

d'un coup, comme une bête lancée au galop.

--Vraiment! dit Gabriel. Puis il revit le chapeau de paille avec des

fleurs, sur l'eau; c'était donc celui de la petite princesse hongroise;

il pensa à la joie qu'il avait eue à reconnaître que ce n'était pas

celui de Luisa. Le plaisir de la savoir saine et sauve, le faisait

sourire malgré lui.

--Ah! dit Mme Belvidera, tout cela ne vous fait rien, à vous! Tenez!

vous ne ferez jamais qu'un vilain égoïste!

Le parfum des îles Borromées · 第 22 / 43 题